LOGINNina lui adossa un grand sourire. « Tu profites de ta soirée ? » demanda-t-elle.
« Je pense que tu sais très bien que ce n'est pas le cas », répondit-il. Elle haussa un sourcil et le fixa par-dessus le rebord de son verre. « Ah oui ? » Julian saisit une flûte sur le plateau d'un serveur qui passait par là et reporta toute son attention sur elle. Elle dut faire un effort surhumain pour ne pas laisser échapper un hoquet sous son regard brûlant. C'était comme s'il la déshabillait là, sur-le-champ, devant une salle comble. Son sang bouillonnait et glissait au plus bas de son ventre. Il avait de magnifiques yeux, et ils étaient en train de la dévorer, s'infiltrant sous la coupe modeste de la robe de soirée qu'elle avait choisie. Il lui donnait l'impression de porter la tenue la plus légère et la plus révélatrice qui soit. Elle se sentait nue et vulnérable sous son regard incandescent. Et d'une certaine manière, elle pressentait qu'il devinait le genre de pensées qui la traversaient à son sujet… et qu'il partageait exactement les mêmes. Pourquoi la regardait-il ainsi s'il n'y pensait pas ? Elle chassa cette idée de son esprit. Concentre-toi, se dit-elle. Ce n'est pas le moment. « Dis-moi une chose, Nina », commença Julian. « Pourquoi n'es-tu pas avec le reste des piranhas à essayer de me convaincre que ton agence de pub va propulser Mart Enterprises au sommet ? » Ses lèvres s'étirèrent en un sourire. « Parce que vous êtes déjà au sommet ? » dit-elle. Il lui rendit son sourire. « Ou peut-être parce que comme nous nous connaissons, tu n'en vois pas la nécessité. C'est ça, ton plan ? » « Mon plan ? » répéta-t-elle, avant de se pencher vers lui, suffisamment près pour que l'effluve de son parfum lui embaume les narines. « Eh bien, est-ce que ça fonctionne ? » demanda-t-elle. Julian afficha un sourire narquois. « Tu es une vraie racoleuse », dit-il. À ces mots, son sourire s'évanouit. Il avait raison. Elle était en train de flirter, et c'était la dernière chose qu'elle voulait faire. Elle jeta un coup d'œil de l'autre côté de la pièce, là où les autres responsables publicitaires la foudroyaient du regard, elle et Julian. « Je ne suis pas aux abois, Julian. Peu importe que nous nous connaissions ou non. Je sais que je suis douée. Je sais que mes idées pour ta campagne publicitaire sont spectaculaires. Est-ce que ça fait de moi quelqu'un d'arrogant ? Peut-être. Mais je n'ai pas besoin de te vendre un tas de salades… Et il n'y a aucun "plan"… Quoi que tu entendes par là. Je veux gérer ça de manière professionnelle, c'est pour cela que je ne joue pas la carte du "nous nous connaissons". Tout ce dont j'ai besoin, c'est du temps nécessaire pour te montrer ce que Standard Gate Communications peut faire pour toi. » « Ce que tu peux faire pour moi, Nina ? » dit-il. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise devant ce sous-entendu flagrant. Puis il s'empressa de corriger la fausse déduction qu'elle venait de faire. « Si les idées viennent de toi et sont aussi brillantes que tu le prétends, je ne signerais pas vraiment avec Standard Gate pour ce que l'agence peut m'apporter. C'est toi que j'engagerais. » Elle fronça les sourcils, détestant se sentir soudain désavantagée. Ses doigts se crispèrent un peu plus sur le verre, et elle pria pour qu'ils ne se mettent pas à trembler et à trahir son malaise. Il l'observa avec curiosité, ayant manifestement décelé son inconfort. « Ce n'était pas une proposition indécente, Nina, détends-toi. Crois-moi, tu ferais la différence », dit-il en souriant. Dans un geste audacieux, il avança un doigt et traca une ligne le long de la peau nue de son bras. Elle fut incapable de réprimer le frisson ni la chair de poule qui dansa sur sa peau. Je ne devrais pas penser au frère d'Abby de cette façon, se répéta-t-elle. « Je voulais seulement dire que si tu me bluffes lors de ta présentation et que je signe avec Standard Gate, tu ne me refileras pas à un cadre junior. J'attendrais de toi que tu supervises la campagne à tous les niveaux. J'aimerais que ce soit toi qui te charges de l'affaire. » « Et prévois-tu de signer avec Standard Gate Communications ? » demanda-t-elle d'une voix rauque. Une lueur d'amusement brilla dans ses yeux sombres. Il but une gorgée mesurée de son vin, puis la considéra d'un air nonchalant. « Si