LOGINCela fait maintenant deux jours que Julien vient chaque midi. Toujours à l’heure, toujours discret mais présent. Lila le remarque à peine au début, trop concentrée sur le balayage, le rangement des meubles et la vaisselle à terminer avant la pause déjeuner. Mais à chaque apparition, il pose devant elle un petit sac avec le repas : un sandwich, un fruit, parfois une boisson. Chaque fois, elle le regarde avec méfiance, serrant les poings, refusant de croiser son regard plus longtemps que nécessaire.
— Je ne veux pas… dit-elle le premier jour, la voix sèche, en repoussant le sac. Julien hausse légèrement les épaules, son sourire presque impassible. — Très bien. Mais je reviendrai demain, murmure-t-il calmement avant de disparaître. Le lendemain, il revient exactement à la même heure, comme prévu. Lila se raidit, prête à le repousser à nouveau. Pourtant, lorsqu’il pose le sac devant elle, il dit simplement : — Pour toi. Elle le fixe un instant, ses yeux bleus plongeant dans les siens, méfiants, interrogateurs. Mais il ne fait rien de plus. Aucun geste brusque, aucune attente. Juste sa présence, silencieuse mais constante. Lila sent un frisson parcourir son dos. C’est perturbant. Elle est habituée à devoir se battre pour tout, à survivre seule dans cette ville, et cet homme vient chaque jour, sans demander, sans exiger, juste… présent. Au début, elle le repousse encore, refuse de toucher le repas qu’il lui apporte. Chaque midi devient un petit combat intérieur. Elle se dit qu’elle ne peut pas faire confiance à quelqu’un qu’elle connaît à peine. Que chaque sourire cache un piège. Mais quelque part, elle sent que sa constance est différente. Julien ne la presse pas, ne lui pose pas de questions indiscrètes, il ne semble même pas attendre une réponse. Le troisième jour, alors qu’elle essuie le plan de travail, il revient avec son sac. Elle le regarde, hésitante. Ses doigts frôlent le sac avant de le repousser presque machinalement. Julien soupire, mais pas d’agacement, juste une note de patience. — Lila… je ne veux rien de toi. Juste que tu manges. Cette fois, ses mots ont un effet inattendu. Elle lève les yeux et croise son regard. Il est sérieux, calme, presque doux, mais il y a quelque chose de déterminé derrière cette tranquillité. Pour la première fois, Lila sent qu’il n’y a pas de menace immédiate, que sa présence n’est pas un danger. Pourtant, elle reste sur la défensive, ses bras croisés, le corps raide. Les jours passent. Julien continue de venir, fidèle à lui-même, chaque midi. Lila commence à remarquer de petites choses : la façon dont il ajuste sa veste, le léger tremblement de ses mains lorsqu’il tient le sac, la douceur dans son regard lorsqu’il dit simplement « Pour toi ». Chaque détail la perturbe. Elle ne comprend pas pourquoi elle ressent cette curiosité, ce mélange d’agacement et d’intérêt, chaque fois qu’il est là. Un jour, alors qu’elle range les assiettes, elle l’entend murmurer : — Tu sais… tu n’as pas à tout porter seule. Lila sursaute presque. Elle le fixe, surprise par la sincérité de ses mots. Elle hésite, incapable de répondre immédiatement. C’est étrange, cette sensation de voir quelqu’un s’inquiéter pour elle sans rien attendre en retour. Ses mains tremblent légèrement alors qu’elle essuie les dernières assiettes. — Je… je n’ai pas besoin d’aide, dit-elle finalement, la voix tremblante mais ferme. Julien incline la tête, comme s’il comprenait parfaitement, et pose le sac sur le comptoir. — Très bien. Je reviendrai demain, murmure-t-il simplement. Cette constance, cette patience, commence à briser peu à peu la carapace de Lila. Elle ne lui fait toujours pas confiance, mais