LOGINChapitre 37SeleneJe flotte dans un océan de douleur et de ténèbres, un océan sans fond, sans rivage, sans étoiles pour me guider, et les vagues me submergent, m'engloutissent, me rejettent, me roulent dans un tumulte de souffrance et de souvenirs brisés qui dansent devant mes yeux fermés comme des éclats de miroir. Parfois, j'aperçois des visages, celui de ma mère, ses yeux gris si semblables aux miens, sa main tendue vers moi, celui de mon père, son sourire las, son dos courbé par la défaite, et je voudrais les rejoindre, je voudrais me laisser couler, je voudrais trouver la paix dans ce grand silence qui m'attire, mais une voix me retient, une voix grave, une voix qui gronde, une voix qui supplie.— Reviens, Selene, reviens, je t'en prie, ne m'abandonne pas, ne me laisse pas seul.C'est Kael, c'est mon roi, c'est l
Chapitre 36KaelLe camp de Darian s'étend devant moi comme une plaie ouverte dans la chair de la plaine, un enchevêtrement de tentes de toile grise et de barricades de fortune, de feux de camp qui fument dans l'aube glacée, et je le contemple du haut de la colline, monté sur mon loup de guerre, un animal massif au pelage d'ébène dont les yeux rougeoient comme des braises dans la pénombre. Mes guerriers sont derrière moi, des centaines de Lycans en armure noire, leurs épées dégainées, leurs boucliers levés, leurs souffles formant des nuages de brume dans l'air glacé, et ils n'attendent qu'un signe, qu'un mot, qu'un hurlement pour déferler sur l'ennemi comme une vague de mort.— Mon roi, murmure Ronan à ma droite, sa voix tendue par l'imminence du combat, ses yeux gris fixés sur les bannières qui flottent a
Chapitre 35SeleneLes sorciers de la Brume ne ressemblent à rien de ce que j'ai connu, des créatures qui semblent faites de fumée et de haine, des ombres qui se déplacent sans bruit sur la terre battue, des mains qui se posent sur moi et qui brûlent, qui glacent, qui déchirent sans laisser de marques visibles mais qui m'arrachent des cris que je ne peux plus retenir.Ils sont trois, toujours trois, le nombre sacré des malédictions, et ils tournent autour de moi comme des vautours autour d'une carcasse, leurs capuches profondes ne laissant voir que des lueurs verdâtres, des yeux de prédateurs, des sourires sans lèvres qui se devinent plus qu'ils ne se voient. Leurs doigts sont longs, décharnés, terminés par des ongles jaunes et fendus, et quand ils me touchent, c'est comme si on plongeait ma main dans l'eau bouillante, comme si on me br&uci
Chapitre 34KaelLa nouvelle arrive au moment où le soleil se lève sur la forteresse, un disque pâle et froid qui rampe au-dessus des montagnes noires, et elle est portée par un éclaireur essoufflé, un jeune loup qui tremble de fatigue et de peur, ses vêtements déchirés, son visage couvert de boue et de sang, ses yeux pleins de la terreur de celui qui a vu l'horreur et qui doit maintenant la raconter à son roi.La salle du trône est silencieuse, les torches crépitent doucement dans leurs supports de fer, et mes guerriers sont figés, suspendus aux lèvres de ce messager qui peine à retrouver son souffle, qui tombe à genoux sur la pierre noire, qui lève vers moi des yeux suppliants.— Parle, ordonné-je d'une voix qui ne tremble pas encore, une voix qui est le calme avant la tempête, l
Chapitre 33SeleneLa mission était simple, du moins c'est ce que je croyais en franchissant les lignes ennemies à la faveur de la nuit, en me glissant entre les sentinelles endormies, en rampant dans la boue glacée jusqu'aux abords du camp de Darian, mais les sorciers de la Brume étaient là, ils m'attendaient, et leurs pièges magiques se sont refermés sur moi avant même que je puisse dégainer la dague aux pierres noires que Kael m'avait offerte.Les cordes qui me lient les poignets sont imprégnées de sorts, des sorts qui brûlent ma peau comme des lanières de feu liquide, qui s'insinuent sous ma chair, qui remontent le long de mes bras jusqu'à mes épaules, et chaque mouvement que je tente pour me libérer resserre un peu plus leur étreinte, fait crépiter un peu plus la magie noire qui les habite. Le poteau de bois
Chapitre 32KaelJe la regarde s'éloigner, sa silhouette fragile qui descend les escaliers des remparts, ses cheveux qui flottent dans le vent glacé, ses épaules qui se voûtent légèrement, et je sens quelque chose se briser en moi, quelque chose que j'avais cru enterré, quelque chose qui ressemble à du regret, à de la tendresse, à un sentiment que je refuse de nommer mais qui grandit malgré moi, qui envahit ma poitrine, qui fait battre mon cœur plus vite.Je ne l'appelle pas. Je ne cours pas après elle. Je reste là, immobile, les poings serrés, et je pense à ce qu'elle m'a dit, à ce qu'elle a découvert dans les parchemins, à la vérité que j'ai cachée pendant des siècles. Elle sait tout, elle a déchiffré les runes, elle a reconstitué l'histoire, elle a percé le secret que je protégeais comme un trésor maudit, et pourtant elle n'a pas fui, elle n'a pas eu peur, elle n'a pas reculé. Elle est restée là, dans la crypte, à me parler doucement pendant que la bête reculait, et elle m'a regard