ta présentation est à la hauteur. Creative Edge a de bonnes idées. Je les étudie. » Ses lèvres se pincèrent. « Seulement parce que tu n'as pas encore vu les miennes. » Il lui sourit à nouveau. « La confiance… C'est quelque chose que j'ai toujours admiré chez toi. J'aime la confiance. Je n'aime pas la fausse modestie. J'ai hâte de voir ce que tu as en tête, la Rouquine. J'ai dans l'idée que tu mets toute cette passion que je vois brûler dans tes yeux au service de ton travail. Evan Banks a bien de la chance d'avoir une employée aussi féroce. Je me demande s'il en a conscience. » « Est-ce que nous passons à la phase de prise de rendez-vous ? » demanda-t-elle d'un ton léger. « Je dois avouer que j'ai pris plaisir à te regarder entouré par les piranhas, comme tu les appelles. » Il posa son verre sur une table voisine. « Danses avec moi et nous discuterons des créneaux horaires. » Elle plissa les yeux. Il leva un sourcil parfaitement dessiné en ce qui ressemblait fort à un défi. « Ce n'est pas la mer à boire. Tu n'es pas une inconnue comme la plupart de ces gens. Écoute, j'ai aussi dansé avec des cadres féminines de chez Creative Edge, Depth Digital, Fair Marketing Media— » Nina leva la main. « D'accord, d'accord, j'ai compris. Tu fais ta sélection sur la base de la meilleure partenaire de danse », dit-elle. Il renversa la tête en arrière et éclata de rire. Plusieurs personnes autour d'eux se retournèrent pour les fixer, et elle dut résister à la violente envie de fuir la pièce. Elle détestait l'attention qui ne semblait poser absolument aucun problème à Julian. Comme cela devait être agréable de ne pas avoir à se soucier de ce que les gens pensaient de vous. Ne voyant aucun moyen élégant de se défiler, elle posa son propre verre et laissa Julian la guider sur la piste de danse. À son grand soulagement, il la tint sans trop la serrer. Quiconque les aurait observés n'aurait pu y trouver la moindre faute ni la moindre impropriété. Et il n'y en avait aucune… Il ne pouvait y en avoir. Julian et elle n'avaient pas l'air d'amants, mais elle savait que la pensée était présente dans leurs deux esprits. Elle pouvait le ressentir… Cette étrange énergie entre eux, en particulier lorsqu'ils se retrouvaient seuls dans l'appartement en l'absence d'Abby. Elle voyait le désir dans ses yeux et savait qu'il pouvait probablement lire le sien dans les siens. Elle n'était pas rompue à dissimuler ses émotions. Peut-être le fait d'avoir grandi comme la seule fille au milieu d'un foyer masculin en était-il la cause. Sa famille était une tribu bruyante et expansive, et elle avait toujours été considérée comme la fille et la sœur chérie.Derrière elle, un homme plus âgé au visage sévère, flanqué d'une femme plus jeune et d'un homme qui semblait à peine plus jeune que Julian, avançait d'un pas plus lent mais tout aussi déterminé dans leur direction.À sa grande surprise, Julian lui saisit la main gauche et la maintint contre son flanc. Il chipota avec ses doigts tout en levant les yeux pour afficher un sourire d'accueil. Cela parut totalement forcé aux yeux de Nina, mais la femme ne sembla pas s'en offusquer.Abby passa devant eux.La femme, en qui Nina reconnut la mère d'Abby et de Julian, ouvrit de grands bras pour enlacer Abby. « Oh, ma chérie, tu es là ! » s'exclama-t-elle.« Oui maman, nous sommes là », répondit Abby en souriant tout en serrant fort sa mère dans ses bras, puis elle se tourna pour embrasser son père également.La femme passa ses bras autour de Julian, et pourtant, il ne lâcha toujours pas la main de Nina. Il répondit à son étreinte de son bras libre et dit : « Bonjour, Maman. Je t'avais dit que je
Rien dans le mobilier ne tombait dans le mauvais goût ou la vulgarité. L'ensemble affichait un style très masculin.L'endroit diffusait même un parfum masculin. Un mélange de cuir et de daim. Des teintes terrestres.Au-delà des trois rangées de sièges se trouvait un petit espace salon doté d'un canapé, d'un fauteuil, d'une table basse et d'une télévision. Sur sa gauche, entre les sièges et le cockpit, s'aménageait une kitchenette flanquée d'un maître d'hôtel. L'homme plus âgé lui adressa un sourire et lui souhaita la bienvenue à bord.Elle remarqua qu'Abby s'était déjà installée et prenait ses aises.Alors qu'elle et Julian s'asseyaient l'un à côté de l'autre, le steward se présenta sous le nom de Bill et lui demanda si elle souhaitait une boisson.Elle jeta un coup d'œil à Julian puis se tourna vers Bill. « Avez-vous du vin ? » demanda-t-elle.Bill lui sourit. « Mais naturellement. M. Martin garde l'appareil approvisionné en tout le nécessaire », répondit-il.Elle devait admettre que