elle sent qu’elle peut… respirer un peu en sa présence. Il n’y a pas de menace immédiate, pas de mensonge apparent. Juste un jeune homme qui apparaît chaque jour avec un geste simple et inattendu : un repas chaud. Peu à peu, elle commence à répondre à ses phrases. D’abord par un simple « merci », murmuré à voix basse, presque inaudible. Puis, quelques jours plus tard, par un sourire rapide, fugace, mais sincère. Chaque geste est un petit pas vers la confiance. Julien ne le remarque pas vraiment, ou fait semblant, laissant Lila avancer à son rythme. Un midi, il arrive avec un petit paquet supplémentaire : un fruit, une pomme particulièrement rouge et appétissante. — Pour toi… je me suis dit que tu pourrais avoir faim après ton matin de travail, dit-il, ses yeux cherchant les siens. Lila hésite un moment. Ses instincts lui crient encore de refuser, de se méfier. Mais une part d’elle se détend, juste un peu. Elle prend la pomme, ses doigts effleurant les siens un instant, et murmure : — Merci. Julien sourit légèrement, sans rien dire de plus. C’est suffisant. Lila sent une chaleur douce parcourir sa poitrine, une sensation presque oubliée depuis longtemps. La ville reste dure, les rues toujours pleines de dangers, mais pour quelques minutes, Julien devient un repère. Une constante inattendue dans le tumulte. Les jours suivants, cette routine s’installe. Lila continue de travailler dur, chaque tâche un effort pour elle-même et pour sa mère. Mais chaque midi, elle attend presque la présence de Julien. Elle ne le montre pas, mais il devient un fil ténu de soutien dans sa vie chaotique. Elle commence à parler un peu, à partager de petites choses sur son travail, sur ses routines, sans jamais révéler ses peurs ou ses secrets. Julien l’écoute, silencieux, attentif, offrant juste des sourires ou des mots simples pour rassurer. Un midi, alors qu’elle sert le thé et essuie les miettes du comptoir, elle se surprend à lui demander : — Tu… tu n’as jamais peur de venir ici ? Julien la regarde, un instant surpris par sa question, puis secoue la tête. — Non. Tant que tu es là, je sais que tout ira bien, répond-il avec une sincérité qui la frappe. Lila baisse les yeux, le cœur battant. Ces mots sont simples, mais pour elle, ils portent un poids inattendu. La peur qui la tenaille depuis son arrivée en ville semble s’alléger un peu. Elle ne sait pas pourquoi, mais elle se sent moins seule. Elle sent que, malgré tout ce qu’elle a traversé, un lien fragile mais réel commence à se tisser. Le repas terminé, Julien se lève pour partir. Lila le regarde, hésitante. Elle voudrait lui dire quelque chose, mais aucun mot ne sort. Elle se contente de murmurer un faible : — À demain. Julien incline la tête, un sourire fugace sur les lèvres, et disparaît dans le couloir. Lila reste un instant à la fenêtre, le regard perdu dans la rue animée. Une sensation étrange l’envahit : mélange de curiosité, de méfiance et… d’une tendresse naissante qu’elle refuse encore d’admettre. Elle inspire profondément, laissant le calme revenir peu à peu. La ville est toujours immense, toujours imprévisible, mais elle sait qu’elle n’est pas complètement seule. Quelque chose en elle commence à changer. Julien n’est pas un ami, pas encore un confident, mais il est là. Et pour la première fois depuis longtemps, Lila se sent capable de respirer un peu, de se laisser aller à de petites ouvertures, de commencer à faire confiance, même légèrement. Le soir, elle s’endort avec un léger sourire, épuisée mais étrangement réconfortée. La routine a commencé à créer un espace sûr dans sa vie agitée, un moment où elle peut simplement être elle-même, même si c’est fragile et temporaire. Julien, par sa constance silencieuse, devient un point de repère inattendu dans son monde chaotique. Et Lila sent qu’elle est prête, doucement mais sûrement, à laisser entrer quelqu’un, même dans ce chaos qu’elle apprend à dominer.