ログインGuylaine resta assise par terre pendant ce qui lui sembla une éternité. La carte noire était toujours sur la console, innocente en apparence, mais elle la fixait comme si c’était une bombe à retardement. Le numéro gravé en argent semblait pulser sous la lumière jaunâtre de l’ampoule du plafond.
Elle finit par se lever, les jambes encore faibles. Elle prit la carte entre deux doigts, comme si elle pouvait la brûler, et la glissa dans la poche de son jean. Puis elle alla dans la salle de bain, ouvrit le robinet d’eau froide et se passa le visage pendant de longues minutes. L’eau glacée ne chassa pas la chaleur qui persistait dans son ventre. Elle se regarda dans le miroir. Ses yeux étaient grands ouverts, brillants d’une peur mêlée à autre chose qu’elle refusait de nommer. Ses lèvres étaient encore gonflées du souvenir de ce baiser volé trois semaines plus tôt. « Ressaisis-toi, Guylaine. C’est juste un riche taré qui joue au dominateur. » Elle prononça les mots à voix haute, mais ils sonnaient faux même à ses propres oreilles. Elle se déshabilla, entra sous la douche et laissa l’eau chaude couler sur sa peau jusqu’à ce que la salle de bain soit remplie de vapeur. Mais même là, l’odeur de Damien semblait s’accrocher à elle – ce mélange de musc et de forêt sombre qui lui donnait le vertige. Quand elle sortit enfin, enveloppée dans une serviette, son téléphone vibra sur la table basse. Un message d’Awa. « T’es rentrée safe ? T’as pas répondu à mon dernier texto. J’espère que t’as pas fini dans les bras d’un inconnu sexy cette fois lol » Guylaine sourit malgré elle, mais le sourire s’effaça vite. Elle tapa une réponse rapide. « Oui rentrée. Crevée. Bisous. » Elle posa le téléphone face contre table, comme si Awa pouvait voir à travers l’écran ce qui se passait dans sa tête. Elle alla se coucher sans manger. Le sommeil mit longtemps à venir. Chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle revoyait les yeux dorés de Damien, sentait ses mains sur ses poignets, entendait sa voix grave murmurer « ma petite louve ». Quand elle se réveilla, il était sept heures trente. La lumière du matin filtrait à travers les rideaux fins. Elle avait mal partout, comme après une nuit de fièvre. Elle se leva, prépara du café, alluma la radio pour combler le silence. Les infos parlaient d’un rachat d’entreprise par Blackwood Group. Le journaliste mentionna le nom de Damien avec admiration. « …le visionnaire qui ne rate jamais une opportunité… » Guylaine coupa la radio d’un geste sec. Elle passa la journée au bureau comme un zombie. Monsieur Koffi lui demanda si elle allait bien. Elle répondit oui, sourire plaqué. Elle tapa des rapports, répondit à des mails, mais son esprit était ailleurs. La carte noire brûlait dans sa poche. Le soir, rentrée chez elle, elle la sortit enfin. Elle la posa sur la table de la cuisine, à côté d’un verre d’eau. Elle la fixa pendant dix minutes. Puis elle prit son téléphone. Ses doigts tremblaient quand elle composa le numéro. Une sonnerie. Deux. Trois. « Guylaine. » Sa voix. Grave. Calme. Comme s’il savait exactement qui appelait et à quel moment précis. Elle déglutit. « Comment saviez-vous que c’était moi ? » Un petit rire bas à l’autre bout du fil. « Je sais toujours quand c’est toi. » Silence. « Pourquoi m’avoir donné cette carte ? » demanda-t-elle enfin. « Parce que tu en auras besoin. Bientôt. » « Je n’ai besoin de rien de vous. » « Tu mens encore. » Elle serra le téléphone plus fort. « Arrêtez de dire ça. Vous ne me connaissez pas. » « Je te connais mieux que tu ne te connais toi-même. » Elle ferma les yeux. « Qu’est-ce que vous voulez de moi ? » Nouveau silence. Plus long cette fois. « Toi. » Un mot. Simple. Brutal. Guylaine sentit son pouls s’affoler. « Je ne suis pas à vendre. » « Je ne t’achète pas. Je te réclame. » Elle rit nerveusement. « Vous êtes fou. » « Peut-être. Mais toi aussi, tu l’es un peu. Sinon tu n’aurais pas composé ce numéro. » Elle ne répondit pas. « Où es-tu ? » demanda-t-il soudain. « Chez moi. » « Seule ? » « Oui. » « Bien. » Un bruit de fond – comme s’il