LOGINL'OTAGE REBELLE Elle devait être une victime. Elle est devenue son pire cauchemar. Rafaele Sorrentino ne laisse jamais de témoins. Quand il entre dans la villa des Bellandi pour récupérer une dette de quatre millions, il s'attend à trouver un père ruiné et une fille terrifiée. Il trouve Vittoria. Elle est assise sur son lit, jambes croisées, un sourire de hyène aux lèvres. Elle a vidé ses comptes avant qu'il ne franchisse la porte. Elle a piraté ses serveurs. Elle connaît ses secrets. Et elle n'a pas peur de lui. Rafaele devrait la tuer. C'est ce qu'il fait, d'habitude. Mais il ne peut pas. Il ne sait pas pourquoi. Il la garde. Il la surveille. Il la désire. Il la déteste. Vittoria n'est pas une prisonnière docile. Elle est insolente, désagréable, provocante. Elle le pousse à bout. Elle le défie. Elle le regarde comme s'il était un problème à résoudre et elle compte bien le résoudre. Ils se détestent. Ils se désirent. Ils refusent de l'admettre. Et personne d'autre n'a le droit de les toucher , parce que s'ils doivent se détruire, ce sera entre eux. Et seulement entre eux. Mais dans le monde de la mafia, l'amour est une faiblesse. Et les faiblesses se paient. En chair ou en sang.
View More— VittoriaLa voiture s'arrête devant une façade en pierre, basse, sans enseigne, sans lumière, et je ne comprends pas où nous sommes ; il descend, il contourne la voiture, il ouvre ma portière, et je sors, et je sens l'odeur de l'hiver, l'odeur de la pierre mouillée, l'odeur de la fumée qui sort d'une cheminée quelque part ; nous sommes dans une rue étroite, derrière une église, et la façade ne dit rien, ne promet rien, ne révèle rien ; il y a des flaques sur les pavés, des reflets de réverbères, des ombres qui passent derrière les volets fermés ; et il pousse une porte, il me fait signe d'entrer, et j'entre.Le vestibule est sombre, tapissé de velours rouge, éclairé par des appliques en cuivre ; une femme en noir nous accueille, les cheveux tirés, le sourire mince, et elle ne dit rien, elle prend nos manteaux, elle s'efface, elle disparaît ; et il avance, et je le suis, et nous traversons un couloir, et nous débouchons dans une salle qui me coupe le souffle. C'est un
— VittoriaJe pose la carte sur la table ; elle est froissée, tachée de café, les épingles rouges sont tordues, et je l'aplatis avec la paume, je la lisse, je la force à tenir à plat, et mes doigts s'attardent sur les plis, sur les taches, sur les trous que les épingles ont laissés dans le papier ; il est debout de l'autre côté du bureau, les bras croisés, les yeux fixés sur mes mains, et il ne dit rien ; il attend ; il attend depuis que je suis entrée, il attend depuis que j'ai posé la carte, il attend depuis que j'ai dit je peux vous aider ; et son silence est une chose vivante, une chose qui respire, une chose qui me jauge, une chose qui ne me croit pas ; je sens son regard sur mes doigts, sur mes ongles, sur la peau de mes poignets, et ce regard pèse, ce regard coupe, ce regard me met à nu ; la pièce est sombre, la mer est grise par la fenêtre, les mouettes tournent en criant au-dessus des falaises, et je sens l'odeur du bois ciré, du papier, du café froid, et je sens s
— VittoriaJe pousse la porte du bureau de Mamma Luisa ; la pièce est petite, chaude, encombrée, les étagères pleines de bocaux, de livres de cuisine, de photos jaunies, et elle est assise à la table, les lunettes sur le nez, un journal ouvert devant elle, et elle lève les yeux quand j'entre, et elle ne semble pas surprise.— Vous cherchez quelque chose, signorina ?— Oui.— Quoi ?— La vérité.Elle pose son journal ; elle retire ses lunettes ; elle me regarde ; et dans ses yeux, je vois quelque chose qui ressemble à de la patience, à de la compréhension, à de la bienveillance.— Sur quoi ?— Sur mon père.Elle ne dit rien pendant un moment ; elle me regarde ; elle me pèse ; et je sens dans ma poitrine cette chose qui bat, cette chose qui me tord, cette chose que je déteste.— Qu'est-ce que vous savez ?— Rien.— Alors pourquoi vous demandez ?— Parce que je sais qu'il y a un dossier.— Quel dossier ?— Celui que Rafaele garde sur mon père.Elle se lève ; elle s'approche de l'évier ;
— RafaeleJe m'arrête devant sa porte ; je lève la main ; je la laisse en l'air, à quelques centimètres du bois, et je ne frappe pas ; je ne sais pas pourquoi je ne frappe pas ; je sais ce que je vais dire, je sais ce que je dois dire, je sais ce que je veux dire, mais les mots ne sortent pas, les mots restent coincés dans ma gorge, les mots ne veulent pas de moi ; et derrière la porte, je l'entends bouger, je l'entends marcher, je l'entends respirer, et je sais qu'elle sait que je suis là, je sais qu'elle attend, je sais qu'elle m'entend, et je ne frappe pas ; je reste là, la main en l'air, le souffle court, et je me déteste. Je frappe ; deux coups secs, rapides, et j'attends ; la porte s'ouvre ; elle est là, debout, la robe de soie sur les épaules, les cheveux en bataille, les pieds nus, et elle me regarde, et elle ne sourit pas.— Qu'est-ce que vous voulez ?— Parler.— Maintenant ?— Oui.— Pourquoi ?— Parce que je n'ai pas dormi.— Et alors ?— Et alors je veux m'excuser.Elle m












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