LOGINLe matin est frais et lumineux, et Lila s’affaire à nettoyer la grande pièce. Les rayons du soleil glissent à travers les vitres, illuminant la poussière qui tourbillonne dans l’air. Elle essuie les meubles avec soin, chaque mouvement précis et méthodique, concentrée sur sa tâche. Son esprit, pourtant, est occupé par Julien, qui vient chaque midi déposer le déjeuner. La routine de ces derniers jours l’a troublée plus qu’elle ne veut l’admettre. Une part d’elle se surprend à attendre ses visites, sans le montrer, bien sûr, mais avec cette curiosité qu’elle refuse encore d’appeler autrement.
Alors qu’elle replie un chiffon, une voix claire et directe s’élève derrière elle. — Alors comme ça, Julien Dyne te rend visite tous les midis, hein ? Lila sursaute légèrement et se retourne pour voir Céline, sa collègue, qui la regarde avec un mélange de malice et de sérieux. Elle a les bras croisés et un regard qui trahit qu’elle n’est pas là pour plaisanter. Lila respire profondément, sentant une tension familière remonter dans sa poitrine. — Céline… murmure-t-elle, un peu nerveuse, ce n’est rien… ce ne sont que des connaissances. Céline s’approche, son pas sûr et déterminé. — Lila, écoute-moi. Je te connais à peine depuis quelques jours, mais je remarque des choses. Ce type… il n’est pas juste quelqu’un qui apporte un repas. Il y a quelque chose dans son regard, dans sa manière de rester silencieux, de te faire sentir… je ne sais pas, spéciale, mais pas forcément pour ton bien. Tu dois être prudente. Lila fronce les sourcils, sa main toujours posée sur le chiffon qu’elle utilise pour essuyer le comptoir. Elle sent une pointe d’agacement. — Céline… je t’apprécie, vraiment, mais je suis assez grande pour décider ce que je fais. Julien n’est pas mon ami, pas mon confident, juste quelqu’un qui vient avec des repas. Et je peux réfléchir par moi-même, ajoute-t-elle, sa voix ferme mais calme. Céline laisse échapper un léger soupir et croise les bras plus étroitement. — Je comprends… mais tu dois comprendre que ce genre de personne peut manipuler, même sans le vouloir. Et tu es seule ici, dans cette ville, fragile. Il ne faut pas confondre gentillesse et… je ne sais pas… quelque chose de plus. Lila regarde Céline, le visage neutre, mais au fond d’elle, une petite tension apparaît. Elle sait que Céline a raison sur un point : la ville n’est pas tendre avec les naïfs. Mais elle refuse de se sentir infantilisée. Elle a vingt ans, elle a déjà survécu à tant de choses, elle a pris soin de sa mère, elle a travaillé dur et continue de le faire. Elle inspire profondément. — Céline, merci pour ton conseil… vraiment. Mais je dois vivre mes propres expériences. Je sais ce que je fais, même si tu ne me crois pas. Et pour Julien… il n’y a rien entre nous. Il vient, il dépose le repas, il part. Voilà tout. Céline reste silencieuse un instant, la regardant avec un mélange de méfiance et de respect. — Très bien, dit-elle finalement, mais promets-moi juste de rester prudente. La ville n’est pas tendre, et certains sourires cachent des intentions… étranges. Lila hoche la tête, même si elle se sent à la fois agacée et reconnaissante. Elle comprend l’avertissement, mais elle ne veut pas que cela définisse sa manière de vivre. Elle se tourne vers le chiffon et continue à essuyer les meubles, laissant la conversation derrière elle. La voix de Céline résonne encore dans son esprit, mais elle décide de ne pas s’y attarder. Elle a appris à survivre, à faire ses propres choix, et ce principe restera sa ligne de conduite. Alors que Céline s’éloigne, Lila respire profondément et se recentre sur son travail. Ses pensées dérivent vers Julien, mais cette fois, avec plus de lucidité. Elle se rappelle ses gestes, sa patience, sa constance. Elle reste sur ses gardes, mais elle ne peut nier que sa présence apporte un sentiment de chaleur inattendu. Elle sait que la prudence est nécessaire, mais elle refuse de laisser la peur guider ses décisions. Le temps passe, et