marchait, comme s’il était déjà en mouvement. « Je viens te chercher dans vingt minutes. » « Quoi ? Non ! Je n’ai pas dit oui ! » « Tu n’as pas dit non non plus. » « Damien… » C’était la première fois qu’elle prononçait son prénom à voix haute. Ça sonna intime. Trop intime. Il marqua une pause. « Dis mon nom encore. » Elle rougit malgré elle. « Non. » « Tu le diras. Bientôt. » Elle entendit le bruit d’une portière qui claque, puis un moteur qui ronronne. « Attendez… vous êtes sérieux ? Vous venez vraiment ? » « Je suis déjà en route. » Panique. « Je ne veux pas vous voir. » « Menteuse. » Il raccrocha. Guylaine fixa l’écran noir de son téléphone pendant plusieurs secondes. Puis elle se leva d’un bond. Elle courut dans sa chambre, enfila un jean slim noir, un haut ample blanc, des baskets. Elle attacha ses cheveux en queue-de-cheval haute. Elle attrapa son sac, ses clés. Elle hésita devant la porte. Puis elle sortit. Elle descendit les escaliers quatre à quatre. Dehors, la nuit était tombée. L’air était frais, chargé d’odeur de bitume humide après la pluie de la veille. Une berline noire, vitres teintées, était garée juste devant l’immeuble. Le moteur tournait doucement. La portière arrière s’ouvrit avant même qu’elle arrive. Damien était là, assis sur la banquette en cuir, costume anthracite cette fois, chemise blanche ouverte au col. Il la regardait avec cette même intensité animale. « Monte. » Guylaine resta figée sur le trottoir. « Je ne monte pas dans la voiture d’un inconnu. » « Je ne suis plus un inconnu. » Il tendit la main. Grande. Puissante. « Monte, Guylaine. Ou je descends te chercher moi-même. » Elle déglutit. Son cœur cognait si fort qu’elle l’entendait dans ses oreilles. Elle fit un pas. Puis un autre. Elle monta dans la voiture. La portière se referma avec un claquement doux. L’habitacle sentait le cuir neuf et son parfum à lui. Damien ne dit rien tout de suite. Il se contenta de la regarder. Puis il murmura : « Tu as mis du temps à appeler. » « Je n’aurais pas dû. » « Mais tu l’as fait. » Le chauffeur démarra sans un mot. La voiture glissa dans la circulation nocturne. Guylaine serrait son sac sur ses genoux. « Où allons-nous ? » Damien sourit légèrement. « Chez moi. » Elle tourna la tête vers lui, les yeux écarquillés. « Je ne vais pas chez vous. » « Si. » Il se pencha vers elle, envahissant son espace sans la toucher. « Parce que ce soir, petite louve… tu vas comprendre pourquoi ton corps tremble chaque fois que je suis près de toi. » Il posa une main sur sa cuisse – légère, mais possessive. Guylaine sursauta, mais ne le repoussa pas. « Et pourquoi je devrais vous croire ? » Il approcha son visage du sien, jusqu’à ce que leurs souffles se mêlent. « Parce que tu le sens déjà. Au fond de toi. » Ses lèvres effleurèrent presque les siennes. « Tu es à moi. » La voiture accéléra sur l’autoroute. Guylaine ferma les yeux, le cœur en feu. Et au fond d’elle, cette même petite voix murmura à nouveau : Il dit la vérité. Et tu le sais. La berline s’enfonça dans la nuit, vers un domaine immense que personne ne connaissait vraiment. Vers le territoire de l’Alpha.Cinq ans plus tardLe soleil couchant baignait le domaine Blackwood d’une lumière dorée et chaude. Les roses que Guylaine avait plantées avec les enfants cinq ans plus tôt grimpaient maintenant le long des murs du manoir, éclatant en cascades de rouge et de blanc. Le vent doux de fin d’été portait le rire des enfants qui jouaient dans le grand jardin.Guylaine se tenait sur le balcon de la chambre principale, un verre de vin à la main, observant la scène avec un sourire paisible. À trente-trois ans, elle se sentait plus vivante que jamais. Ses cheveux étaient plus longs, sa silhouette légèrement plus épanouie après deux autres grossesses, et ses yeux brillaient d’une sérénité qu’elle n’avait jamais connue auparavant.— Maman ! Regarde ! cria la petite voix d’Alya, leur dernière fille, âgée de quatre ans.Guylaine sourit en voyant sa benjamine courir vers elle, suivie de près par Liora qui veillait sur elle comme une grande sœur protectrice.
