LOGINMariée en secret à Paul Laurent, héritier d'un empire financier, Yvonne Dubois voit son bonheur brisé lorsqu'il rejette brusquement leur union. Trahie et enceinte, elle disparaît pour élever seule leur fille et bâtir une brillante carrière d'experte en restructuration d'entreprises. Convaincu de son abandon, Paul devient le PDG impitoyable de la firme familiale. Sept ans plus tard, le destin les rassemble. Yvonne est recrutée pour sauver la société de Paul, coulée par un scandale. Elle conserve une attitude purement professionnelle, tout en gardant à ses côtés son allié de toujours, Louis Cole. Paul, rongé par la jalousie et la colère, découvre soudain que la fillette de sept ans qu'il croise est sa propre fille. Accablé par le poids des années manquées, il comprend la vérité derrière leur rupture : pour protéger son empire, il avait autrefois fait le choix du silence et poussé Yvonne au départ. Alors qu'une conspiration menace de nouveau son entreprise, Paul refuse de commettre la même erreur. Il choisit de protéger Yvonne, prêt à sacrifier tout son empire. Pour espérer regagner son amour, il ne suffit plus d'offrir sa richesse. Paul doit métamorphoser son existence et prouver qu'il est enfin devenu l'homme qu'elle pourrait choisir d'aimer à nouveau.
View MorePoint de vue d’Yvonne
L’horloge affichait 16 h, et mon estomac se remplit d’une sensation familière et d'un espoir inutile.
« Enfer, Steph, je dois boucler ce rapport rapidement. » Je ne quittai pas l’écran des yeux.
Steph approcha sa chaise en roulant, lisant sur mon visage plutôt que sur mon moniteur. « Pourquoi cette précipitation, ma belle ? »
« C’est mon anniversaire de mariage aujourd’hui. Je dois rentrer à temps pour préparer le dîner. »
Avec enthousiasme, Steph s’exclama : « Waouh, c’est une bonne nouvelle ! Une étape de plus pour toi. » Elle hésita, et sa voix trahit plus que de la simple joie. « Tu es sûre qu’il va vraiment venir, cette fois ? »
« Je… je l’espère. » Les mots sortirent plus lentement que je ne l’avais voulu.
« Eh bien, j’espère que tout se passera bien pour toi. Félicitations, encore. » Steph haussa les épaules et m’adressa un sourire qui se voulait réconfortant, mais qui ne servit presque à rien.
Le silence retomba dans le bureau, ce genre de silence composé seulement de bruits de claviers et de clics de souris, le son que font deux personnes lorsqu’elles n’ont plus rien à se dire. Ce silence était aussi devenu la force dominante de mon mariage.
Sept ans plus tôt, Paul Laurent et moi nous tenions devant une poignée de personnes lors d’un mariage intime et nous nous promettions l’éternité. Ce que nous avions réellement construit était quelque chose de plus petit et de plus froid : deux inconnus partageant un toit, jouant l’affection devant les caméras et dans les salles de conseil, puis se retirant aux deux extrémités opposées de la maison dès que nous quittions le regard du public. Paul était l’héritier de la Laurent Corporation, et autrefois, il était la personne en qui j’avais le plus confiance au monde. Je ne pouvais pas dire qu’il avait un jour ressenti la même chose pour moi.
« Ces chiffres ne tombent pas juste. » Je me penchai plus près de l’écran, balayant la page pour la troisième fois. « Trois millions de dollars, rattachés à une acquisition qui n’existe pas dans le budget. »
Steph fit glisser sa chaise vers moi. « Qu’est-ce que tu regardes qui te pose tant de problèmes ? »
« Reste là. » Je tapotai la ligne sur l’écran. « Aucune acquisition de cette taille n’apparaît dans le budget initial. Ce n’est lié à rien de tangible. »
« Oui, je le vois. » Elle étudia l’écran, puis hocha lentement la tête, comme si la forme du problème ne devenait claire pour elle qu’à cet instant. « Et tes yeux d’aigle et tes sens de renard l'ont repéré. »
« Quelque chose ne tourne pas rond avec ce compte. » Je me frottai le front de frustration.
« Ma belle, tu ne vas pas démêler ça dans les trente prochaines minutes. » Steph vérifia l’heure. « Il est 16 h 30. Rentre chez toi. Je m’en occupe. Va célébrer ton anniversaire. »
« Merci, Steph. Tu me sauves la vie. » Je fourrais déjà mon ordinateur portable dans mon sac. « Je dois commencer à cuisiner avant qu’il ne rentre du travail. S’il vient. »
« Prends soin de toi. » Elle me sourit alors que je me dirigeais vers la porte, et je lui envoyai un baiser en partant.
Le trajet vers la maison me laissa trop de temps pour penser. L’anniversaire de l’année précédente me revint par morceaux. Moi, seule à la table d’un restaurant jusqu’à 21 h 15, lorsqu’un SMS arriva enfin : Je ne pourrai pas venir. Prends soin de toi. Pas d’excuses. Pas de chaleur. Comme s’il avait marché sur un inconnu.
