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L’Homme Qui M’a Détruite
L’Homme Qui M’a Détruite
Author: dainamimboui

Chapitre I

Author: dainamimboui
last update publish date: 2026-01-08 22:38:24

Lila descend du car, le souffle court, les jambes engourdies par le voyage. La ville s’étend devant elle, immense, bruyante, intimidante. Chaque pas sur le pavé résonne comme un tambour dans sa poitrine. Elle serre son sac contre elle, le tissu usé grattant sa peau, et avance, le regard attiré par les façades de briques, les enseignes colorées et les files de passants pressés. La fatigue du voyage pèse sur ses épaules, mais elle ne peut s’arrêter. Pas maintenant. Sa mère l’attend, malade et faible, au village.

Une sonnerie de téléphone la fait sursauter. Elle sort son appareil, un peu tremblante, et voit le nom de sa tante apparaître. Ses doigts glissent sur l’écran avec hésitation. Elle décroche, la voix presque étranglée par l’émotion :

— Allô…

— Lila, ma petite… comment va la route ? demande sa tante, douce mais pressée.

— Ça va… je… je suis arrivée, répond-elle, la voix tremblante.

— Écoute-moi bien, Lila. Ta mère… elle ne va pas bien. Il faut que tu restes concentrée. Chaque pièce que tu gagneras compte. Ne te laisse distraire par personne et par rien. Compris ?

Lila hoche la tête, même si sa tante ne peut pas la voir. Une boule lui serre la gorge.

— Oui… je comprends… je ferai attention.

— Bien. Et rappelle-moi dès que tu t’installes. Sois prudente, ma chérie.

Elle raccroche, le cœur serré. Les mots de sa tante tournent dans sa tête, martelant son esprit : rester concentrée, chaque pièce compte. Elle sent le poids de la responsabilité sur ses épaules. Sa vie ne lui appartient plus vraiment, elle appartient à sa mère, à cette mission qu’elle s’est donnée.

Elle reprend sa marche, ses yeux scrutant les numéros des immeubles. L’appartement qu’elle a réservé est modeste, mais suffisant. Quelques économies serrées depuis des mois lui permettent enfin de payer le loyer pour un mois, juste assez pour commencer sa vie en ville. L’idée de pouvoir envoyer un peu d’argent à sa mère la fait frissonner. C’est sa lumière dans ce monde inconnu et intimidant.

En arrivant devant l’immeuble, elle s’arrête un instant. Les murs sont ternes, le béton un peu craquelé, mais pour elle, c’est un refuge, un point de départ. Ses mains tremblent légèrement alors qu’elle sort la clé qu’elle a glissée dans sa poche. Elle ouvre la porte, inspire profondément et franchit le seuil. L’odeur de peinture fraîche et de bois lui parvient, mélangée à celle de la poussière. Elle pose son sac et observe la petite pièce qui sera son abri pour un temps. Un lit simple, une table et une chaise, une fenêtre donnant sur la rue animée. Pas grand-chose, mais suffisant pour commencer.

Elle s’assoit, son sac posé à ses pieds, et laisse échapper un souffle. La ville est bruyante, pleine de vie, mais pour elle, elle est un mélange de promesses et de dangers. Chaque bruit de pas dans le couloir, chaque cliquetis de vaisselle dans l’appartement voisin la rend à la fois nerveuse et attentive. Elle sent qu’elle doit être prête à tout.

Lila sort son carnet et son stylo, souvenirs de ses études au village. Elle note les premières tâches qu’elle compte accomplir, les magasins où elle peut proposer ses services, les petites idées pour gagner un peu d’argent rapidement. La logique et l’organisation deviennent sa seule protection contre l’angoisse qui menace de la submerger.

La fenêtre ouverte laisse entrer l’air frais, et avec lui, les sons de la ville : les cris des marchands, le cliquetis des sabots de chevaux sur le pavé, le fracas lointain d’un tramway. Lila ferme les yeux un instant, respirant profondément. Elle sait que sa mère dépend d’elle. Chaque décision qu’elle prend, chaque pas qu’elle fait dans cette ville, est crucial.

Elle se relève, va à la fenêtre et regarde les passants. Certains ont l’air pressé, d’autres semblent perdus. Elle se demande si elle sera capable de naviguer dans ce monde, si elle pourra rester prudente et concentrée. Une partie d’elle est effrayée, mais une autre partie, plus forte, la pousse à avancer. Elle n’a pas le choix. Elle doit survivre, réussir, et surtout, protéger ce qu’elle aime.

Lila prend une dernière inspiration, tourne le regard vers son petit appartement, et murmure :

— Je vais y arriver.

Le bruit de la ville continue, implacable et constant, mais à l’intérieur, une flamme commence à s’allumer. Une flamme de détermination, prête à braver les défis, prête à affronter la solitude, les difficultés, et peut-être, un jour, l’inattendu.

Chaque pas qu’elle fera demain, chaque pièce qu’elle gagnera, sera un pas vers sa liberté et le bien-être de sa mère. Elle sait que la route sera longue et difficile, mais pour la première fois depuis longtemps, elle sent qu’elle peut tenir. Elle n’est plus seulement une fille de village : elle est Lila, seule dans la ville, prête à écrire son propre destin.

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