— Parce que tu détruis tout sur ton passage. Victor rit encore, mais son rire tremble. — Tu te prends pour mon juge maintenant ? — Je me prends pour ton frère. Ces mots frappent plus fort que n’importe quelle insulte. Victor appuie encore sur l’accélérateur. — Un frère ne me menace pas, hurle-t-il. Un frère ne me fait pas chanter avec des preuves ! — Je ne te menace pas, répond Elijah. Je te donne une issue. — Il n’y a pas d’issue ! explose Victor. Il frappe le tableau de bord. La voiture fait un écart violent. Elijah se rattrape au siège. — Tu vas nous tuer ! crie-t-il. — Peut-être que c’est ce qu’il faut ! réplique Victor, hors de lui. Le tonnerre gronde au loin. La pluie transforme la route en piège. Les virages deviennent de plus en plus serrés. — Arrête la voiture, Victor, insiste Elijah. On ne peut pas parler comme ça. — Trop tard pour parler. Victor respire vite. Trop vite. Son regard est fixe, presque halluciné. — Tu veux qu’elle parte ? dit-il so
Victor baisse les yeux. Il voit les documents. Des contrats. Des relevés bancaires. Des photos. Des noms. Son sourire disparaît. — C’est quoi ce cirque ? murmure-t-il. — Du détournement de fonds, dit Elijah. Du blanchiment d’argent. Des ventes d’armes. De drogue. Tout est là. Daté. Signé. Croisé. Victor relève brusquement la tête. — Tu bluffes. — Non. Elijah ouvre la chemise, sort quelques feuilles, les étale méthodiquement. — J’ai des copies. Des sauvegardes. Des contacts. Si je tombe, tout sort. Le silence devient lourd, suffocant. Lila, cachée dans l’ombre de l’escalier, sent ses jambes trembler. Elle regarde Victor. Elle ne l’a jamais vu comme ça. Ses mains tremblent légèrement. — Qu’est-ce que tu veux ? demande-t-il enfin, d’une voix basse. Elijah soutient son regard. — Lila. Un mot. Un seul. Victor serre les dents. — Tu ne la mêles pas à ça. — Tu l’as déjà fait, répond Elijah froidement. Depuis le début. Victor fait un pas en avant. — Tu ne sa
Victor est dans son bureau ce matin là, il n’arrête pas de penser à Lila alors il se lève et entreprend d’aller dans sa chambre. Il ouvre doucement la porte et remarque que la jeune fille est assise sur le lit et semble un peu perturbée Il s’avance et l’entoure de ses bras, il lui fait ensuite un bisou dans le cou—je…—chit, reste juste comme ça s’il te plaît , ne gâche pas l’ambiance, j’ai envie de passer un bon moment avec toi, sans violence et sans bagarre.Elle regarde à côté et des larmes coulent silencieusement le long de ses joues mais visiblement ce n’est pas la préoccupation de Victor Il retourne la jeune femme face à lui et l’embrasse de toute ses force, il lui dévore la bouche de façon répétée sans lui laisser la moindre chance de respirer, il descend ensuite vers son cou et y laisse ses baiser et quelques marques rouges.—ahh. —c’est cela , j’ai envie d’entendre tes gémissements, surtout ne te retiens pas. Dit-il les yeux pleins de désir. Il lui retire sa che
Deux semaines ont passé depuis l’appel de Marcia. Deux semaines durant lesquelles Elijah ne dort presque plus. Il est de retour dans la ville, mais il n’a pas remis les pieds à la villa. Pas encore. Il sait que s’il y va sans être prêt, Victor le brisera. Ou pire : il utilisera Lila pour le faire taire. Elijah n’a plus le droit à l’erreur. Cette fois, il ne s’agit pas de confronter son frère. Il s’agit de le faire tomber. Elijah a compris une chose essentielle : Victor ne lâchera jamais Lila par compassion. Seulement par contrainte. Alors il cherche. Chaque matin, il se lève avant l’aube. Il loue une chambre modeste, loin des quartiers de luxe. Une chambre anonyme, comme lui. Sur la table : un ordinateur, des dossiers imprimés, des notes griffonnées à la hâte. Des noms. Des dates. Des sociétés écrans. Il travaille au présent, dans l’urgence. Il commence par ce qu’il connaît le mieux : l’empire Palacios. Victor a toujours été méticuleux. Trop sûr de lui. Il pense contrôler ch
