LOGINChiara De Luca, vingt-trois ans, mène une double vie épuisante : étudiante en droit brillante le jour, serveuse dans un bar lounge la nuit. Elle cache des cernes sous son maquillage, des dettes qui s'accumulent, et une mère gravement malade dont les frais médicaux la dévorent. Derrière sa fierté indomptable se cache une jeune femme au bord du gouffre, terrifiée à l'idée de ne pas y arriver. Lorsqu'elle croise le chemin de Ryan Ashford, homme d'affaires puissant, froid et énigmatique, il lui propose un contrat : devenir sa compagne de façade lors d'événements mondains, en échange d'une somme d'argent considérable. Humiliée mais désespérée, Chiara accepte, se promettant de garder le contrôle. Très vite, l'attirance animale entre eux consume toutes les barrières. Mais Ryan cache un passé sombre : une sœur assassinée, un père tyrannique et impitoyable, des affaires dangereuses qui menacent la vie de Chiara. Piégée entre un amour dévorant et un monde violent, Chiara devra apprendre à naviguer dans les eaux troubles du pouvoir, de la vengeance et du désir. Entre passion brûlante et secrets mortels, Chiara va se découvrir une force insoupçonnée. Et Ryan, l'homme qui croyait ne plus rien ressentir, va trouver en elle une raison de se battre, de se reconstruire, et peut-être, de se racheter.
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Le réveil sonne à six heures, et pendant une fraction de seconde, je ne sais plus où je suis. Le plafond jauni de mon studio, l'odeur de café froid qui stagne depuis hier soir, la pile de photocopies de jurisprudence qui déborde de mon bureau. Tout me revient d'un coup, comme une chute. Je m'appelle Chiara De Luca, j'ai vingt-trois ans, et ma vie est un sprint qui ne s'arrête jamais.
Je bascule les jambes hors du lit et mes pieds nus rencontrent le carrelage glacial. L'hiver s'est installé sans que je m'en aperçoive, ou peut-être que je l'ai ignoré volontairement, comme on ignore une douleur sourde qui finit par faire partie du décor. Devant le miroir de la salle de bains, je m'observe comme on examine une étrangère. Les cernes sous mes yeux ont pris une teinte violacée qu'aucune nuit de sommeil ne parvient plus à effacer. Des creux d'épuisement, des ombres qui racontent les doubles journées, les cours en amphi, les services au bar jusqu'à l'aube. Je sors le correcteur, celui que Zoé m'a offert en riant : « pour tes nuits blanches de future grande avocate », et je tapote, je tapote, jusqu'à ce que la fatigue disparaisse sous une couche de beige. Le masque tient. Il tiendra jusqu'à deux heures du matin, heure à laquelle je finirai mon service au Velours.
La salle de bains est minuscule, le carrelage fendillé par endroits, et l'eau chaude met une éternité à arriver. Je me douche rapidement, l'esprit déjà ailleurs, à calculer mentalement les heures de la journée. Huit heures à dix-huit heures : faculté. Dix-huit heures trente à deux heures du matin : le bar. Entre les deux : trente minutes de métro, une salade avalée debout, et les messages de la clinique que je repousse au fond de ma conscience. Chaque journée est une équation dont le résultat ne tombe jamais juste.
À huit heures, je suis assise en amphi trois, deuxième rangée, cahier ouvert, stylo en main. Le professeur de droit des obligations disserte sur la responsabilité contractuelle, et je prends des notes avec une application qui impressionne mes voisins. Ce qu'ils ne voient pas, c'est que chaque mot que j'écris me coûte. Ma tête résonne encore de la musique du bar, de la nuit d'hier, des verres que j'ai portés jusqu'à l'aube. Des clients ivres, des talons qui me scient les pieds, du bruit des caisses qu'on range à la fermeture. Mais ici, dans cet amphi, je suis quelqu'un. Je suis la fille qui réussira. Celle à qui les professeurs serrent la main à la fin des partiels. Celle dont la mère parle avec des étoiles dans les yeux quand les voisines demandent des nouvelles.