la matinée s’étire. Lila nettoie, range, et prépare la maison pour le déjeuner. Chaque mouvement est méthodique, mais son esprit est occupé par l’idée que, malgré tout, elle est capable de prendre ses propres décisions. Elle ne laissera personne, pas même la ville, ni Céline, ni Julien, dicter ce qu’elle ressent ou comment elle agit. À midi, comme d’habitude, Julien arrive avec son sac. Lila le voit à travers la porte, le visage calme et presque impassible. Elle inspire profondément, sentant cette étrange tension en elle. Elle se surprend à sourire légèrement, juste un peu, mais rien de plus. Elle ne veut pas montrer sa curiosité, ni l’effet qu’il a sur elle. Elle reste concentrée sur la prudence qu’elle s’impose depuis son arrivée dans la ville. — Bonjour, dit Julien en déposant le sac sur le comptoir. — Bonjour, répond Lila, sa voix neutre, maîtrisée. Julien incline légèrement la tête et reste un instant, comme s’il voulait observer sa réaction. Lila se concentre sur la vaisselle, ses mains occupées, mais ses pensées sont ailleurs. Elle se rappelle l’avertissement de Céline et se promet de rester vigilante. Elle prend le sac sans mot dire, et Julien s’éloigne après un sourire fugace. Seule à nouveau, Lila s’assoit sur une chaise et ouvre le sac. Le repas est simple, mais suffisant. Elle sent une petite satisfaction monter en elle. Elle a appris à apprécier la constance des petits gestes, mais elle se rappelle aussi qu’elle est maîtresse de sa vie. Chaque décision, chaque mot, chaque geste qu’elle fait est sous son contrôle. Elle n’est pas naïve, elle n’est pas vulnérable : elle est consciente, prudente et capable. Tout en mangeant, elle repense à Céline. Sa collègue a voulu l’avertir, la protéger, mais Lila comprend que certaines leçons ne peuvent venir que de ses propres expériences. Elle ne peut pas vivre sa vie en fonction des peurs des autres. Elle inspire profondément, laissant le calme revenir, et décide que chaque midi, chaque geste de Julien, sera analysé avec attention, mais qu’elle ne se laissera pas guider par la peur.Marissa ferme doucement la porte derrière elle, laissant un silence épais envahir la pièce. Elijah, encore secoué par la confrontation avec Victor, reste debout, les mains sur les hanches, la respiration un peu courte. Lila, assise sur le bord du lit, essuie ses yeux en tremblant.Marissa soupire, s’approche d’Elijah, et dit d’une voix basse :— Elijah… tu dois savoir quelque chose.Il se tourne vers elle, toujours sur ses gardes.— À propos de Victor ?Elle hoche la tête.— Tu te demandes depuis quand il est devenu comme ça, dit-elle doucement. Et je crois que tu n’as jamais compris ce qui s’est vraiment passé après la mort de vos parents.Elijah se fige.Le sujet lui perce toujours le cœur.— Je sais qu’il a souffert, murmure-t-il. Mais ça n’explique pas…— Tu ne sais pas à quel point, coupe Marissa.Elle inspire profondément.— Victor n’a pas juste perdu ses parents. Il a perdu… son ancrage. Son monde. Il s’est retrouvé seul. Responsable de tout. De vous deux. De l’empire famili
La porte de la chambre s’ouvre brusquement.Sans frapper. Sans prévenir.Victor entre, encore en costard, la mâchoire serrée, la tempête déjà dans les yeux.Il était rentré plus tôt que prévu.Et il n’attendait visiblement pas ce qu’il découvre devant lui.Elijah est là. Assis près de Lila.Assis sur son lit.Le ton bas, les mains détendues sur ses genoux, en train de lui parler doucement comme on parle à quelqu’un qu’on veut préserver du monde.Lila, toujours tremblante, le regard encore humide, tente de contrôler sa respiration.Elle sursaute en voyant Victor apparaître, mais Elijah ne se lève pas encore : il ne s’attend pas à une attaque immédiate, il ne lit pas encore l’orage dans les yeux de son frère.Mais Victor, lui, s’arrête net.Il fixe la scène.Une seconde.Deux.Puis son visage se déforme.— Qu’est-ce que tu fais ici ? gronde-t-il.Sa voix est basse mais chargée d’une fureur contenue, comme si chaque syllabe grondait du fond de sa poitrine. Elijah se relève lentem