L'inquiétude lui noua l'estomac. S'incuster à un mariage de famille semblait beaucoup trop personnel, même si l'objectif était purement professionnel. Sans compter qu'il était déjà bien assez difficile de lutter contre l'attraction qu'elle éprouvait pour lui dans un cadre de travail. Mais un événement aussi intime qu'un mariage ?« Combien de temps serons-nous… partis ? » demanda-t-elle.La question sortit davantage comme un couinement que comme une demande concise et professionnelle. Elle avait l'air d'une petite fille effrayée face au grand méchant loup. Oh, mais Julian faisait un loup tellement savoureux.Elle eut toutes les peines du monde à ne pas poser sa tête sur la table pour la cogner plusieurs fois. Concentre-toi, Nina, concentre-toi.« Nous décollerions jeudi soir. Répétition et dîner vendredi, mariage samedi suivi de la réception, et comme cela se prolongera très probablement tard dans la nuit, nous rentrerions dimanche », répondit-il.Cela ne nécessiterait qu'un seul jour
« Je n'ai que quarante-cinq minutes », continua-t-il. « Nous ne sommes pas très loin l'un de l'autre. On se retrouve à mi-chemin ? Nos options sont cuisine française, italienne ou la bonne vieille cuisine américaine. »« Je suis partante pour tout », dit-elle d'une voix faible.Elle coinça le téléphone entre son épaule et son oreille tout en fouillant frénétiquement dans ses notes le concernant. Elle fourra le tout dans une chemise cartonnée et attrapa son sac.« Parfait. On se rejoint dans, disons, cinq minutes ? Je m'y mets. »« D'accord, à tout de suite », répondit-elle.Il raccrocha et elle resta plantée là un instant comme une idiote, le téléphone toujours collé à l'oreille. Puis elle l'écarta, prit une grande inspiration pour se stabiliser et déclara la guerre.Elle pouvait faire ça les yeux fermés. Jetant son sac sur son épaule, elle faillit courir hors de son bureau et le long du couloir.Elle croisa Trevor Williams, le directeur financier de Standard Gate, qui leva un doigt e
« Tu ne peux pas gagner sur tous les tableaux, Loveth. Soit j'étais sérieux avec toi, soit tu n'étais qu'un passe-temps », dit-il d'un ton traînant.« Qu'est-ce que c'est que ça ? » Elle rougit de colère. « Je voulais seulement dire que tu n'as pas fréquenté une femme plus d'une fois depuis que j'ai rompu avec toi. »Il prit une expression exagérée de surprise. « Tu me flattes. Je n'avais aucune idée que tu t'intéressais autant à mes fréquentations. J'aurais pensé que mon frère t'occupait bien trop pour que tu surveilles ma vie amoureuse. »« Viens avec ta conquête, Julian. Mais nous savons tous les deux qu'elle n'est pas moi. Elle ne sera jamais moi. Ne crois pas que tu me voleras la vedette le jour de mon mariage », siffle Loveth.Sur ces mots, elle sortit précipitamment de son bureau, laissant Julian secouer la tête. Il devrait vraiment appeler son cousin pour le remercier chaleureusement. Il l'avait échappé belle.Il s'enfonça dans son fauteuil et ouvrit son agenda. Maggie tenait
Elle préférait le faste et le glamour du monde de la joaillerie à l’image sportive et transpirante que renvoyait son entreprise. Tant mieux qu’elle ne soit pas assez futée pour avoir fait quelques recherches. Si elle l’avait fait, elle aurait découvert que les bénéfices de l’entreprise de Julian dépassaient de loin ceux de leur entreprise familiale de joaillerie. Et il ne lui avait fallu que quelques années pour y parvenir.Sa mère ne le croirait jamais, mais Julian était reconnaissant envers Sam d’être un égoïste à la cervelle de moineau. Sam voulait Loveth simplement parce que Julian l’avait eue. Grâce à ce besoin maladif de toujours vouloir surpasser les autres, Julian avait échappé de justesse à une énorme erreur. Mais cela ne signifiait pas qu’il avait envie de passer du temps de qualité avec son cousin gâté et égocentrique. Il avait toutefois accepté de venir, et maintenant, il lui fallait une cavalière.En secouant la tête, il se mit à faire défiler les contacts de son téléphon







