LOGINLa berline glissait sur l’autoroute comme un prédateur silencieux. Les lumières de la ville s’estompèrent peu à peu, remplacées par des routes plus sombres, bordées d’arbres hauts et denses. Guylaine gardait les yeux fixés sur la vitre, mais elle sentait le regard de Damien sur elle. Constant. Brûlant.
Sa main était toujours posée sur sa cuisse. Pas lourde, pas insistante, mais présente. Possessive. Elle n’avait pas osé la repousser. Pas encore. « Où est-ce qu’on va exactement ? » demanda-t-elle enfin, la voix plus faible qu’elle ne l’aurait voulu. « Chez moi. » « Tu l’as déjà dit. Mais où ? » Il tourna légèrement la tête vers elle. Un sourire en coin. « Un endroit où personne ne viendra te chercher si tu décides de partir. Mais tu ne partiras pas. » Elle déglutit. « Tu parles comme si j’étais déjà prisonnière. » « Tu l’es depuis la nuit où tu m’as laissé t’embrasser. » Guylaine sentit ses joues chauffer. Elle détourna le regard. « C’était une erreur. J’avais bu. » « L’alcool ne ment pas. Il révèle. » Silence. La voiture quitta l’autoroute, emprunta une route privée bordée de hauts murs en pierre noire. Des caméras discrètes suivaient leur progression. Au bout de deux kilomètres, un portail massif en fer forgé s’ouvrit automatiquement. Pas de garde visible. Pas de sonnette. Juste une technologie invisible qui savait qui approchait. La berline s’engagea dans une allée interminable, éclairée par des lampadaires discrets en forme de loups stylisés. Guylaine fronça les sourcils. « C’est… original comme déco. » Damien ne répondit pas. Enfin, la maison apparut. Pas une maison. Un domaine. Un manoir moderne et sombre, mélange d’architecture contemporaine et de lignes gothiques. Verre fumé, acier noir, pierre brute. Des tours discrètes aux angles. Des jardins impeccables qui semblaient s’étendre à l’infini dans l’obscurité. Des fontaines murmuraient doucement. L’air sentait le pin et la terre humide. La voiture s’arrêta devant l’entrée principale. Deux hommes en costume sombre attendaient déjà. L’un ouvrit la portière de Guylaine. L’autre s’inclina légèrement devant Damien. « Bienvenue, Monsieur. » Damien descendit, tendit la main à Guylaine. Elle hésita une seconde de trop. Il haussa un sourcil. « Tu préfères que je te porte ? » Elle descendit vite, ignorant sa main. « Je marche toute seule. » Il rit doucement. Ils entrèrent. Le hall était immense. Sol en marbre noir veiné d’argent. Escalier monumental qui se divisait en deux branches symétriques. Lustre massif suspendu au plafond, fait de cristaux sombres qui capturaient la lumière comme des yeux. Une femme d’une quarantaine d’années, élégante, cheveux tirés en chignon strict, s’approcha. « Monsieur Blackwood. La suite est prête. » « Merci, Clara. Prépare un dîner léger pour deux. Dans la salle ouest. » Clara hocha la tête et disparut sans un regard pour Guylaine. Damien posa une main au creux de ses reins et la guida vers l’escalier. « Viens. » Elle se dégagea doucement. « Je ne suis pas ton animal de compagnie. » Il s’arrêta, se tourna vers elle. « Non. Tu es bien plus que ça. » Il reprit sa marche. Guylaine le suivit, le cœur battant. Ils montèrent au premier étage, longèrent un couloir interminable. Damien ouvrit une double porte. La chambre était plus grande que tout l’appartement de Guylaine. Lit king size aux draps noirs. Baie vitrée donnant sur la forêt. Cheminée éteinte. Meubles minimalistes mais luxueux. Une odeur de bois ciré et de son parfum à lui. « C’est ta chambre ? » demanda-t-elle. « La nôtre, maintenant. » Elle recula d’un pas. « Je ne dors pas avec toi. » Il ferma la porte derrière eux. Le clic de la serrure résonna comme un verdict. « Pas ce soir. Pas si tu n’es pas prête. Mais tu restes ici. » « Et si je refuse ? » Il s’approcha lentement. « Tu peux essayer de partir. Les portes sont ouvertes. Les gardes ne t’arrêteront pas. Mais tu ne franchiras pas le portail. Pas sans moi. » Guylaine sentit la panique monter. « C’est du kidnapping. » « C’est de la protection. » « Protection contre quoi ? » Il la regarda longuement. « Contre toi-même. Contre ce que tu refuses de voir. » Il fit un pas de plus. Elle recula jusqu’à ce que son dos touche le mur. « Explique-moi, alors. » Damien posa les deux mains de part et d’autre de sa