Mag-log in— VittoriaJe l'entends avant de le voir ; ses pas dans le couloir, ce pas lourd, ce pas qui écrase le marbre comme s'il voulait le casser ; et je pose mon livre, je le pose sur le drap, et je me dis que ça y est, que ça arrive, que ça allait arriver depuis des jours, depuis qu'il a enfermé sa sœur, depuis qu'il m'a regardée avec ces yeux d'homme qui a peur et qui ne veut pas le dire.Il ouvre la porte sans frapper ; il reste sur le seuil ; et dans la lumière de la lampe, dans le silence de la chambre, je le regarde, et je vois ses mâchoires qui serrent, ses mains qui se ferment, ses épaules qui montent ; et je me dis que je vais attendre, que je vais le laisser parler, que je ne vais pas lui donner ce qu'il veut.— Tu ne m'as pas fait confiance.— Quoi ?— Tu ne m'as pas fait confiance. Tu as cru les preuves de Bianca. Tu as cru ce qu'elle t'a montré. Tu as douté de moi. Tu as douté de moi pendant des jours, et tu ne m'as rien dit.— Je ne t'ai rie
Les hommes l'emmènent ; je les regarde faire ; et dans la lumière de la cour, dans le bruit des portières qui claquent, dans le silence qui revient, je me dis que c'est fait, que c'est irréversible, que j'ai signé une chose, que j'ai signé de mon sang ; et je me dis que je suis seul maintenant, seul avec Vittoria, seul avec ma peur, seul avec rien.— Où est-ce que vous l'emmenez ?— Dans les sous-sols. Comme vous avez dit.— Bien.Je regarde la voiture qui s'éloigne ; et dans la lumière du matin, dans le bruit du moteur qui s'éteint, dans le silence qui revient, je me dis que je ne la verrai plus, que je ne l'entendrai plus, que ce sera comme si elle était morte ; et je me dis que je ne sais pas si c'est pire, d'avoir une sœur morte ou une sœur enfermée ; et je me dis que je ne sais rien, que je n'ai jamais rien su, que je suis un homme qui a passé sa vie à tuer et qui ne sait même pas garder sa propre famille.Je rentre ; je traverse la maison ; et dans le couloir, dans le silence, d
— RafaeleJe pousse la porte de son bureau sans frapper ; elle est là, assise, un dossier ouvert devant elle, un stylo à la main, et elle ne lève pas les yeux tout de suite, elle finit d'écrire, elle souligne, elle repose le stylo, et puis elle relève la tête, et dans ses yeux, je vois cette chose qui sait, cette chose qui attend, cette chose qui ne cille pas.— Tu as vérifié.— Oui.— Et tu as trouvé ce que tu voulais trouver.— J'ai trouvé que tu as menti. J'ai trouvé que tu as fabriqué les preuves. J'ai trouvé que tu as payé un homme pour inventer des comptes, des dates, des messages. J'ai trouvé que tu as essayé de me faire douter de Vittoria. J'ai trouvé que tu as essayé de la détruire.Elle ne dit rien ; elle me regarde ; et dans le bureau, dans la lumière de la lampe, dans le silence, je vois ses lèvres qui se serrent, qui se desserrent, qui sourient ; et ce sourire, ce sourire me fait plus mal que tout le reste.— Tu as toujours été faible, Rafaele.— Tais-toi.— Tu as besoin
— RafaeleTonino est assis dans la cuisine, il a les mains sur la table, il a les yeux baissés, et il ne dit rien ; et dans la lumière du matin, dans l'odeur du café qui refroidit dans les tasses, je le regarde, et je me dis qu'il sait quelque chose, qu'il sait quelque chose depuis longtemps, qu'il sait quelque chose qu'il n'a jamais osé me dire.— Tu vas me parler, Tonino.— Je ne sais rien.— Tu sais quelque chose. Tu sais quelque chose et tu as peur. Tu as peur de quoi ? De moi ?— Non.— Alors de qui ?Il ne répond pas ; il regarde ses mains ; et dans la cuisine, dans le silence, dans le bruit de l'horloge qui avance, je vois ses doigts qui se serrent, qui se desserrent, qui se serrent encore ; et je me dis que je vais attendre, que je vais attendre aussi longtemps qu'il faudra, que je ne partirai pas avant qu'il ait parlé.— C'est Bianca.Il relève la tête ; il me regarde ; et dans ses yeux, je vois cette chose qui confirme, cette chose qui n'ose pas, cette chose qui a peur.— Qu
Il me serre contre lui ; il pose sa tête dans mon cou ; et dans la chambre, dans le noir qui vient, dans la chaleur de son corps, je me dis que j'ai gagné, que j'ai gagné quelque chose, que j'ai gagné une chose que personne ne pourra plus me prendre ; et je me dis que c'est peut-être ça, la vie, ce n'est peut-être rien d'autre que de prouver à un homme qui a peur qu'on est plus solide que sa peur.— RafaeleBianca me tend une enveloppe ; elle la pose sur le bureau, elle la pousse vers moi avec deux doigts, comme on pousse une carte sur une table de jeu ; et dans la lumière de la lampe, dans le silence de son bureau, je vois son visage qui ne dit rien, qui attend, qui sait.— Ouvre.J'ouvre ; je sors les feuilles ; et dans la lumière jaune, dans le silence, je vois des chiffres, des dates, des noms de fichiers, des relevés de comptes, des messages imprimés ; et je ne comprends pas tout de suite, je ne veux pas comprendre, je lis les lignes deux fois, trois fois, et je sens quelque chos
— VittoriaLe plafond de la chambre est blanc, il a une fissure qui part de la lampe et qui va jusqu'au mur, et je la regarde depuis des heures, depuis des jours, je ne sais plus ; je compte les heures aux gouttes qui tombent de la perfusion, je compte les jours à la lumière qui change, et je me dis que je vais devenir folle si je reste une minute de plus dans ce lit, avec ces draps qui sentent l'hôpital, cette odeur de désinfectant et de plastique chaud qui me colle à la gorge, et ces machines qui bipent comme si elles étaient les seules à savoir que je suis encore en vie.Rafaele est là ; il est toujours là ; il est assis dans le fauteuil, il dort la tête penchée, il a la barbe qui pousse et les yeux creusés, et quand il se réveille il me regarde comme si j'allais disparaître, comme si j'allais m'évaporer entre les draps ; et dans ses yeux, je vois cette chose qu'il ne dit pas, cette chose qui le tient debout, cette chose qui me fait mal et qui me fait vivre en même temps.— Tu veux







