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CHAPITRE 5

ผู้เขียน: Priscilla
last update วันที่เผยแพร่: 2026-07-31 22:38:52

Point de vue de Lena

Je restai adossée contre ce mur pendant un long moment.

Assez longtemps pour comprendre ce qui se jouait réellement.

Assez longtemps pour réaliser que cette conversation ne faisait pas que commencer.

Elle était déjà en cours depuis un certain temps.

Les décisions avaient été prises.

Les rouages étaient déjà en mouvement.

Damien avait déjà fait annuler trois des contrats d'Aiden.

Comme ça.

D'un simple claquement de doigts.

Sans doute un appel.

Ou peut-être même pas.

Peut-être un simple e-mail envoyé par son assistante, et l'affaire était réglée.

Abel, lui, possédait un dossier complet.

Les relevés bancaires.

L'historique de l'entreprise.

Les partenaires.

Les investisseurs.

Chaque personne avec laquelle Aiden Norman avait un jour fait affaire.

Il en parlait comme on dirait : « J'ai pris mon petit-déjeuner. »

Comme si ce n'était qu'une tâche ordinaire accomplie entre deux rendez-vous.

Henry, de son côté, surveillait discrètement les derniers alliés d'Aiden.

Avec la même patience.

La même méthode.

La même rigueur tranquille qui semblait guider chacun de ses gestes.

Ils ne me demandaient pas mon avis.

Ils ne m'en parlaient même pas.

Ils agissaient.

Tout simplement.

Parce que quelqu'un avait fait du mal à leur sœur.

Et, visiblement, chez les Morrison...

Une telle chose ne restait jamais impunie.

Je demeurai là, immobile dans ce couloir plongé dans l'obscurité, enveloppée de mon peignoir brodé d'un M.

Et je ne savais plus quoi ressentir.

Une partie de moi avait envie d'ouvrir cette porte.

De leur dire :

Oui.

Allez plus loin.

Plus vite.

Mais une autre partie...

Était profondément terrifiée par les hommes qu'ils étaient capables de devenir.

Les deux sentiments coexistaient.

En même temps.

Et je ne savais pas lequel écouter.

Je finis par quitter le mur.

Je descendis jusqu'à la cuisine, me servis un verre d'eau...

Puis je regagnai ma chambre.

Je ne trouvai finalement le sommeil qu'aux alentours de quatre heures du matin.

---

Le médecin arriva à neuf heures.

Je n'avais même pas terminé de m'habiller lorsqu'on frappa doucement à ma porte.

En l'ouvrant, je découvris une femme d'une cinquantaine d'années, une mallette médicale à la main et un sourire professionnel empreint de bienveillance.

— Mademoiselle Morrison. Je suis le docteur Adaeze. Votre frère m'a demandé de venir vous examiner ce matin.

Je clignai des yeux.

— Lequel de mes frères ?

— Monsieur Damien.

Bien sûr.

Je la laissai entrer.

Son examen fut aussi minutieux que rassurant.

Elle posait ses questions avec calme, sans jamais me donner l'impression d'être un simple dossier médical.

Elle prit ma tension.

Contrôla mon taux de fer.

Examina attentivement ma grossesse.

Chaque geste révélait une grande expérience.

Et surtout...

Elle semblait parfaitement informée de tout ce que j'avais traversé avant même d'avoir franchi cette porte.

Lorsqu'elle eut terminé, elle me regarda avec un sourire rassurant.

— Votre bébé va très bien. Son rythme cardiaque est excellent. Compte tenu de tout ce que vous avez subi ces derniers jours, physiquement comme émotionnellement, je dirais même que vous vous en sortez tous les deux remarquablement bien.

Je laissai échapper un long souffle.

— Remarquablement bien... répétai-je doucement.

Elle sourit.

— Vous êtes bien plus forte que vous ne le pensez, Mademoiselle Morrison.

Après son départ, je restai longtemps assise au bord du lit.

Une main posée sur mon ventre.

Mon bébé allait bien.

Après la pluie.

Après cette nuit passée dehors.

Après l'effondrement.

Après l'hôpital.

Après tout...

Mon bébé allait bien.

Je caressai doucement mon ventre.

— Tu es déjà un petit battant... murmurai-je avec tendresse. Comme ta maman.

---

Le bureau de Damien avait un tout autre visage à la lumière du jour.

La veille, il m'avait paru austère.

Aujourd'hui...

Il ressemblait davantage à une pièce chargée d'histoire.

Du bois sombre.

Des bibliothèques courant du sol au plafond.

Un immense bureau, aussi large qu'une table de salle à manger.

Dessus, rien n'était laissé au hasard.

Un ordinateur portable.

Un téléphone.

Et un unique dossier soigneusement posé au centre.

Damien était déjà debout lorsque j'entrai.

Il m'indiqua le fauteuil situé en face de lui.

Je m'assis.

Il fit de même.

Puis il ouvrit le dossier.

— Je vais aller droit au but, déclara-t-il.

Évidemment.

Damien Morrison ne devait pas connaître une autre manière de parler.