tête, l’encadrant sans la toucher. « Tu n’es pas humaine, Guylaine. Pas complètement. » Elle rit, nerveuse. « Tu délires. » « Ton sang le sait. Ton corps le sait. C’est pour ça que tu réagis à moi comme ça. » Il approcha son visage du sien. « Tu es une louve. Une Luna. Ma Luna. » Guylaine sentit son monde vaciller. « Arrête. C’est ridicule. » « Tu as déjà senti tes os chauffer ? Tes sens s’aiguiser la nuit de pleine lune ? Tes rêves où tu cours à quatre pattes dans la forêt ? » Elle pâlit. Elle avait ces rêves. Depuis l’adolescence. Elle les mettait sur le compte du stress. Des cauchemars. Mais ils étaient si réels. « Non… » « Si. » Il effleura sa joue du bout des doigts. « Et moi, je suis ton Alpha. Ton mate. Ton destin. » Guylaine secoua la tête. « Je ne crois pas aux contes de fées. » « Ce n’en est pas un. C’est la réalité. Et elle va te rattraper, que tu le veuilles ou non. » Il se redressa. « Descends dîner dans vingt minutes. Clara viendra te chercher. » Il se dirigea vers une porte latérale, l’ouvrit. C’était un dressing immense. « Habille-toi avec ce que tu veux là-dedans. Tout est à ta taille. » Il disparut par une autre porte. Guylaine resta seule. Elle glissa le long du mur jusqu’à s’asseoir sur le tapis épais. Les larmes montèrent sans qu’elle puisse les retenir. Pas de peur. Pas exactement. De choc. De reconnaissance. Parce qu’au fond d’elle, une partie d’elle savait qu’il disait la vérité. Elle se releva, alla vers le dressing. Des robes, des jeans, des chemisiers. Tout neuf. Tout parfait. Elle choisit une robe noire simple, mi-longue, aux manches longues. Elle se changea rapidement. Quand Clara frappa à la porte, Guylaine était prête. « Mademoiselle. Le dîner est servi. » Guylaine suivit Clara dans les couloirs. Elles descendirent vers une salle à manger privée. Table pour deux. Chandelles. Vin rouge. Plats couverts. Damien était déjà là, debout près de la fenêtre. Il se tourna vers elle. Ses yeux s’assombrirent en la voyant dans la robe. « Tu es magnifique. » Elle s’assit sans répondre. Il s’installa en face d’elle. Clara servit, puis disparut. Silence. Guylaine prit son verre d’eau, but une gorgée. « Si je suis vraiment… ce que tu dis… pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ? » Damien posa ses couverts. « Parce que le lien s’est réveillé la nuit où nous nous sommes rencontrés. Le mate bond. Il ne ment pas. » « Et si je le refuse ? » « Tu peux essayer. Mais il te détruira. La douleur du rejet est… insupportable. Pour nous deux. » Elle baissa les yeux. « Je ne veux pas être à toi. » « Tu l’es déjà. » Il se leva, contourna la table, s’agenouilla devant elle. Il prit sa main. « Mais je ne te forcerai pas. Pas ce soir. Pas comme ça. » Il porta sa main à ses lèvres, déposa un baiser brûlant sur ses doigts. « Mais sache une chose, Guylaine. » Il releva les yeux. Dorés. Lumineux. « Si tu t’enfuis, je te retrouverai. Toujours. Parce que sans toi, je perds le contrôle. Et ma meute avec. » Il se releva. « Finis de manger. Ensuite, repose-toi. Demain, je te montrerai la vérité. » Il quitta la pièce. Guylaine resta seule à table. Elle toucha ses doigts là où il avait posé ses lèvres. Ils brûlaient encore. Et au fond d’elle, la petite voix murmura plus fort : Tu ne pourras pas fuir éternellement. Dehors, dans l’obscurité du domaine, un hurlement de loup déchira la nuit. Guylaine sursauta. Le hurlement se répondit par un autre. Puis un troisième. La meute. Elle était au cœur de leur territoire. Et elle savait, au plus profond d’elle, que cette nuit n’était que le début.Guylaine se réveilla en sursaut, le cœur battant à tout rompre. La chambre était plongée dans une pénombre douce, seulement éclairée par la lueur argentée de la lune qui filtrait à travers les rideaux transparents. Elle était nue sous les draps noirs, la veste de Damien encore drapée sur ses épaules comme une couverture improvisée.Elle se redressa lentement. Son corps lui semblait différent : plus léger, plus sensible. Chaque muscle vibrait d’une énergie nouvelle. Elle toucha son cou, là où elle sentait encore la marque invisible du lien – une chaleur diffuse qui pulsait doucement.Un bruit léger à la porte. Un grattement discret, comme des griffes sur le bois.Guylaine se figea.La porte s’entrouvrit sans un bruit. Une silhouette féminine entra, refermant derrière elle avec précaution.La femme était grande, élancée, peau caramel, cheveux noirs lisses cascadant jusqu’à la taille. Elle portait une robe rouge sang moulante qui soulignait chaque courbe. Ses yeux, verts comme ceux de Gu