Les mois avaient passé depuis le rituel de la lune de sang, et le domaine Blackwood avait lentement retrouvé une nouvelle harmonie, plus douce, plus humaine, mais infiniment plus précieuse.C’était une fin d’après-midi de printemps. Le soleil filtrait à travers les feuilles nouvelles des grands chênes, projetant des ombres dansantes sur l’herbe verte. Guylaine se tenait sur le balcon de la chambre principale, les mains posées sur la balustrade en pierre tiède. Le vent portait l’odeur des fleurs sauvages et de la terre fraîchement retournée. Elle portait une robe légère blanche qui flottait autour de ses jambes, et le pendentif que Damien lui avait offert brillait doucement sur sa poitrine.En contrebas, dans le grand jardin, ses enfants couraient et riaient. Liora, maintenant plus grande, guidait ses frères et sœurs dans un jeu compliqué avec des fleurs et des petits cailloux. Elle n’avait plus cette lumière éblouissante qui jaillissait autrefois de ses mains, mais
Les semaines qui suivirent le rituel furent les plus étranges et les plus belles que Guylaine ait jamais vécues.Le domaine Blackwood avait retrouvé une paix qu’elle n’avait plus connue depuis la fameuse nuit où elle avait fui son mariage pour finir dans les bras de Damien. Le ciel semblait plus clair, l’air plus léger, et même l’hiver paraissait moins mordant. Pourtant, tout avait changé.Guylaine se tenait ce matin-là sur le grand balcon de leur chambre, enveloppée dans un épais châle en cachemire. Elle regardait ses enfants jouer dans la neige fraîche. Liora courait après ses frères et sœurs, riant aux éclats, ses pouvoirs désormais plus discrets, plus maîtrisés. Elle ne faisait plus briller la neige d’une lumière aveuglante, mais de petites étincelles dorées apparaissaient encore parfois autour d’elle, comme des souvenirs d’une époque révolue.Damien arriva silencieusement derrière elle et l’enveloppa de ses bras puissants. Même s’il avait perdu une gr
Les premiers rayons du soleil filtrèrent timidement à travers les lourds rideaux de la chambre principale. Guylaine ouvrit les yeux lentement, encore imprégnée des sensations de la nuit précédente. Son corps était douloureux, non pas seulement à cause du rituel, mais de l’intensité avec laquelle Damien l’avait aimée, comme s’il avait voulu ancrer leur existence dans cette nouvelle réalité fragile.Elle tourna la tête. Damien dormait encore, le visage détendu pour la première fois depuis des semaines. Sa respiration était profonde et régulière. Elle observa longuement les traits qu’elle connaissait par cœur : la mâchoire carrée, les sourcils épais, la légère cicatrice près de la tempe qu’il avait reçue lors d’un combat ancien. Même affaibli, il restait l’homme le plus imposant et le plus beau qu’elle ait jamais vu.Guylaine posa doucement sa main sur son torse. Elle ne sentait plus cette puissance écrasante d’Alpha suprême qui vibrait autrefois sous sa peau. Ce n’ét
Le retour au domaine Blackwood se fit dans un silence absolu, seulement troublé par le ronronnement du moteur et les respirations encore saccadées de Liora, endormie contre l’épaule de sa mère.Guylaine se sentait vide. Pas seulement physiquement épuisée, mais comme si une partie essentielle d’elle avait été arrachée. Sa connexion avec Vaelor, cette flamme ancienne qui brûlait dans ses veines depuis sa naissance, n’était plus qu’une braise faible et vacillante. Elle avait du mal à faire apparaître la moindre lueur rouge au creux de sa paume.À côté d’elle, Damien conduisait, les mâchoires serrées. Son aura d’Alpha suprême, autrefois écrasante et capable de faire plier des meutes entières, était considérablement diminuée. Il restait imposant, dangereux, mais la puissance brute qui faisait de lui l’Alpha milliardaire légendaire avait été sacrifiée sur l’autel du rituel.Pourtant, quand il tourna la tête vers elle et posa sa main sur sa cuisse, son regard con
Le jour du rituel arriva enfin, enveloppé d’un silence presque surnaturel.Le ciel était d’un rouge profond dès l’aube, comme si la lune de sang avait déjà commencé à teindre le monde. Guylaine se réveilla blottie contre Damien, leurs corps nus encore entrelacés après une nuit où ni l’un ni l’autre n’avait vraiment dormi. Elle resta immobile de longues minutes, respirant son odeur, mémorisant la chaleur de sa peau, la force de ses bras autour d’elle.Damien se réveilla peu après. Sans un mot, il la serra plus fort et l’embrassa sur le front, puis sur les lèvres. Leur baiser fut lent, profond, chargé de tout ce qu’ils ne parvenaient plus à exprimer avec des mots. Ce matin-là, ils firent l’amour avec une tendresse presque déchirante. Damien prit son temps, caressant chaque courbe de son corps comme s’il voulait l’imprimer dans son âme. Quand il entra en elle, ce fut doux et profond, leurs regards verrouillés, leurs souffles mêlés. Ils atteignirent l’orgasme ensemble
Le matin arriva trop vite. Les rayons du soleil traversèrent les rideaux et vinrent caresser le visage de Guylaine. Elle ouvrit les yeux lentement. Damien était déjà debout, torse nu devant la baie vitrée, un café à la main. Il regardait la forêt comme s’il y cherchait quelque chose – ou quelqu’u
Guylaine se réveilla en sursaut, le cœur battant à tout rompre. La chambre était plongée dans une pénombre douce, seulement éclairée par la lueur argentée de la lune qui filtrait à travers les rideaux transparents. Elle était nue sous les draps noirs, la veste de Damien encore drapée sur ses épaule
Guylaine ne toucha presque pas à son assiette. Les plats étaient exquis – filet mignon saignant, légumes rôtis, sauce au vin rouge – mais chaque bouchée avait un goût de cendre. Elle reposa ses couverts, les mains tremblantes.Le hurlement des loups s’était tu depuis quelques minutes, mais l’écho r
La berline glissait sur l’autoroute comme un prédateur silencieux. Les lumières de la ville s’estompèrent peu à peu, remplacées par des routes plus sombres, bordées d’arbres hauts et denses. Guylaine gardait les yeux fixés sur la vitre, mais elle sentait le regard de Damien sur elle. Constant. Brûl







