LOGIN« Comment ça, ça ne me concerne pas ? » Amélia n’en croyait pas ses oreilles. « Nicolas, tu m’as demandé de signer les papiers du divorce. Tu m’as dit que la famille Beaumont voulait que tu épouses leur fille. Mais elle a déjà été mariée et porte désormais le nom de Devereux. Et tu voudrais que je ne pose aucune question ? »
« Je veux dire, les affaires de l’entreprise… »
« Je me fiche de tes affaires d’entreprise ! » La voix d’Amélia s’éleva enfin. « Ce que je veux comprendre, c’est pourquoi mon mari, l’homme qui a partagé mon lit pendant trois ans, me demande soudainement le divorce pour épouser une femme qui a déjà été mariée. Qu’est-ce qui s’est réellement passé entre vous ? »
Nicolas se détourna. Son expression était lasse et, pour la première fois, Amélia y vit quelque chose qui ressemblait à du regret, mais trop infime, trop tardif.
« Je ne peux pas tout t’expliquer maintenant. »
« Pourquoi pas ? »
« Parce qu’il y a des enjeux plus importants que nos problèmes à nous deux. »
« Plus importantes que notre mariage ? » La voix d’Amélia se brisa sur la fin.
Nicolas ne répondit pas.
« Nico. » Amélia s’approcha de lui, cette fois-ci doucement, comme quelqu’un qui s’approche d’une flamme de bougie sur le point de s’éteindre et qui craint que son propre souffle ne l’éteigne. « Je suis ta femme. Quoi qu’il arrive avec ton entreprise, avec la famille Beaumont, avec cette Céleste Devereux, je pourrai l’accepter si tu es honnête avec moi. On pourra trouver une autre solution ensemble. Mais j’ai besoin que tu me parles. J’ai besoin que tu sois honnête. »
Quelque chose bougea sur le visage de Nicolas. Il regarda Amélia longuement, très longuement, comme si une petite guerre faisait rage derrière ses yeux.
« Nicolas. S’il te plaît. »
Un seul mot.
Nicolas poussa un long soupir et ferma les yeux un instant. Lorsqu’il les rouvrit, la bataille était terminée. Et c’était l’espoir d’Amélia qui avait perdu.
« Je suis désolé. » Sa voix était basse. « Je ne peux pas. »
« Tu ne peux pas, ou tu ne veux pas ? »
« Les deux. »
Amélia recula d’un pas. Quelque chose en elle sembla s’effondrer, dans un bruit que personne d’autre qu’elle-même ne pouvait entendre.
« D’accord. » Sa voix avait retrouvé son calme. Ce calme qu’elle avait reconnu la veille au soir comme le signe qu’elle avait dépassé le seuil de la douleur. « Dans ce cas, nous n’avons plus rien à nous dire. »
« Amélia… »
« Non, Nico. » Elle leva la main, coupant court à tout ce que Nicolas s’apprêtait à dire. « Tu as déjà pris ta décision. Avant de rentrer chez toi hier soir, tu avais déjà pris ta décision. Je voulais juste m’en assurer. »
Elle retourna dans la chambre, d’un pas mesuré et droit. Sur la table de chevet, le dossier marron était toujours posé exactement là où elle l’avait laissé la veille. À côté, la petite boîte contenant la photo d’échographie qu’elle n’avait pas encore eu l’occasion de lui remettre.
Amélia resta longtemps devant la table. Elle sortit la photo de la boîte, puis rangea cette dernière dans le tiroir.
« Il n’a pas besoin de savoir », pensa-t-elle.
Amélia ouvrit une nouvelle fois le dossier marron et prit un stylo dans le tiroir de la table de chevet. D’un geste calme qui lui semblait étrange, même à elle-même, elle apposa sa signature sous le nom de Nicolas qui y figurait déjà.
Un simple trait d’encre noire mit fin à trois années de mariage.
Elle l'apporta ensuite dans la salle à manger et le posa devant Nicolas sans un mot. L’homme fixa le document, puis leva les yeux vers le visage d’Amélia. Mais il n’y avait plus ni larmes ni colère, seulement le vide de quelqu’un qui venait de livrer la dernière partie de son cœur.
« Tu as obtenu ce que tu voulais, Nico. » Amélia prit son sac sur la chaise. « J’espère que ton entreprise pourra être sauvée. »
Elle se dirigea vers la porte.
« Amélia. »
Pour la première fois depuis la veille, la voix de Nicolas se brisa.
« Attends… »
Mais Amélia était déjà sortie.
La porte se referma derrière elle.
Et dans sa main, elle tenait l’échographie de leur bébé, un secret dont Nicolas n’aurait jamais connaissance.
