LOGINSelene
Je rêve, cette nuit, d'une forêt où marchent deux enfants aux yeux verts asymétriques.
Le lendemain, je demande à Halinne de me raconter Nyra. Halinne, en souriant, me raconte pendant deux heures. Je ris. Je ris vraiment , un rire de mère qui apprend que sa fille a, un jour d'été, mis un serpent dans le lit d'un jeune garde qui l'avait taquinée.
J'ai, ce matin, dans le manoir Nyx, retrouvé un rire
Il ne parle pas. Il coupe les liens de Nyra. Il la soulève. Il la porte vers l'extérieur.Je reste seule avec Ilyria.Je sens, sous la lame de ma dague, la peau chaude de la gorge d'Ilyria.Je sens, plus profondément, la certitude que je peux, en un mouvement, en une seconde, tuer cette femme qui a, quinze minutes plus tôt, posé un couteau sur la gorge de ma fille.Je sens, aussi, le regard de Nyra qui, dans l'embrasure de la porte, s'est retournée.Je sens le regard de ma fille sur moi.Je vois dans le regard de Nyra une chose : une confiance.Nyra me regarde comme on regarde une mère qu'on sait juste, même dans la colère, même dans la fenêtre de puissance, même dans les trois secondes où elle peut tuer.J'inspire.Je retire la dague.Je range la dague dans ma ceinture.Je regarde Ilyria dans les yeux.
Kaelen s'occupe des hommes. Damaris s'occupe des chevaux. Rhaegar dresse la carte du monastère de Val-Perdu, un monastère abandonné depuis un siècle, isolé dans une gorge, sans issue autre que la porte principale et une fissure dans la muraille est qu'un homme mince peut, après escalade, franchir. Je réfléchis au signal. Je finis par choisir : — Je suis venue seule, comme tu l'as demandé, mais je vois maintenant que tu as menti. — Cette phrase, dite d'une voix normale, sera entendue par Kaelen qui, caché dans la pièce adjacente derrière la fissure est, saura qu'il peut entrer.Nous partons à une heure du matin.Nous galopons quatre heures dans la nuit. Nous atteignons la gorge de Val-Perdu à l'aube. Kaelen, Damaris et les huit hommes disparaissent dans la forêt par le côté est. Je prends la piste principale, sur mon cheval, en t
Rhaegar comprend.— Selene.— Oui.— Nous ne sommes pas obligés de dormir ici cette nuit.— Si. Il faut.— Pourquoi ?— Parce que si je ne dors pas ici cette nuit, cette chambre restera pour toujours la chambre de Cassien. Il faut que, cette nuit, tu poses ton corps à côté du mien dans ce lit où j'ai dormi vingt-cinq ans en croyant à un homme qui me mentait. Il faut que la pièce bascule. Il faut qu'elle nous appartienne dès demain matin. Sinon je devrai la fermer à clé, ou la réaménager, ou la changer, et je passerai ma vie à rester la victime de vingt-cinq années. Non. Cette nuit.Il incline la tête.Il défait son manteau. Je défais ma robe. Nous nous couchons dans le lit.Il m'attire contre lui. Il ne fait rien de plus. Il m'embrasse sur le front. Il pose
Je regarde le feu.— Marek n'est pas Cassien. Marek n'a pas violé une résonance. Marek n'a pas tué un enfant. Marek a triché, il a menti, il a essayé de survivre à une situation impossible. C'est une trahison de moindre gravité.— C'est une trahison. Elle mérite une peine.— Elle mérite une peine. Je propose : douze années de service forcé pour la meute, dans un poste subalterne, sans droit de titre, sans salaire au-delà de la subsistance. Il vivra parmi nous. Il paiera par son travail. Il n'aura pas la mort mais il n'aura pas non plus la liberté. C'est proportionné.— C'est proportionné.— Il faudra, aussi, qu'il te confesse par écrit, avant l'entrée en service, le détail exact de ses actions depuis mars. Nous aurons besoin de ce document pour d'autres procès à venir
Je me suis retournée dans mon sommeil. J'ai, sur la joue, une trace légère de sang : la plaie de mon épaule a continué à couler dans les draps. Il essuie la trace. Il m'embrasse sur la tempe.Je souris sans me réveiller.Il s'allonge à côté de moi.Il ferme les yeux.Il pense, avec une simplicité qu'il n'a pas eue dans son cœur depuis douze ans, qu'il est, pour la première fois de sa vie, un homme heureux.Le lendemain matin, je me réveille à huit heures.Rhaegar dort encore. Je le laisse dormir. Je me lève doucement. Je sens dans mon épaule la douleur mesurée de la plaie, dans ma nuque la chaleur pulsative de la nouvelle marque. Je marche jusqu'à la fenêtre. J'écarte le rideau.Le parc Nyx est recouvert d'une fine couche de neige tombée dans la nuit.Je regarde la neige.Je regarde le premier matin de la première journée du reste de ma vie.Je sens, dans mon corps, la puissance nouvelle que l'Oracle a annoncée. Une puissance concrète, physique : je sens mes propres muscles, mon propr
Il tient la morsure.Il tient deux secondes, trois secondes, quatre secondes.Je continue à hurler.Puis, dans le hurlement, quelque chose bascule.Je sens, sous les dents de Rhaegar, la fausse marque dorée se briser. Je sens une chaleur monter du point de morsure, non plus la chaleur de la douleur, mais une chaleur différente, une chaleur qui n'appartient ni à moi ni à Rhaegar mais à la résonance qui, sous les dents, commence à s'établir.Je sens mon sang à moi se mêler au sang de Rhaegar, dans la plaie qui saigne maintenant abondamment.Je sens, dans mon propre cœur, une chose qui n'a pas battu depuis vingt-cinq ans, une chose qui n'a, en vérité, jamais battu, parce qu'elle n'a pas eu, jusqu'à ce soir, de compagnon réel.Je sens la marque prendre.Rhaegar retire ses dents.Il lèche la plaie une fois, comme dans l'auberge, un geste qui, dans le rituel Nyx, sert à clore la morsure.Mon hurlement s'arrête.Je reste assise, le corps tremblant, la sueur froide sur le front. La plaie saig







