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CHAPITRE 25 — LA DANSE

Autor: Déesse
last update Data de publicação: 2026-10-28 08:26:51

— Vittoria

La musique change ; c'est un vieux morceau, lent, gras, une voix de femme qui traîne sur les mots, un saxo qui pleure, une contrebasse qui bat comme un cœur ; et il se lève, il me tend la main, et je le regarde, et je ne comprends pas.

— On danse.

— Ici ?

— Oui.

— Pourquoi ?

— Parce qu'ils nous regardent.

Je prends sa main ; il m'attire à lui ; et nous avançons vers le milieu de la salle, vers l'espace vide entre les tables, et les gens s'écartent,
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    — Rafaele La voiture s'arrête dans la cour ; la pluie tambourine sur le toit ; les grilles se referment derrière nous ; et je sors, je claque la portière, je marche vers l'entrée, et elle me suit, ses talons claquent sur les pavés, et je l'entends, je l'entends respirer, je l'entends marcher, je l'entends vivre ; et dans ma poitrine, cette chose qui brûle depuis la danse, cette chose qui me ronge, cette chose qui me tue, elle ne s'éteint pas, elle ne se calme pas, elle grandit, elle enfle, elle me dévore. Je pousse la porte ; le hall est sombre, les lampes sont éteintes, les escaliers montent dans le noir ; je monte, je ne me retourne pas, je l'entends monter derrière moi, et je monte plus vite, et elle monte plus vite, et nous montons, et le silence entre nous est plus lourd que le bruit de nos pas. J'arrive sur le palier ; je me retourne ; elle est là, à deux marches de moi, le souffle court, les cheveux mouillés, les lèvres entrouv

  • L'OTAGE REBELLE    CHAPITRE 25 — LA DANSE

    — VittoriaLa musique change ; c'est un vieux morceau, lent, gras, une voix de femme qui traîne sur les mots, un saxo qui pleure, une contrebasse qui bat comme un cœur ; et il se lève, il me tend la main, et je le regarde, et je ne comprends pas.— On danse.— Ici ?— Oui.— Pourquoi ?— Parce qu'ils nous regardent.Je prends sa main ; il m'attire à lui ; et nous avançons vers le milieu de la salle, vers l'espace vide entre les tables, et les gens s'écartent, les visages se tournent, les chuchotements montent ; et il passe une main dans mon dos, il prend ma main dans l'autre, et il me serre contre lui, et nous dansons.Ce n'est pas une danse ; c'est un corps à corps ; c'est une lutte ; c'est une chose qui n'a pas de nom ; il me tient par la taille, ses doigts s'enfoncent dans ma robe, sa paume est chaude à travers la soie, et il me guide, il me pousse, il me tire, et je le suis, et je le sens, et je sens son corps contre le mien, sa poitrine cont

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    — VittoriaLa voiture s'arrête devant une façade en pierre, basse, sans enseigne, sans lumière, et je ne comprends pas où nous sommes ; il descend, il contourne la voiture, il ouvre ma portière, et je sors, et je sens l'odeur de l'hiver, l'odeur de la pierre mouillée, l'odeur de la fumée qui sort d'une cheminée quelque part ; nous sommes dans une rue étroite, derrière une église, et la façade ne dit rien, ne promet rien, ne révèle rien ; il y a des flaques sur les pavés, des reflets de réverbères, des ombres qui passent derrière les volets fermés ; et il pousse une porte, il me fait signe d'entrer, et j'entre.Le vestibule est sombre, tapissé de velours rouge, éclairé par des appliques en cuivre ; une femme en noir nous accueille, les cheveux tirés, le sourire mince, et elle ne dit rien, elle prend nos manteaux, elle s'efface, elle disparaît ; et il avance, et je le suis, et nous traversons un couloir, et nous débouchons dans une salle qui me coupe le souffle. C'est un

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    — VittoriaJe pose la carte sur la table ; elle est froissée, tachée de café, les épingles rouges sont tordues, et je l'aplatis avec la paume, je la lisse, je la force à tenir à plat, et mes doigts s'attardent sur les plis, sur les taches, sur les trous que les épingles ont laissés dans le papier ; il est debout de l'autre côté du bureau, les bras croisés, les yeux fixés sur mes mains, et il ne dit rien ; il attend ; il attend depuis que je suis entrée, il attend depuis que j'ai posé la carte, il attend depuis que j'ai dit je peux vous aider ; et son silence est une chose vivante, une chose qui respire, une chose qui me jauge, une chose qui ne me croit pas ; je sens son regard sur mes doigts, sur mes ongles, sur la peau de mes poignets, et ce regard pèse, ce regard coupe, ce regard me met à nu ; la pièce est sombre, la mer est grise par la fenêtre, les mouettes tournent en criant au-dessus des falaises, et je sens l'odeur du bois ciré, du papier, du café froid, et je sens s

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    — VittoriaJe pousse la porte du bureau de Mamma Luisa ; la pièce est petite, chaude, encombrée, les étagères pleines de bocaux, de livres de cuisine, de photos jaunies, et elle est assise à la table, les lunettes sur le nez, un journal ouvert devant elle, et elle lève les yeux quand j'entre, et elle ne semble pas surprise.— Vous cherchez quelque chose, signorina ?— Oui.— Quoi ?— La vérité.Elle pose son journal ; elle retire ses lunettes ; elle me regarde ; et dans ses yeux, je vois quelque chose qui ressemble à de la patience, à de la compréhension, à de la bienveillance.— Sur quoi ?— Sur mon père.Elle ne dit rien pendant un moment ; elle me regarde ; elle me pèse ; et je sens dans ma poitrine cette chose qui bat, cette chose qui me tord, cette chose que je déteste.— Qu'est-ce que vous savez ?— Rien.— Alors pourquoi vous demandez ?— Parce que je sais qu'il y a un dossier.— Quel dossier ?— Celui que Rafaele garde sur mon père.Elle se lève ; elle s'approche de l'évier ;

  • L'OTAGE REBELLE    CHAPITRE 21— L'EXCUSE

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