— Morrison Corporation est l'un des plus puissants groupes privés du pays. Immobilier, finance, nouvelles technologies, hôtellerie... Nous sommes présents dans de nombreux secteurs. De naissance, tu es copropriétaire de cet empire. Tu l'as toujours été, que tu en aies eu conscience ou non.

Il tourna une page.

— Ce qui change aujourd'hui, c'est que tu vas enfin occuper officiellement la place qui te revient.

Je gardai le silence.

Il leva les yeux vers moi.

— Celle de PDG. À mes côtés.

Un rire faillit m'échapper.

Je le sentis naître au fond de ma gorge avant de réussir à le retenir.

Parce que c'était...

Complètement irréel.

Pendant six ans, on m'avait répété que je ne valais rien.

Pendant six ans, je n'avais même pas été autorisée à ouvrir un simple compte bancaire sans l'accord d'Aiden.

Pendant six ans, un homme dont je cirais les chaussures m'avait convaincue que je n'étais bonne à rien.

Et voilà qu'aujourd'hui...

On me parlait de devenir PDG.

— Je n'ai aucune expérience, soufflai-je.

— Tu possèdes l'instinct. L'intelligence. Et désormais, tu as ta famille derrière toi.

Il referma doucement le dossier.

— L'expérience s'acquiert. Mais certaines qualités sont innées. Et celles-là... personne ne peut les enseigner.

— Damien...

Il soutint mon regard sans hésiter.

— Je ne te demande pas de porter seule le poids de Morrison Corporation.

Je te demande simplement de reprendre ce qui t'appartient de droit.

Je levai les yeux vers lui.

Son visage aux traits impeccablement dessinés.

Ses yeux gris, impénétrables.

Cette assurance tranquille...

L'assurance d'un homme qui n'avait jamais douté une seule seconde de la place qu'il méritait dans ce monde.

Je repensai à ce que j'avais surpris la veille au soir.

Il faut le détruire.

Ces mots avaient été prononcés sans colère. Sans éclat. Comme une simple évidence.

Ces hommes étaient dangereux.

Et ils étaient mes frères.

J'étais l'une des leurs.

Et eux étaient désormais les miens.

Je ne savais pas encore ce que cela impliquerait pour moi. Ce que cela exigerait de moi. Ce que cela ferait de moi.

Mais il y avait une chose dont j'étais certaine.

Je ne serais plus jamais cette femme qui subissait sa vie.

— D'accord, soufflai-je.

Quelque chose vacilla dans le regard de Damien.

Un changement si infime que je l'aurais manqué si j'avais cligné des yeux.

Il ouvrit le tiroir de son bureau, en sortit un dossier et le fit glisser jusqu'à moi.

Le document était épais.

Une bonne vingtaine de pages, remplies d'un jargon juridique qu'il me faudrait probablement des jours pour comprendre.

Mais l'en-tête de la première page, lui, était parfaitement limpide.

Morrison Corporation

Contrat de nomination au poste de dirigeante exécutive

Lena Morrison — Directrice Générale (CEO)

Mon nom.

Imprimé noir sur blanc.

Comme s'il avait toujours dû se trouver là.

Comme si ce document m'avait attendue toutes ces années.

Je restai figée.

Mon nom.

Mon véritable nom.

Plus Norman.

Plus « la femme d'Aiden ».

Plus « la stérile ».

Plus aucun des noms humiliants qu'on m'avait collés.

Seulement...

Morrison.

CEO.

Je tendis la main vers le stylo posé sur le bureau.

Puis je m'immobilisai.

Mes doigts restèrent suspendus au-dessus des feuilles.

Dire d'accord était une chose.

Signer ce contrat en était une autre.

Parce qu'une signature rendait tout irréversible.

Elle faisait de tout cela une réalité.

Elle faisait de moi, officiellement, légalement... une femme de pouvoir.

Une femme qui devrait désormais répondre de ses décisions.

Une femme qui devrait prouver qu'elle méritait cette place.

Le stylo me parut soudain incroyablement lourd.

Je relevai les yeux.

Damien m'observait.

Sans impatience.

Sans pression.

Impossible, comme toujours, de deviner ce qui traversait son esprit.

Il se contentait de me regarder avec ce calme inébranlable qui lui appartenait, comme s'il avait déjà plusieurs longueurs d'avance et attendait simplement que le présent le rejoigne.

— Et si je n'étais pas à la hauteur ? demandai-je d'une voix presque inaudible.

Les mots étaient sortis plus fragiles que je ne l'aurais voulu.

Il ne répondit pas immédiatement.

Il me fixa quelques secondes de cette manière si particulière qu'il avait de vous regarder, comme s'il lisait chaque fissure de votre âme avant de les remettre en place sans que vous vous en rendiez compte.

Puis il dit simplement :

— Prends ton temps.

Un silence.

Puis, d'une voix toujours aussi posée :

— Tu as déjà attendu vingt-quatre ans.

Je baissai de nouveau les yeux vers le contrat.

Vers mon nom.

Je ne pris pas encore le stylo.

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