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CHAPITRE 4 : LE BUREAU STÉRILE

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-17 02:55:51

Je replonge dans le manuel. Cette fois, je lis vraiment. Chaque mot. Chaque phrase. Chaque règle absurde. Les articles défilent. Les interdictions s'accumulent. Les procédures s'enchaînent.

Et je sens mon esprit s'engourdir.

Au bout d'une heure, je n'en peux plus. Je ferme le manuel. Je le pose sur le bureau. Adam lève les yeux.

— Vous avez terminé ? demande-t-il.

— Non. Mais je fais une pause.

— Je ne vous ai pas autorisée à faire une pause.

— Vous n'avez pas non plus interdit les pauses.

Il me fixe. Je soutiens son regard. Le silence s'installe. Un silence tendu, électrique, presque palpable.

— Article vingt-sept, dit-il enfin. Les pauses doivent être autorisées par le supérieur hiérarchique.

— Je ne l'ai pas encore lu, dis-je.

— C'est pour cela que vous devez lire tout le manuel avant de faire des remarques.

Je soupire. Je rouvre le manuel. Je continue de lire. Les mots se brouillent. Les règles s'emmêlent. Je sens ma tête tourner.

— Vous voulez un café ? dis-je soudain.

— Non.

— Moi, j'en veux un.

— Vous en apporterez un demain.

— Pourquoi demain ?

— Parce qu'aujourd'hui, vous lisez.

Je me renfonce dans ma chaise. Je croise les bras. Je le regarde. Il me regarde. Le silence retombe.

— Vous êtes vraiment le patron le plus autoritaire que j'aie jamais rencontré, dis-je.

— Merci.

— Ce n'était pas un compliment.

— Je sais.

Je souris. Il ne sourit pas. Mais quelque chose dans son regard s'adoucit. Presque imperceptiblement.

Je continue de lire. Il continue de travailler. Le temps passe. Les heures défilent. Le manuel devient un supplice. Chaque page est pire que la précédente.

Et pourtant, je ne déteste pas ce moment. Je ne déteste pas être assise là, face à lui, dans ce bureau froid et impersonnel. Je ne déteste pas ce silence, cette tension, cette bataille silencieuse.

Parce qu'au fond, je sens qu'il ne me déteste pas non plus.

À midi, il se lève. Il prend sa veste. Il se dirige vers la porte.

— Je vous laisse, dit-il. Je reviens à quatorze heures.

— Je peux faire une pause ?

— Non.

— Mais...

— Article trente et un : les pauses déjeuner ne sont accordées qu'après accord préalable du supérieur hiérarchique.

— Vous êtes sérieux ?

— Toujours.

Il sort. La porte se referme derrière lui. Je reste seule dans le bureau, entourée de silence et de paperasse.

Je regarde le manuel. Cinquante pages. Cinquante pages de règles absurdes. Cinquante pages de contrôle.

Et soudain, une idée germe dans mon esprit.

Je sors mon téléphone. Je photographie chaque page. Vite. Méthodiquement. Silencieusement.

Si Adam Stern veut jouer à ce jeu-là, je vais jouer. Et je vais gagner.

À quatorze heures précises, la porte s'ouvre. Adam entre. Il me trouve assise, le manuel fermé devant moi, un sourire triomphant aux lèvres.

— Vous avez terminé ? demande-t-il.

— Oui.

— Vous avez tout lu ?

— Oui.

— Vous pensez être prête pour le test ?

— Absolument.

Il s'assoit derrière son bureau. Il ouvre un dossier. Il en sort une feuille. Des questions.

— Très bien, dit-il. Question numéro un : quel est l'article qui régit les retards ?

— Article douze, dis-je sans hésiter. Tout retard supérieur à quinze minutes doit être justifié par écrit et validé par le supérieur hiérarchique.

Il me regarde. Surpris. Impressionné, peut-être.

— Question numéro deux : quelle est la tenue autorisée le vendredi ?

— Tenue décontractée, mais pas négligée. Article quarante-trois.

— Question numéro trois : que se passe-t-il en cas de non-respect du règlement ?

— Avertissement écrit. Puis mise à pied. Puis licenciement. Article cinquante.

Il pose la feuille. Il me regarde. Longtemps.

— Vous avez triché, dit-il.

— Prouvez-le.

— Vous avez photographié les pages avec votre téléphone.

Je blêmis. Comment le sait-il ?

— Il y a des caméras, dit-il en désignant les coins du plafond. J'ai tout vu.

Je lève les yeux. Des caméras. Des caméras partout. Des caméras qui m'ont filmée en train de photographier chaque page du manuel.

Je suis prise au piège. J'ai perdu. Et pourtant, je ne peux pas m'empêcher de sourire.

— Vous êtes doué, dis-je.

— Je sais.

— Mais vous n'avez pas répondu à la question la plus importante.

— Laquelle ?

— Pourquoi vous m'avez engagée ?

Il me regarde. Ses yeux gris me transpercent. Il ne dit rien. Il ne répond pas. Il se contente de me fixer.

Et dans son silence, je sens que quelque chose se passe. Quelque chose que ni lui ni moi ne comprenons encore.

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