Nicolas roulait seul vers Montelune, l’esprit en proie à des pensées confuses. Les paroles de Céleste ne cessaient de résonner dans sa tête : son père, Henri Valmont, l’avait sauvée et lui avait demandé de garder ce secret pour toujours. Il ne trouvait pas le repos, il devait savoir pourquoi son père avait gardé cela secret. Finalement, après quatre heures de route, il arriva chez ses parents. Nicolas se tenait devant la porte de la maison de son père, les poings serrés le long du corps. La porte s’ouvrit et Henri apparut ; il fut surpris de voir son fils planté là, le visage impassible.« Nicolas ? » demanda-t-il doucement en lui faisant signe d’entrer. « Tu es venu sans prévenir. Que se passe-t-il ? »Nicolas entra et resta debout au milieu de la pièce, sans s’asseoir. « Je suis venu pour te poser une seule question. Et je veux que papa soit honnête avec moi. »Henri fronça les sourcils et referma doucement la porte. « Bien sûr. Assieds-toi. On va parler. »« Je ne veux pas m’asseoir
« … quelque chose dont tu n’as même pas eu conscience jusqu’à présent. » Damien s’arrêta juste devant Nicolas, le fixant intensément, comme s’il savourait ce bref moment d’hésitation qui se lisait sur le visage de l’homme. « Entre. Elle t’attend. »Nicolas passa devant lui sans se retourner, se dirigeant vers la porte que Damien lui avait indiquée. La poignée lui parut froide ; il prit une profonde inspiration, puis l’ouvrit lentement. Céleste était assise sur une chaise près de la fenêtre ; elle regardait par la fenêtre, les yeux rivés sur le ciel qui commençait à prendre des teintes rougeâtres. En entendant des pas, elle se retourna lentement.« Tu es enfin l&agra
« … si Nicolas ne vient pas avant le coucher du soleil, il rejettera tous mes désirs. » Damien marqua une pause, fixant Amélia intensément, comme s’il évaluait sa réaction. « Et si Céleste refuse mes désirs, alors je détruirai tout ce qui vous est cher. »Amélia se redressa, refusant de se laisser envahir par la peur. « Tu le forces à choisir sous la pression. Ce n’est pas une bonne décision. »Damien esquissa un sourire, mais son regard restait glacial. « Je ne force personne. Je veux simplement obtenir ce qui m’appartient depuis des années : l’amour que Nicolas m’a volé. »Amélia prit une profonde inspiration ; elle comprit qu’i
« … le premier à en subir les conséquences sera Luis. » La communication fut coupée net. Amélia fixa l’écran noir de son téléphone, le cœur battant si fort qu’elle en avait le souffle coupé. Cette voix lui était inconnue, mais la menace était bien réelle. Ils savaient où elle se trouvait, ils écoutaient chacun de ses mots. Elle jeta un coup d’œil vers la porte du restaurant, puis vers la fenêtre, mais ne vit personne de suspect.« Que se passe-t-il ? » demanda Céleste, inquiète, en voyant le visage d’Amélia pâlir. « Qui t’a appelée ? »Amélia déglutit, s’efforçant de rester calme. « Ils nous surveillent. Ils ont dit
Les mots de Damien flottaient dans l’air, froids et tranchants comme des éclats de verre. Amélia se tenait immobile devant la porte, le souffle coupé. Elle se retourna lentement, fixant le dos de Damien qui se tenait toujours droit devant la fenêtre. Sa voix semblait calme, même si son cœur battait à tout rompre.« Que veux-tu dire ? » demanda-t-elle doucement mais fermement.Damien ne se retourna pas. Il se contentait de regarder vers le jardin que commençait à envelopper l’obscurité de la nuit. « Tu n’as pas besoin de le savoir. Transmets simplement mon message à Céleste. »Amélia s’avança vers lui ; elle n’avait pas peur, même si elle avait la chair de poule. &
Après avoir parlé au téléphone, la personne rangea son portable puis s’en alla. À l’intérieur de la maison, Amélia prépara son sac avec une assurance inébranlable, même si un sentiment d’inquiétude continuait de l’envahir. Elle se mit en route vers un restaurant tranquille en périphérie de la ville, le lieu de rendez-vous choisi par Céleste pour éviter d’attirer l’attention.À son arrivée, Céleste l’attendait déjà dans un coin de la salle. Son visage semblait fatigué, ses yeux trahissaient un profond doute. En apercevant Amélia, elle esquissa un léger sourire.« Tu es là », dit-elle doucement, en lui faisant signe de s’asseoir.