« Paul, ne me fais pas ça à nouveau. » Ma poitrine brûlait d’un espoir auquel je ne me fiais plus, ce même espoir qui avait été consécutivement bafoué pendant sept ans.
Le manoir apparut au loin tandis que je m’engageais dans l’allée. La maison, si je pouvais l’appeler ainsi, de deux personnes qui se trouvaient simplement partager une adresse.
« D’accord, » dis-je au hall d’entrée vide. « Salade César, poulet aux truffes, cheesecake. C’est parti. »
À 19 h, la table ressemblait à ces photos de nourriture sur I*******m. La salade César, le poulet aux truffes brillant sous la lumière, un cheesecake dont j’étais presque trop fière, le champagne suant dans un seau à glace en argent, des chandeliers en or diffusant une lumière douce sur la nappe. Je mis du Toni Braxton et laissai sa voix bercer l’atmosphère.
« Je suis à la maison et j’attends ton retour. J’ai préparé quelque chose de spécial pour toi. Tout est prêt. S’il te plaît, ne me fais pas attendre. » J’enregistrai et envoyai le message vocal à Paul sur W******p.
8 h 30 arriva et passa. Pas d’appel. Pas de réponse. Je pris mon téléphone et vérifiai sa dernière connexion : 20 h 03. Il avait été en ligne. Il avait vu la notification et avait décidé que cela ne valait pas trente secondes de son temps.
La déception marqua mon visage. « J’aurais dû écouter mon instinct et faire quelque chose de mieux ce soir au lieu d'attendre un homme qui ne prend même pas la peine de me répondre. » Je coupai une part de cheesecake et la mangeai seule, debout près du comptoir, parce que m’asseoir seule à cette table magnifiquement dressée me semblait être une plaisanterie. Je ne voulais pas en être le dindon de la farce.
À 21 h 45, les phares de sa voiture balayèrent l’allée. J’étais alors pelotonnée sur le canapé, absorbée à moitié par une série N*****x, à moitié convaincue que la soirée était déjà terminée. Je me redressai si vite que je faillis renverser mon verre de la table. Il était venu. Après tout cela, il était vraiment venu.
« Bienvenue à la maison, mon amour. » J'entourai son cou de mes bras, le tirant vers moi, mais ses mains restèrent molles le long de son corps, me touchant à peine. Il me tapota le dos une fois, le genre de tapotement que l'on donne à un collègue.
« J’avais beaucoup de choses à régler au bureau, et… » commença-t-il.
« C’est bon. Je comprends ton emploi du temps. » Je le coupai avant qu’il ne puisse finir son excuse, parce que je ne voulais pas l’entendre en détail ; au moins, j'étais contente qu'il soit là. Je glissai ma main sous son bras et m’appuyai contre son épaule tandis que nous marchions vers la table.
« Cette robe te va bien. » Sa voix avait un brin d’enthousiasme, mais restait monocorde.
« Merci. Je l’ai mise pour ce soir. Je voulais que ce soit une nuit dont nous nous souviendrions. » Je souris quand même, parce qu'une partie de moi croyait encore que si je souriais assez largement, assez chaleureusement, il finirait par se sentir obligé de faire de même.
À ce moment-là, la glace dans le seau à champagne avait fondu en eau tiède, et la nourriture avait refroidi dans les assiettes. Paul
semblait à peine le remarquer.
« Tu as fait de la salade César. » Un éclair de véritable intérêt apparut sur son visage, plus que ce que j’avais vu de lui de toute la soirée. « J’en avais envie. Tu as eu de la chance de le deviner. »
« Je sais, n'est-ce pas ? » Toute ma poitrine s’illumina à cette petite victoire. « Je voulais que ce soir compte. Notre premier vrai anniversaire ensemble, juste tous les deux. J’attendais cela avec impatience depuis des semaines. »
Quelque chose se ferma derrière ses yeux. « C’est bon, » dit-il, de la voix plate d’un homme prononçant un verdict, et la température à la table se refroidit aussitôt.
Il finit de manger rapidement, me regardant à peine, et le reste du repas se déroula dans un silence si complet qu’on aurait pu entendre une épingle tomber sur le sol.
« Merci pour le dîner. C’était bon. » Il se leva, et juste avant de s’éloigner : « Joyeux anniversaire. » Le compliment sur ma cuisine était la chose la plus chaleureuse qu’il m’eût dite de toute la nuit, ce qui me révélait tout sur la place que j’occupais réellement dans sa vie.
Je restai assise là un moment de plus, fixant sa chaise vide. « Est-ce que tout ce que je fais pour lui montrer que je tiens à lui ne signifie rien du tout ? » dis-je à la chaise vide.
Je débarrassai la table moi-même : les assiettes, le seau à glace qui gouttait, les bougies réduites à des lumignons. Je me tins devant l’évier de la cuisine, les bras appuyés sur le comptoir, sentant le poids de toute la maison s’écraser sur moi. « Qu’est-ce que je fais de mal ? Ne voit-il pas que cette distance me brise un peu plus chaque année ? » dis-je, une larme roulant sur ma joue.