Lila sort de la douche en silence, une serviette encore humide posée sur ses épaules. La vapeur s’évapore lentement autour d’elle, comme un fantôme qui refuse de partir. Elle se regarde brièvement dans le miroir : ses yeux sont rouges, sa peau marquée de fatigue. Elle détourne aussitôt le regard. Ce corps… ce lieu… cette chambre…Tout ici lui rappelle ce que Victor lui fait subir depuis qu’elle est entrée dans cette maison.Elle serre le rebord du lavabo.Depuis combien de temps est-elle enfermée ici ? Les jours se mélangent, noyés dans la peur, mêlés à cette sensation d’étouffer. Elle sent une larme glisser sur sa joue. Elle l’essuie du bout des doigts, agacée contre elle-même. Pleurer ne sert à rien. Pleurer ne lui rendra pas sa liberté. Pleurer ne ramènera pas sa mère.Une deuxième larme suit, puis une troisième. Et bientôt, elle ne parvient plus à arrêter la vague.Elle étouffe un sanglot, pose une main contre sa bouche, mais la douleur est trop forte, trop vaste pour rester en
Victor quitte la villa en fin de matinée, entouré de ses hommes, en route pour un rendez-vous d’affaires. Le silence retombe aussitôt dans les couloirs. Pas un bruit. Pas un souffle. Comme si la maison elle-même retenait sa respiration chaque fois que son propriétaire disparaît.Elijah observe depuis l’étage, immobile, les bras croisés.Dès que les portières claquent, un plan se dessine dans son esprit.C’est le moment.Il descend les marches lentement, écoute encore une fois : rien. Les gardes habituels sont dehors, dispersés autour du périmètre. Marissa est partie tôt ce matin pour gérer un club de Victor. Et surtout, surtout, Victor est loin.Un détail rare.Une opportunité unique.Elijah traverse le hall, contourne le salon et se dirige vers le bureau principal.Le bureau de Victor.Celui où il ne laisse personne entrer sans raison.Son cœur bat plus vite.Il sait qu’il franchit une limite.Mais il repense au regard de Lila, à sa voix cassée, à cette détresse qui ne quitte j
Elijah marche dans le couloir comme un homme prêt à exploser. Ses pas résonnent contre le marbre, rapides, nerveux, presque violents. La colère lui brûle la poitrine à chaque seconde qui passe. Les images tournent en boucle dans sa tête : Lila en larmes, recroquevillée, apeurée. Victor au-dessus d’elle. Le chaos. Le sang. La panique.Il ne s’arrête qu’une fois arrivé devant le bureau de son frère.Il ne frappe même pas.Il défonce la porte du plat de la main.Victor relève lentement la tête de ses dossiers.Il est impeccable, froid, presque amusé de voir Elijah trembler ainsi.— Tu voulais me voir ? demande Victor, un sourire traînant au coin des lèvres.Elijah entre d’un pas, referme la porte derrière lui et pointe un doigt accusateur en direction de son frère.— Tu es malade. Complètement malade. Tu te rends compte de ce que tu fais ?!Victor hausse légèrement un sourcil, comme si la crise d’Elijah était un spectacle distrayant.— Et toi… tu te rends compte que tu viens d’entrer i
— Lila… murmure-t-il, hésitant, presque fragile.— Je suis désolé pour ce que tu viens de vivre. Je—— Pars.Le mot tombe, sec, tranchant, totalement inattendu.Elijah se fige.Lila lève finalement les yeux vers lui. Ils sont rouges, gonflés, mais brillants de quelque chose qui ressemble à de la colère… ou de la peur. Peut-être les deux.— Quoi ? souffle Elijah, incapable de comprendre.— Pars ! répète-t-elle, plus fort, sa voix brisée tremblant d’une panique qu’elle ne parvient plus à contenir.— Je t’en supplie… laisse-moi tranquille.Le cœur d’Elijah se serre. Il fait un pas en avant malgré lui.— Lila, je veux juste t’aider. Tu ne mérites pas ce qu’il—— C’est à cause de toi !Le cri déchire la pièce comme une lame.Elijah se fige complètement, comme si quelqu’un venait de lui arracher l’air des poumons.Lila secoue la tête, les larmes dévalant ses joues.— Si tu n’étais pas venu… si tu n’avais pas frappé à la porte… si tu n’avais pas provoqué Victor… rien de tout ça n’aurait







