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CHAPITRE 3 : LE RÈGLEMENT 2

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-17 02:55:24

Scarlett

Je suis en avance. Pour la première fois de ma vie, je suis en avance. Il est sept heures quarante-deux, et je me tiens devant l'immeuble de Stern Enterprises, mon café à la main, mes talons aux pieds, le cœur battant.

J'ai mis ma meilleure robe. Une robe rouge vif, courte, avec des motifs psychédéliques qui hurlent leur différence. J'ai mis du rouge à lèvres assorti. J'ai mis mes boucles d'oreilles les plus extravagantes, des plumes de paon qui descendent jusqu'à mes épaules. Je suis magnifique. Je suis excessive. Je suis moi-même.

Et je suis terrifiée.

Hier, j'ai failli mourir d'une crise cardiaque quand il a dit : « Vous commencez demain. » J'ai cru à une hallucination. À un rêve. À un piège. Mais non. Il m'a engagée. Il m'a engagée, moi, Scarlett O'Connor, la tornade, la catastrophe ambulante, la reine du chaos.

Et aujourd'hui, je dois prouver que je mérite cette chance. Cette opportunité. Ce miracle.

Je pousse la porte tournante. Le hall est plus calme qu'hier. Moins de monde. Les employés qui me voient passer me regardent avec le même mélange d'horreur et de fascination. Je souris. Je salue. Je suis la nouvelle.

L'ascenseur m'avale et me recrache au quarantième étage. La réceptionniste, toujours aussi blonde, toujours aussi impeccable, me regarde approcher avec un scepticisme à peine dissimulé.

— Bonjour, dis-je. Scarlett O'Connor. Je commence aujourd'hui.

— Je sais, répond-elle d'une voix plate. M. Stern vous attend dans son bureau.

Je souris. Je m'avance dans le couloir gris. Mes talons s'enfoncent dans la moquette. Mon cœur bat la chamade. Les portes du bureau d'Adam Stern se dressent devant moi, immenses, intimidantes, parfaites.

Je frappe. Trois coups rapides.

— Entrez.

Sa voix. Toujours la même. Profonde, grave, contrôlée. Une voix qui ne laisse aucune place à la fantaisie.

Je pousse la porte. Il est assis derrière son bureau, déjà plongé dans des dossiers. Il ne lève pas les yeux quand j'entre. Il continue de lire. De signer. De travailler.

— Asseyez-vous, dit-il.

Je m'assois. La même chaise qu'hier. Le même inconfort. Le même silence.

Il ne dit rien. Il continue de travailler. Les minutes passent. Une. Deux. Cinq. Dix. Le silence devient pesant, oppressant, insupportable.

— Vous ne voulez pas me dire bonjour ? dis-je finalement.

Il lève les yeux. Il me regarde. Il me détaille. Sa robe rouge. Ses boucles d'oreilles en plumes de paon. Son rouge à lèvres assorti. Ses cheveux roux, aujourd'hui attachés en un chignon approximatif d'où s'échappent des mèches rebelles.

— Bonjour, dit-il.

— Bonjour, dis-je.

Il replonge dans ses dossiers. Je reste assise. Je ne bouge pas. J'attends.

— Vous avez un manuel, dit-il sans lever les yeux.

— Pardon ?

Il ouvre un tiroir, en sort un document épais, relié, format A4. Il le pose sur le bureau, face à moi.

— Le règlement intérieur de Stern Enterprises. Cinquante pages. Vous devez le lire. Le comprendre. L'appliquer.

Je regarde le document. Cinquante pages. Cinquante pages de règles, d'interdictions, de procédures. Cinquante pages de conformisme. Cinquante pages d'ennui.

— Je vois, dis-je.

— Vous le lirez aujourd'hui, dit-il. Vous me poserez des questions si nécessaire. Vous ne dérogerez à aucune règle.

Je prends le manuel. Il est lourd. Lourd de toutes ces pages. Lourd de toutes ces règles. Lourd de tout ce qu'il représente.

— Vous voulez que je le lise maintenant ? dis-je.

— Oui.

— Tout de suite ?

— Oui.

— Ici ?

— Oui.

Je soupire. Je m'installe plus confortablement sur ma chaise. J'ouvre le manuel à la première page. « Article premier : Les employés doivent se présenter au travail en tenue professionnelle. »

Je lève les yeux vers Adam. Il me regarde. Enfin, il regarde ma robe. Ses yeux gris descendent lentement le long des motifs psychédéliques, des plumes de paon, des talons de douze centimètres.

— Il y a un problème ? dis-je.

— Non, dit-il. Continuez.

Je continue. Je lis. Enfin, je fais semblant de lire. Je tourne les pages. Je hoche la tête. Je prends un air concentré. Mais en réalité, je pense à autre chose. Je pense à lui. À ses yeux gris. À sa voix grave. À ses mains qui signent des documents avec une précision chirurgicale.

Je pense à la façon dont il m'a regardée hier. Avec cette intensité. Cette curiosité. Cette fascination mêlée d'horreur.

Je pense à la façon dont il a dit : « Vous commencez demain. » Sans hésitation. Sans sourire. Sans chaleur. Comme s'il me lançait un défi.

Je pense à tout ce que je vais pouvoir faire pour lui prouver que j'ai raison. Que derrière le robot, il y a un être humain.

— Vous ne lisez pas, dit-il.

Je sursaute. Il me regarde. Ses yeux gris me transpercent.

— Si, dis-je.

— Non. Vous tournez les pages, mais vous ne lisez pas.

— Comment vous savez ?

— Parce que vous souriez. Et personne ne sourit en lisant un règlement intérieur.

Je baisse les yeux. Je souris encore plus.

— Peut-être que je suis masochiste, dis-je.

— Peut-être, dit-il. Mais je préfère que vous lisiez attentivement. Il y aura un test.

— Un test ?

— Oui. Demain matin. Sur les cinquante pages.

Je le regarde, incrédule. Un test. Sur un règlement intérieur. Cet homme est fou. Complètement fou. Et pourtant, je dois obéir. Pour l'instant.

— Très bien, dis-je. Je vais lire.

— Parfait.

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