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CHAPITRE 2 — LE CAFÉ REFROIDI 2

Penulis: Déesse
last update Tanggal publikasi: 2026-10-25 02:59:43

Je prends le Beretta ; je le range ; je regarde la pluie qui continue de tomber.

— Elle va venir.

— Elle a dit qu'elle…

— Elle va venir. Pas pour vous. Pour moi.

Je sors de la chambre ; je descends les escaliers ; Mamma Luisa est dans le hall, debout devant la porte, une tasse de café à la main ; elle me la tend.

— Vous en aurez besoin.

Je la regarde ; je regarde la tasse ; le café fume, noir, épais ; elle ne sourit pas ; elle attend.

— Pourquoi vous me donnez ça ?

— Parce que vous allez rester plus longtemps que prévu.

Je prends la tasse ; je ne bois pas ; je la tiens entre mes doigts, je sens la chaleur qui monte dans mes paumes, et je regarde la pluie à travers la porte vitrée ; mes hommes attendent dehors ; la villa est silencieuse ; au-dessus de nous, Aldo Bellandi pleure dans son fauteuil. Je repose la tasse sur la table du hall ; elle est encore pleine ; Mamma Luisa la regarde ; elle ne dit rien ; elle a ce sourire mince, à peine une fissure, et je me demande ce qu'elle sait que je ne sais pas. Je sors ; la pluie me frappe le visage ; je reste là, debout, sur le perron, et je laisse l'eau couler dans mon cou ; derrière moi, la villa craque ; devant moi, la route est noire, luisante, vide. Elle va venir ; je le sens dans mes os, comme on sent une tempête arriver, une pression qui monte, une électricité qui colle à la peau ; elle va venir, et elle ne viendra pas comme une victime ; elle viendra comme une lame. Je siffle ; mes hommes sortent de l'ombre ; je leur dis d'attendre ; je leur dis de ne pas tirer ; je leur dis que la fille est à moi. Je ne sais pas pourquoi je dis ça ; je ne sais pas pourquoi je reste ; je ne sais pas pourquoi cette maison sent le jasmin et le piège, et pourquoi je n'arrive pas à partir. Le café refroidit sur la table ; Mamma Luisa le regarde ; elle attend. Comme moi.

— Vittoria

Mes doigts volent sur le clavier et l'écran crache des chiffres verts, des lignes de code, des colonnes de zéros qui dansent comme des lucioles ; je les attrape, je les tords, je les vide ; quatre millions, cinq, six ; les comptes de Rafaele Sorrentino se déshabillent un par un, et chaque virement confirmé m'envoie une décharge dans la colonne vertébrale, un frisson qui part des reins et remonte jusqu'à la nuque ; je jouis du pouvoir, c'est physique, c'est viscéral, c'est mieux que tout ce que j'ai connu. Le casque sur mes oreilles diffuse un vieux morceau de trip-hop, une basse lourde, des nappes de piano ; la chambre est plongée dans le noir, seule la lueur de l'écran éclaire mes mains, mes ongles rongés, la cicatrice au poignet gauche que je cache sous un bracelet de cuir ; dehors, la pluie frappe la vitre, et je l'entends à peine. Je ne suis pas une victime ; je suis une lame ; et je vais le prouver. La chambre est petite, un lit défait, des vêtements en boule sur une chaise, trois ordinateurs portables empilés sur une table en bois, des câbles qui pendent comme des lianes mortes ; l'odeur de café froid et de carton ; je vis ici depuis deux ans, depuis que j'ai compris que la maison de mon père était un piège, depuis que Luca a disparu. Luca. Mon frère. Vingt-quatre ans, les yeux cernés, le sourire facile, la main qui tremble quand il ment ; il a disparu il y a deux ans, un soir de novembre, sans un mot, sans un appel ; j'ai fouillé les hôpitaux, les morgues, les commissariats, les serveurs de la police, les bases de données des douanes ; rien ; il s'est évaporé ; alors j'ai commencé à pirater, pas pour l'argent, pas pour le plaisir, pour le retrouver ; et l'argent est venu tout seul, par-dessus, comme une conséquence, comme une insulte. Je vide les comptes de Sorrentino et je pense à Luca ; chaque euro volé est un euro que je peux mettre dans mes recherches ; chaque ligne de code est un pas de plus vers lui ; je ne suis pas une voleuse, je suis une archéologue, je fouille les ruines du monde pour retrouver un frère. L'écran clignote ; un message s'affiche dans le coin supérieur droit, une fenêtre de chat cryptée ; Tonino, le Rat, son avatar est une tête de rat avec des lunettes de soleil ; je clique.

— Ils arrivent. 3 minutes.

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