Dès que Marcia referme la porte du bureau, le silence retombe, épais, lourd. Elle reste immobile quelques secondes, la main encore posée sur la poignée, le regard perdu. Elle sait ce qu’elle s’apprête à faire. Elle sait aussi que, quoi qu’il arrive, il n’y aura plus de retour possible. Elle traverse le couloir d’un pas rapide, contrôlé. Son visage est calme, presque froid, mais ses doigts tremblent lorsqu’elle sort son téléphone. Elle compose un numéro qu’elle connaît par cœur. Un numéro qu’elle n’a pas appelé depuis longtemps. La tonalité retentit. Une fois. Deux fois. Trois fois. —Marcia ? La voix d’Elijah est lointaine, prudente. Fatiguée aussi. Elle ferme les yeux une fraction de seconde avant de répondre. — Elijah… il faut que tu m’écoutes. — Non, coupe-t-il aussitôt. Je t’ai déjà dit que je ne voulais plus rien entendre de cette histoire. Il y a du bruit autour de lui. Une ville étrangère. Une autre vie. Une vie qu’il a choisie pour s’éloigner de tout ça. Marcia se
Après la dispute, Victor ne retourne pas dans son bureau. Il monte directement à l’étage. Le couloir est silencieux, trop silencieux, comme si la villa elle-même retenait son souffle. Il s’arrête devant la porte de la chambre de Lila. Il n’hésite pas. Il n’a jamais hésité ici. Il ouvre. Lila est assise sur le bord du lit, le dos droit, les mains jointes sur ses genoux. Elle a entendu ses pas. Elle les entend toujours. Son corps se tend avant même qu’il entre, comme un réflexe appris. Quand Victor referme la porte derrière lui, le bruit du verrou résonne dans sa poitrine. — Lila… Sa voix est différente. Plus basse. Presque brisée. Elle ne répond pas. Il s’approche lentement, comme si un mouvement trop brusque pouvait la faire disparaître. Lorsqu’il est à sa hauteur, il s’arrête, la regarde. Elle ne lève pas les yeux. Elle fixe le sol, comme si le regarder pouvait le provoquer. Victor tend les bras. Il la prend contre lui. Sans lui demander. Il la serre fort. Trop fort. C
Victor est assis dans son bureau, derrière la grande baie vitrée qui donne sur la nuit. Mais il ne regarde pas la ville. Il ne regarde pas les lumières, ni les ombres, ni le monde qui continue sans lui.Non.Son regard est fixé sur les écrans devant lui.Quatre caméras.Quatre angles.Une seule p
Le plateau posé sur la petite table dégage une odeur de viande grillée et de légumes fumants. Lila reste assise sur le bord du lit, les bras croisés. Son ventre crie famine, mais elle détourne la tête avec obstination. Elle n’avancera pas ses lèvres vers la nourriture de ses geôliers, pas tant que
Lila pousse la porte de son appartement, le cœur lourd, le souffle encore court de l’angoisse et de la colère qui l’ont submergée au commissariat. Ses mains tremblent, son sac est toujours vide, et l’écho des rires des officiers résonne encore dans sa tête, cruel et moqueur. Elle referme la porte d
Julien l’écoute sans interruption, son regard attentif, ses mains jointes sur ses genoux. Il ne juge pas, ne commente pas, il absorbe simplement chaque mot, chaque émotion. Lila sent un poids se lever un peu de ses épaules rien qu’en étant entendue, et une confiance fragile commence à s’installer e