À 23 h, je me douchai, me mis en chemise de nuit et le trouvai au lit, le téléphone à la main, le pouce parcourant l’écran avec plus d’attention qu’il n’en avait accordée à toute ma soirée. Je l'embrassai quand même pour lui dire bonne nuit.
« Bonne nuit, chéri. Il est tard, tu devrais dormir. »
« Bonne nuit. Dors bien. » Il ne leva pas les yeux.
Un message meubla son écran une seconde plus tard. Il se redressa d'un bond comme s’il avait été piqué par un scorpion, l'air furieux.
Paul s'immobilisa. « Qu’est-ce qui se passe ? » murmura-t-il, presque trop bas pour que je l’entende, mais je l’entendis quand même, et quelque chose dans sa voix fit dresser les poils sur mes bras.
Point de vue d'Yvonne La première chose que je vis lorsque j'ouvris les yeux fut l'heure. 5 h 03. Je restai étendue à fixer le plafond, me demandant pourquoi j'étais déjà réveillée. Mon corps paraissait lourd, et une sourde douleur persistait au bas de mon ventre, compagne à laquelle je commençais beaucoup trop à m'habituer. Je tendis la main vers mon téléphone. Deux courriels. L'un provenait d'une infonulettre dont je ne me rappelais pas m'être abonnée. L'autre était arrivé la veille à 21 h 46. Invitation à un entretien – Poste d'analyste financier. Je me redressai d'un bond, pressant le téléphone contre ma poitrine pendant une seconde, de peur qu'il ne change d'avis. C'était l'entreprise auprès de laquelle j'avais postulé trois jours plus tôt. Ils avaient examiné ma candidature et souhaitaient me voir à 10 h 30 ce matin-là. Je lus le courriel du début à la fin, vérifiant l'adresse, le nom du contact, la demande d'apporter mon CV et mes justificatifs. Puis je le relus, au cas o
Point de vue de Paul La ville défilait en flou par ma fenêtre tandis que je rentrais chez moi en voiture. Manhattan était toujours animée malgré l'heure avancée. Les voitures se pressaient dans les rues, les taxis s'arrêtaient brusquement aux intersections, et les piétons se hâtaient sur les trottoirs, le visage enfoui dans leur téléphone. D'ordinaire, ce mouvement m'apportait du réconfort. Ce soir, il ne faisait qu'accroitre mon agitation. Ma conversation avec Marcel tournait en boucle dans mon esprit. Lui as-tu vraiment donné une chance de s'expliquer ? Je resserrai mes mains sur le volant. Je ne voulais pas penser à Yvonne. Pas ce soir. Mon téléphone vibra contre le siège passager. Je jetai un coup d'œil à l'écran. Gwen. Son nom trottait dans un coin de ma tête depuis son message un peu plus tôt. Elle avait voulu me dire quelque chose, mais la journée avait avalé la conversation. La réunion avec Marcel et Martin y avait veillé. Je répondis par le biais du système mains lib
Point de vue de Marcel À dix-neuf heures, Manhattan avait troqué son uniforme corporatif pour quelque chose de plus hédoniste. Les rues scintillaient sous les lumières de la ville, le trafic avançait au compte-gouttes à travers les avenues, et les tours de verre qui dominaient l'horizon reflétaient le ciel nocturne. Depuis l'arrière de ma voiture, j'observais la ville défiler tandis que Martin Wellbeck était assis à mes côtés, fixant son téléphone comme s'il y trouvait la solution à chaque problème de sa vie. L'homme avait passé le plus clair de l'après-midi à écouter mon frère exiger des réponses qu'il n'était pas préparé à fournir. Au moment où nous avions quitté la Laurent Corporation, Martin avait l'air d'avoir vieilli de cinq ans. J'eus presque pitié de lui. « Tu vas fixer ce téléphone toute la soirée ? » demandai-je. Martin leva les yeux. « Je consulte mes courriels. » « À dix-neuf heures ? » « L'enquête ne s'arrête pas sous prétexte que la journée de travail est terminée
Point de vue de Paul La photographie reposait sur mon bureau telle une accusation. Je la fixais depuis près de dix minutes, et je ne parvenais toujours pas à décider ce qui m'irritait le plus : ce qu'elle montrait, ou le fait que quelqu'un eût jugé nécessaire de me l'envoyer. L'image était légèrement granuleuse, prise de loin. Yvonne se tenait devant un bâtiment, son sac à main suspendu à une épaule, son manteau serré autour d'elle. Elle semblait s'adresser à quelqu'un, une silhouette masculine. Le cliché la capturait principalement de dos. Il n'y avait rien de scandaleux là-dedans. Mais il n'y avait rien non plus qui expliquât l'étrange sensation au creux de mon estomac. Mon téléphone vibra à côté de la photographie. Une notification de courriel apparut sur l'écran, suivie d'un autre message de mon équipe juridique. Je les ignorai tous les deux. J'avais des problèmes plus urgents. Le conseil d'administration de la Laurent Corporation exigeait des explications concernant les ir












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