La maman. J'ai promis de l'appeler ce soir avant mon service. Sa voix, ces derniers temps, s'est faite plus fine, comme un fil qu'on tire trop fort. Les traitements coûtent une fortune. La sécurité sociale couvre l'essentiel, mais l'essentiel ne suffit pas : il y a les médicaments non remboursés, les consultations privées quand les délais publics s'allongent dangereusement, l'aide-ménagère deux fois par semaine. J'ai fait les calculs hier soir, sur un coin de nappe, entre deux commandes. Il me manque neuf cents euros ce mois-ci. Neuf cents euros qui n'existent nulle part.
Assise dans l'amphi, je sens le poids de ce chiffre sur ma poitrine. Neuf cents euros. Un gouffre. Pendant que le professeur aligne des concepts juridiques que je devrais connaître par cœur, je fais des additions, des soustractions, je combine les horaires, les pourboires, les primes de nuit. Rien n'y fait. Le mathématicien le plus brillant ne pourrait pas extraire neuf cents euros d'un budget qui n'en a plus.
Le cours se termine à dix-huit heures. J'enchaîne sur le métro, puis le Velours. Le bar est un lounge haut de gamme, tout en velours bordeaux et en lumière tamisée, où les verres coûtent le prix de mes repas de la semaine. Les clients sont des hommes d'affaires, des héritiers, des avocats qui gagnent en une heure ce que je gagne en un mois. Ils ne remarquent pas les serveuses, ou plutôt ils ne les voient pas vraiment : des silhouettes qui passent, des plateaux qui circulent, des sourires qui se ressemblent tous. Je les sers avec un professionnalisme que j'ai mis des années à perfectionner. Ni trop chaleureux, ni trop distant. Un sourire de serveuse invisible.
Mais l'invisibilité a ses limites, et ce soir-là, table douze, un homme bedonnant aux bagues trop voyantes me retient par le poignet quand je dépose son whisky. Ses doigts sont moites, sa poigne étonnamment ferme.
— Reste un peu, belle Italienne. Un prénom, ça se partage, non ?
Je dégage ma main avec une douceur calculée, le geste mille fois répété face à mille clients identiques.
— Chiara. Et votre whisky se boit frais, monsieur. Bonne soirée.
Ma voix est polie, glacée, irréprochable. Il ricane, gêné, et ses amis rient plus fort que lui. Je m'éloigne le dos droit, le plateau contre ma hanche, et personne ne devine que mes mains tremblent légèrement. Ce n'est pas la peur. C'est la lassitude. Une lassitude si profonde qu'elle s'est installée dans mes os, qu'elle a pris racine dans chaque geste, chaque respiration, chaque matin où je me lève en sachant que rien ne changera. J'ai l'impression de courir sur un tapis roulant dont quelqu'un accélère la vitesse chaque semaine, et je sais que je finirai par tomber.
À la pause, je consulte mon téléphone dans la réserve, assise sur une caisse de vin. L'endroit sent le carton mouillé et le fond de bouteille. Un message de la clinique : le devis du nouveau traitement est disponible. Je n'ose pas l'ouvrir. Je regarde plutôt la photo de maman sur mon écran verrouillé : elle sourit sur une plage de Sicile, dix ans plus tôt, les cheveux au vent, avant que la maladie ne la dévore par petits morceaux. Elle était si belle. Si pleine de vie. Aujourd'hui, elle est une version réduite d'elle-même, une flamme qui vacille, une voix qui tremble au téléphone. Ma gorge se serre. Je ravale tout, je range le téléphone, je remonte le zip de mon armure.
— Chiara, table sept demande le champagne, lance Marco, le barman, en me tendant une coupe en cristal.
J'inspire profondément. Le correcteur tient toujours. Le sourire aussi.
— J'y vais.
Et je retourne dans la lumière tamisée, dans l'odeur de parfum cher et d'argent, invisible et indispensable à la fois, en répétant dans ma tête la phrase qui me tient debout depuis deux ans : encore un mois, encore un examen, encore un service. Ça finira bien par payer.
Il le faut.
