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Lila descend du car, le souffle court, les jambes engourdies par le voyage. La ville s’étend devant elle, immense, bruyante, intimidante. Chaque pas sur le pavé résonne comme un tambour dans sa poitrine. Elle serre son sac contre elle, le tissu usé grattant sa peau, et avance, le regard attiré par les façades de briques, les enseignes colorées et les files de passants pressés. La fatigue du voyage pèse sur ses épaules, mais elle ne peut s’arrêter. Pas maintenant. Sa mère l’attend, malade et faible, au village.
Une sonnerie de téléphone la fait sursauter. Elle sort son appareil, un peu tremblante, et voit le nom de sa tante apparaître. Ses doigts glissent sur l’écran avec hésitation. Elle décroche, la voix presque étranglée par l’émotion : — Allô… — Lila, ma petite… comment va la route ? demande sa tante, douce mais pressée. — Ça va… je… je suis arrivée, répond-elle, la voix tremblante. — Écoute-moi bien, Lila. Ta mère… elle ne va pas bien. Il faut que tu restes concentrée. Chaque pièce que tu gagneras compte. Ne te laisse distraire par personne et par rien. Compris ? Lila hoche la tête, même si sa tante ne peut pas la voir. Une boule lui serre la gorge. — Oui… je comprends… je ferai attention. — Bien. Et rappelle-moi dès que tu t’installes. Sois prudente, ma chérie. Elle raccroche, le cœur serré. Les mots de sa tante tournent dans sa tête, martelant son esprit : rester concentrée, chaque pièce compte. Elle sent le poids de la responsabilité sur ses épaules. Sa vie ne lui appartient plus vraiment, elle appartient à sa mère, à cette mission qu’elle s’est donnée. Elle reprend sa marche, ses yeux scrutant les numéros des immeubles. L’appartement qu’elle a réservé est modeste, mais suffisant. Quelques économies serrées depuis des mois lui permettent enfin de payer le loyer pour un mois, juste assez pour commencer sa vie en ville. L’idée de pouvoir envoyer un peu d’argent à sa mère la fait frissonner. C’est sa lumière dans ce monde inconnu et intimidant. En arrivant devant l’immeuble, elle s’arrête un instant. Les murs sont ternes, le béton un peu craquelé, mais pour elle, c’est un refuge, un point de départ. Ses mains tremblent légèrement alors qu’elle sort la clé qu’elle a glissée dans sa poche. Elle ouvre la porte, inspire profondément et franchit le seuil. L’odeur de peinture fraîche et de bois lui parvient, mélangée à celle de la poussière. Elle pose son sac et observe la petite pièce qui sera son abri pour un temps. Un lit simple, une table et une chaise, une fenêtre donnant sur la rue animée. Pas grand-chose, mais suffisant pour commencer. Elle s’assoit, son sac posé à ses pieds, et laisse échapper un souffle. La ville est bruyante, pleine de vie, mais pour elle, elle est un mélange de promesses et de dangers. Chaque bruit de pas dans le couloir, chaque cliquetis de vaisselle dans l’appartement voisin la rend à la fois nerveuse et attentive. Elle sent qu’elle doit être prête à tout. Lila sort son carnet et son stylo, souvenirs de ses études au village. Elle note les premières tâches qu’elle compte accomplir, les magasins où elle peut proposer ses services, les petites idées pour gagner un peu d’argent rapidement. La logique et l’organisation deviennent sa seule protection contre l’angoisse qui menace de la submerger. La fenêtre ouverte laisse entrer l’air frais, et avec lui, les sons de la ville : les cris des marchands, le cliquetis des sabots de chevaux sur le pavé, le fracas lointain d’un tramway. Lila ferme les yeux un instant, respirant profondément. Elle sait que sa mère dépend d’elle. Chaque décision qu’elle prend, chaque pas qu’elle fait dans cette ville, est crucial. Elle se relève, va à la fenêtre et regarde les passants. Certains ont l’air pressé, d’autres semblent perdus. Elle se demande si elle sera capable de naviguer dans ce monde, si elle pourra rester prudente et concentrée. Une partie d’elle est effrayée, mais une autre partie, plus forte, la pousse à avancer. Elle n’a pas le choix. Elle doit survivre, réussir, et surtout, protéger ce qu’elle aime. Lila prend une dernière inspiration, tourne le regard vers son petit appartement, et murmure : — Je vais y arriver. Le bruit de la ville continue, implacable et constant, mais à l’intérieur, une flamme commence à s’allumer. Une flamme de détermination, prête à braver les défis, prête à affronter la solitude, les difficultés, et peut-être, un jour, l’inattendu. Chaque pas qu’elle fera demain, chaque pièce qu’elle gagnera, sera un pas vers sa liberté et le bien-être de sa mère. Elle sait que la route sera longue et difficile, mais pour la première fois depuis longtemps, elle sent qu’elle peut tenir. Elle n’est plus seulement une fille de village : elle est Lila, seule dans la ville, prête à écrire son propre destin.Le matin est frais et lumineux, et Lila s’affaire à nettoyer la grande pièce. Les rayons du soleil glissent à travers les vitres, illuminant la poussière qui tourbillonne dans l’air. Elle essuie les meubles avec soin, chaque mouvement précis et méthodique, concentrée sur sa tâche. Son esprit, pourtant, est occupé par Julien, qui vient chaque midi déposer le déjeuner. La routine de ces derniers jours l’a troublée plus qu’elle ne veut l’admettre. Une part d’elle se surprend à attendre ses visites, sans le montrer, bien sûr, mais avec cette curiosité qu’elle refuse encore d’appeler autrement.Alors qu’elle replie un chiffon, une voix claire et directe s’élève derrière elle.— Alors comme ça, Julien Dyne te rend visite tous les midis, hein ?Lila sursaute légèrement et se retourne pour voir Céline, sa collègue, qui la regarde avec un mélange de malice et de sérieux. Elle a les bras croisés et un regard qui trahit qu’elle n’est pas là pour plaisanter. Lila respire profondément, sentant un