Guylaine ne toucha presque pas à son assiette. Les plats étaient exquis – filet mignon saignant, légumes rôtis, sauce au vin rouge – mais chaque bouchée avait un goût de cendre. Elle reposa ses couverts, les mains tremblantes.Le hurlement des loups s’était tu depuis quelques minutes, mais l’écho résonnait encore dans sa poitrine. Elle se leva, alla jusqu’à la baie vitrée de la salle à manger. Dehors, la lune était presque pleine, un disque argenté qui baignait le domaine d’une lumière froide.Elle posa une main sur la vitre. Le verre était frais. Son reflet la fixait : yeux agrandis, lèvres pâles, épaules crispées.Un bruit de pas derrière elle.Damien était revenu. Il s’arrêta à quelques mètres, les mains dans les poches de son pantalon.« Tu n’as rien mangé. »« Je n’ai pas faim. »Il s’approcha lentement.« Ton corps a besoin de forces. La transformation arrive. »Elle se retourna d’un bloc.« Quelle transformation ? Arrête avec tes histoires. »Il la regarda sans ciller.« Ce soi
La berline glissait sur l’autoroute comme un prédateur silencieux. Les lumières de la ville s’estompèrent peu à peu, remplacées par des routes plus sombres, bordées d’arbres hauts et denses. Guylaine gardait les yeux fixés sur la vitre, mais elle sentait le regard de Damien sur elle. Constant. Brûlant.Sa main était toujours posée sur sa cuisse. Pas lourde, pas insistante, mais présente. Possessive. Elle n’avait pas osé la repousser. Pas encore.« Où est-ce qu’on va exactement ? » demanda-t-elle enfin, la voix plus faible qu’elle ne l’aurait voulu.« Chez moi. »« Tu l’as déjà dit. Mais où ? »Il tourna légèrement la tête vers elle. Un sourire en coin.« Un endroit où personne ne viendra te chercher si tu décides de partir. Mais tu ne partiras pas. »Elle déglutit.« Tu parles comme si j’étais déjà prisonnière. »« Tu l’es depuis la nuit où tu m’as laissé t’embrasser. »Guylaine sentit ses joues chauffer. Elle détourna le regard.« C’était une erreur. J’avais bu. »« L’alcool ne ment
Guylaine resta assise par terre pendant ce qui lui sembla une éternité. La carte noire était toujours sur la console, innocente en apparence, mais elle la fixait comme si c’était une bombe à retardement. Le numéro gravé en argent semblait pulser sous la lumière jaunâtre de l’ampoule du plafond.Elle finit par se lever, les jambes encore faibles. Elle prit la carte entre deux doigts, comme si elle pouvait la brûler, et la glissa dans la poche de son jean. Puis elle alla dans la salle de bain, ouvrit le robinet d’eau froide et se passa le visage pendant de longues minutes. L’eau glacée ne chassa pas la chaleur qui persistait dans son ventre.Elle se regarda dans le miroir. Ses yeux étaient grands ouverts, brillants d’une peur mêlée à autre chose qu’elle refusait de nommer. Ses lèvres étaient encore gonflées du souvenir de ce baiser volé trois semaines plus tôt.« Ressaisis-toi, Guylaine. C’est juste un riche taré qui joue au dominateur. »Elle prononça les mots à voix haute, mais ils so
La pluie martelait les vitres du taxi comme si le ciel voulait noyer la ville entière. Guylaine serra son sac contre elle, les phalanges blanchies par la tension. Vingt-trois heures trente-sept. Elle avait raté le dernier bus, encore une fois, à cause de cette maudite réunion qui s’était éternisée jusqu’à vingt-deux heures. Son patron, Monsieur Koffi, avait insisté pour qu’elle reste « juste cinq minutes de plus » pour relire le dossier de la campagne publicitaire. Cinq minutes qui s’étaient transformées en trois heures.Elle soupira, frottant ses tempes. Ses boucles noires, qu’elle avait soigneusement attachées en chignon ce matin, s’étaient rebellées depuis longtemps ; quelques mèches collaient maintenant à sa nuque humide.« Vous descendez où exactement, ma belle ? » demanda le chauffeur en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur. Sa voix était rauque, fatiguée, comme s’il conduisait depuis le début de la semaine.« Rue des Baobabs, juste après le grand rond-point. Merci. »Il hoc