— ChiaraJe suis allée au gala.Voilà, c'est dit. J'ai passé l'après-midi assise sur mon lit, face au placard, à peser deux vies, celle où je refuse, où je fuis, où je découvre ce que cache le mot danger, et celle où j'y vais, les yeux ouverts, en sachant ce que je sais, qu'il ment sur son nom, que son passé a des dents, que quelqu'un me suit dans la rue et que lui seul sait pourquoi.À dix-neuf heures, j'enfile la robe. Zoé, adossée à l'embrasure de la porte, les bras croisés, me regarde faire en silence. Puis :— Tu sais que tu ne vas pas à ce gala pour le contrat.— Je sais.— Tu sais que c'est la pire raison du monde.— Je sais. Je ferme le fermoir du collier. Mais je suis fatiguée d'être spectatrice de ma propre vie, Zoé. Il y a une vérité quelque part, là-dedans. Et je ne la trouverai pas en fuyant.Le gala est un succès, si ces choses-là se mesurent. Je souris, je valse, je charme les épouses et je désarme les rivaux. Ryan ne me quitte pas d'une semelle. Sa main sur mon dos e
— ChiaraJe passe trois jours à préparer ma décision. Trois jours sans répondre à ses messages, deux, courts, professionnels, Gala samedi. Présence requise. Je les laisse en plan comme des factures impayées. Le samedi matin, au lieu de la robe de gala, j'enfile mes vêtements les plus simples, je mets le contrat dans mon sac, et je vais à la tour de verre sans être annoncée.L'assistante tente de m'arrêter. Je la dépasse. Je pousse la double porte du bureau, et Ryan lève les yeux de ses écrans, et dans la demi-seconde où son masque n'est pas encore en place, je vois quelque chose qui ressemble à du soulagement. Puis le masque est là.— Le gala est à vingt heures, dit-il. Vous êtes en avance de huit heures.— Je ne viendrai pas au gala. — Je pose le contrat sur son bureau, à plat, entre nous, comme un acte d'accusation. — Je romps le contrat. Article onze, préavis de deux semaines. Considérez que c'est chose faite.Il ne bouge pas. Il ne prend même pas le document. Il me regarde, et un
— ChiaraJe n'aurais pas dû. Je le savais en le faisant, et je l'ai fait quand même. Voilà la vérité sur moi, Chiara De Luca, la prudence est mon armure, mais la curiosité est ma faille, et la photo gravée Raymond a creusé cette faille pendant six jours entiers, nuit et jour, jusqu'à ce que je cède.Le jeudi suivant, Ryan doit me rejoindre à son appartement après une réunion, il m'a laissé le code, ce qui est en soi une forme de confiance dont je mesure le prix pendant que je trahis exactement ça. Il a trente minutes de retard, annoncés par message. Trente minutes. Assez pour la bibliothèque.Le cadre n'est plus à sa place. Je fouille les dossiers, les étagères, les tiroirs du bas. Mon cœur cogne dans mes tempes. Raymond, Raymond, il faut que je sache, il faut que je trouve autre chose, un document, un nom, n'importe quoi qui ancre cet homme dans la réalité. Le dernier tiroir est verrouillé. Bien sûr qu'il est verrouillé. Je cherche la clé sous les livres, derrière les cadres vides, e
— ChiaraL'homme apparaît un mardi. Je le remarque d'abord en sortant de la fac, une silhouette immobile de l'autre côté de la rue, manteau gris, casquette, un visage ordinaire, trop ordinaire, le genre de visage fabriqué pour être oublié. Je ne m'en formalise pas. Paris est pleine d'hommes immobiles.Mais mercredi, il est devant le Velours au début de mon service, et je le retrouve à la sortie du métro à une heure du matin. Jeudi, il est assis sur un banc en face de la bibliothèque, avec un journal qu'il ne tourne jamais. Vendredi, en plein jour, sur le boulevard, je fais demi-tour brusquement, et il fait demi-tour aussi, à quarante mètres derrière moi, avec une fluidité qui me glace le sang.Ce n'est pas une coïncidence. C'est une filature.La panique me prend dans la rue, en plein jour, comme une noyade. Mon cœur cogne si fort que j'ai du mal à respirer. Je m'engouffre dans une pharmacie, je fais mine de regarder des rayonnages, et les mains tremblantes, je compose le numéro de Rya


















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