Cela fait maintenant deux jours que Julien vient chaque midi. Toujours à l’heure, toujours discret mais présent. Lila le remarque à peine au début, trop concentrée sur le balayage, le rangement des meubles et la vaisselle à terminer avant la pause déjeuner. Mais à chaque apparition, il pose devant elle un petit sac avec le repas : un sandwich, un fruit, parfois une boisson. Chaque fois, elle le regarde avec méfiance, serrant les poings, refusant de croiser son regard plus longtemps que nécessaire.— Je ne veux pas… dit-elle le premier jour, la voix sèche, en repoussant le sac.Julien hausse légèrement les épaules, son sourire presque impassible.— Très bien. Mais je reviendrai demain, murmure-t-il calmement avant de disparaître.Le lendemain, il revient exactement à la même heure, comme prévu. Lila se raidit, prête à le repousser à nouveau. Pourtant, lorsqu’il pose le sac devant elle, il dit simplement :— Pour toi.Elle le fixe un instant, ses yeux bleus plongeant dans les siens, m
Le lendemain matin, Lila ouvre les yeux avec la fatigue encore accrochée à ses paupières. La nuit n’a apporté que quelques heures de sommeil léger, mais elle se lève sans hésitation. Sa mère dépend d’elle, et chaque jour compte. Après un petit déjeuner rapide, elle prend son balai et commence à nettoyer la maison où elle travaille depuis la veille. Les tâches s’enchaînent : balayer la poussière, essuyer les meubles, laver les carreaux ternes. Elle s’applique, la tête baissée, son esprit concentré sur sa mission. La routine est fatigante, mais elle ne peut pas se permettre de ralentir.Soudain, la porte claque violemment. Lila sursaute, son balai heurte le sol. Un jeune homme, d’environ vingt-cinq ans, entre en trombe dans la pièce, les yeux brillants d’urgence. Il est grand, musclé mais agile, vêtu d’un manteau sombre froissé et d’un pantalon taché. Son souffle court, sa posture tendue : il est en fuite.— Hé ! Qu’est-ce que vous faites ici ? s’écrie Lila, la voix tremblante mais ferm
Lila ouvre les yeux avec la lumière grise de l’aube qui filtre à travers la fine couverture. Son corps est endolori, mais elle refuse de rester au lit plus longtemps. La faim la tire, et la pensée de sa mère, malade au village, lui rappelle que chaque instant compte. Elle s’assoit, étire ses bras endoloris et respire profondément, sentant l’air frais pénétrer ses poumons. Aujourd’hui, elle doit trouver un travail, même si elle ignore où chercher ni par où commencer.Elle se lève, les pieds nus sur le parquet froid, et s’approche de la fenêtre. Les rues commencent à s’animer, les premiers pas pressés des habitants résonnent contre les murs des immeubles. La ville a un rythme impitoyable. Elle observe les boutiques ouvrir leurs portes, les marchands disposer leurs produits, les gens parler, crier, négocier. Chaque visage semble occupé, déterminé, et Lila se sent minuscule au milieu de cette marée humaine.Elle attrape son sac, y glisse son petit carnet et son stylo, et descend les escal
Lila referme doucement la porte derrière elle, posant son sac contre le mur. L’air du petit appartement est encore tiède du soleil couchant qui filtre à travers la fenêtre. Elle retire ses chaussures, fatiguée jusqu’au bout des doigts et des orteils, et s’avance vers l’évier pour se laver. L’eau est froide mais agréable contre sa peau épuisée. Chaque goutte emporte avec elle un peu de la poussière et de la sueur accumulées dans la journée. Elle ferme les yeux un instant, laissant le froid la réveiller et la ramener à la réalité.Après quelques minutes, elle s’assoit sur le petit lit, essuie ses mains et prend les fruits qu’elle a achetés plus tôt à l’épicerie du coin. Une pomme rouge, une poire un peu rugueuse, rien de somptueux, mais pour elle, c’est un festin. Chaque bouchée lui rappelle que, malgré tout, elle peut encore prendre soin d’elle, même dans ce monde qui semble vouloir la broyer. Les fruits disparaissent rapidement dans son estomac vide.Lila se lève et se dirige vers le
Lila descend du car, le souffle court, les jambes engourdies par le voyage. La ville s’étend devant elle, immense, bruyante, intimidante. Chaque pas sur le pavé résonne comme un tambour dans sa poitrine. Elle serre son sac contre elle, le tissu usé grattant sa peau, et avance, le regard attiré par les façades de briques, les enseignes colorées et les files de passants pressés. La fatigue du voyage pèse sur ses épaules, mais elle ne peut s’arrêter. Pas maintenant. Sa mère l’attend, malade et faible, au village.Une sonnerie de téléphone la fait sursauter. Elle sort son appareil, un peu tremblante, et voit le nom de sa tante apparaître. Ses doigts glissent sur l’écran avec hésitation. Elle décroche, la voix presque étranglée par l’émotion :— Allô…— Lila, ma petite… comment va la route ? demande sa tante, douce mais pressée.— Ça va… je… je suis arrivée, répond-elle, la voix tremblante.— Écoute-moi bien, Lila. Ta mère… elle ne va pas bien. Il faut que tu restes concentrée. Chaque







