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CHAPITRE 3 — LA LAME

Autor: Déesse
last update Fecha de publicación: 2026-10-25 03:01:02

Je souris ; trois minutes, c'est court, c'est parfait ; j'ai eu le temps de vider quatre comptes sur six, les deux derniers sont protégés par une double authentification que je n'ai pas encore craquée, mais ce n'est pas grave, j'ai ce qu'il me faut ; je laisse les deux derniers, je garde l'atout, je ne vide jamais tout, un homme qui n'a plus rien n'a plus rien à perdre, et un homme qui a encore quelque chose à perdre est un homme qu'on peut manipuler. Je ferme les fenêtres une par une, je nettoie les traces, je laisse un petit cadeau dans le système de Sorrentino, un mouchard, un cheval de Troie miniature qui me dira tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il pense ; je l'appelle mon petit frère, parce que c'est un peu lui, un peu de moi, un peu de Luca. Je retire le casque ; le silence de la chambre me tombe dessus ; la pluie, le vent, le frigo qui ronronne dans la cuisine ; je me lève, je m'étire, mes vertèbres craquent ; je porte un t-shirt trop grand, un short de sport, des chaussettes dépareillées ; je ne suis pas habillée pour recevoir un chef mafieux ; je m'en fous. Je vais dans la salle de bain, je me regarde dans le miroir ; les yeux rouges, les cheveux en bataille, la bouche sèche ; je souris, et mon sourire me fait peur ; c'est le sourire de mon père, le sourire des Bellandi, le sourire de ceux qui savent qu'ils vont perdre mais qui veulent perdre en beauté. Je retourne dans la chambre, je m'assois sur le lit, je croise les jambes, je pose les mains sur mes genoux ; j'attends. Les trois minutes passent ; j'entends les voitures, les portières, les pas dans l'escalier ; je ne bouge pas ; je compte les secondes, comme lui, comme Sorrentino, je compte les secondes et je souris. La porte s'ouvre ; il entre ; il est grand, plus grand que sur les photos, les épaules larges, le manteau noir trempé de pluie, les cheveux courts, la mâchoire carrée ; il sent l'orage et le cuir ; il me regarde, et je vois dans ses yeux quelque chose que je n'attendais pas : la surprise ; une fraction de seconde, une fissure, puis la rage, puis autre chose, quelque chose de plus sombre, de plus dangereux, quelque chose qui me plaît. Il ne dit rien ; il attend ; je ne dis rien ; j'attends ; le silence dure, et dans le silence, je l'entends respirer, je l'entends serrer les poings, je l'entends penser.

— Vous êtes en retard, Sorrentino. J'ai déjà dépensé votre argent.

Ma voix est calme, posée, presque douce ; je le regarde comme on regarde un problème à résoudre ; il ne bouge pas ; ses yeux se plissent ; il fait un pas vers moi ; je ne recule pas.

— Vous êtes la fille Bellandi ?

— Non. Je suis votre cauchemar.

Il s'arrête ; il me regarde ; et pour la première fois depuis dix ans, je vois un homme qui ne sait pas quoi faire ; il devrait me tuer, je le sais, il devrait sortir son arme et me tirer une balle dans la tête, c'est ce qu'il fait, d'habitude, c'est ce qu'il a toujours fait ; mais il ne le fait pas ; il me regarde, et dans son regard, il y a quelque chose qui ressemble à de la faim. Je ne suis pas une victime ; je suis une lame ; et il vient de le comprendre.

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