로그인Chapitre 3
Darian
Le hurlement de Selene traverse la forêt comme une flèche d'acier, et il atteint la salle du conseil où je me tiens, entouré des anciens qui me félicitent avec des sourires onctueux, des tapes dans le dos, des mots qui suintent l'hypocrisie.
— Tu as bien fait, Darian, dit Merek en remplissant ma coupe de vin épicé, le clan Ironclaw vaut dix fois le soutien d'une famille de chasseurs.
Je hoche la tête distraitement, les doigts crispés sur la coupe en argent massif, et je m'efforce de ne pas laisser transparaître le tremblement qui agite mes mains, ce tremblement que je connais trop bien, ce tremblement qui me prend chaque fois que je mens.
Selene connaît mon secret, le secret que je cache depuis l'enfance, cette malédiction qui pèse sur le sang des Silverpine depuis trois générations, cette faiblesse qui transforme les hommes de ma lignée en bêtes sans conscience lors des nuits sans lune.
Elle m'a vu, une fois, perdre le contrôle dans la forêt, elle m'a vu déchirer un cerf à mains nues, les yeux révulsés, la bave aux lèvres, et elle n'a pas fui, elle n'a pas appelé les anciens, elle est restée là, pétrifiée, avant de me promettre le silence.
— Je ne dirai rien, Darian, avait-elle murmuré en posant sa main sur ma joue souillée de sang, ton secret est mon secret, je te le jure sur la Déesse Mère.
Mais un secret partagé est une arme, une épée suspendue au-dessus de ma tête, et si Selene parlait, si elle révélait la malédiction au conseil, je serais déchu, banni, peut-être même exécuté, car les clans ne tolèrent pas les monstres, même couronnés.
— Tu sembles soucieux, mon futur gendre, remarque Aldric, le chef Ironclaw, un colosse aux cheveux grisonnants dont les yeux perçants ne ratent rien.
— La fatigue des préparatifs, réponds-je en forçant un sourire, rien de plus.
Lysandra pose sa main sur mon bras, et je sens la chaleur de sa peau à travers le gant, une chaleur qui devrait me rassurer mais qui ne fait que m'oppresser davantage.
— Nous serons heureux, Darian, dit-elle de sa voix mélodieuse, et tu oublieras vite cette petite louve insignifiante.
Je ne réponds pas, je bois, je bois pour noyer la culpabilité qui monte, pour étouffer la voix de Selene qui résonne encore dans ma tête, cette voix calme et digne qui m'a dit « tu avais fait une promesse » devant toute l'assemblée.
La soirée s'étire, interminable, et lorsque enfin les invités se retirent, je m'enferme dans mes appartements, je desserre le col de ma tunique, et je me laisse tomber dans un fauteuil, le visage enfoui dans mes mains.
Selene sait.
Elle sait que je suis maudit, elle sait que je suis un monstre, et maintenant que je l'ai humiliée, maintenant que je l'ai jetée comme une vulgaire servante, rien ne l'empêche de parler, rien ne l'empêche de me détruire.
— Il faut qu'elle disparaisse, murmuré-je dans le silence, et ma voix est celle d'un homme qui a déjà franchi la ligne, qui a déjà choisi le mal.
Je convoque Merek avant l'aube, et nous élaborons un plan, un plan qui me dégoûte mais que je suis trop lâche pour refuser : nous allons accuser la famille de Selene de trahison, fabriquer des preuves, les faire condamner à l'exil, et si Selene est assez sage pour se taire, elle aura la vie sauve.
— Et si elle parle ? demande Merek avec un sourire cruel.
— Alors, murmurai-je en détournant les yeux, elle subira le même sort que ses parents.
Le jour se lève sur le clan Silverpine, un jour gris et pluvieux qui semble porter le deuil de mon honneur, et je m'habille avec soin, j'ajuste ma cape de cérémonie, je lisse mes cheveux, je compose le masque de l'alpha respecté, du chef juste, du compagnon fidèle.
Personne ne doit savoir.
Personne ne doit deviner que derrière ce visage impassible se cache un homme qui sacrifie tout, l'amour, l'honneur, la loyauté, sur l'autel de sa propre survie.
Et lorsque le conseil se réunit, lorsque les fausses preuves sont présentées, lorsque le père de Selene est traîné devant les anciens, les fers aux poignets, je détourne le regard, je fixe le sol de pierre, et je prononce la sentence d'une voix qui ne tremble pas.
— Pour trahison envers le clan, la famille Ardent est condamnée à l'exil immédiat.
Le cri de Selene déchire la salle, un cri de bête blessée, un cri qui me poursuivra jusqu'à la tombe, et je sais à cet instant que je viens de vendre mon âme pour un trône qui ne vaudra jamais le prix que j'ai payé.
Chapitre 36KaelLe camp de Darian s'étend devant moi comme une plaie ouverte dans la chair de la plaine, un enchevêtrement de tentes de toile grise et de barricades de fortune, de feux de camp qui fument dans l'aube glacée, et je le contemple du haut de la colline, monté sur mon loup de guerre, un animal massif au pelage d'ébène dont les yeux rougeoient comme des braises dans la pénombre. Mes guerriers sont derrière moi, des centaines de Lycans en armure noire, leurs épées dégainées, leurs boucliers levés, leurs souffles formant des nuages de brume dans l'air glacé, et ils n'attendent qu'un signe, qu'un mot, qu'un hurlement pour déferler sur l'ennemi comme une vague de mort.— Mon roi, murmure Ronan à ma droite, sa voix tendue par l'imminence du combat, ses yeux gris fixés sur les bannières qui flottent a
Chapitre 35SeleneLes sorciers de la Brume ne ressemblent à rien de ce que j'ai connu, des créatures qui semblent faites de fumée et de haine, des ombres qui se déplacent sans bruit sur la terre battue, des mains qui se posent sur moi et qui brûlent, qui glacent, qui déchirent sans laisser de marques visibles mais qui m'arrachent des cris que je ne peux plus retenir.Ils sont trois, toujours trois, le nombre sacré des malédictions, et ils tournent autour de moi comme des vautours autour d'une carcasse, leurs capuches profondes ne laissant voir que des lueurs verdâtres, des yeux de prédateurs, des sourires sans lèvres qui se devinent plus qu'ils ne se voient. Leurs doigts sont longs, décharnés, terminés par des ongles jaunes et fendus, et quand ils me touchent, c'est comme si on plongeait ma main dans l'eau bouillante, comme si on me br&uci
Chapitre 34KaelLa nouvelle arrive au moment où le soleil se lève sur la forteresse, un disque pâle et froid qui rampe au-dessus des montagnes noires, et elle est portée par un éclaireur essoufflé, un jeune loup qui tremble de fatigue et de peur, ses vêtements déchirés, son visage couvert de boue et de sang, ses yeux pleins de la terreur de celui qui a vu l'horreur et qui doit maintenant la raconter à son roi.La salle du trône est silencieuse, les torches crépitent doucement dans leurs supports de fer, et mes guerriers sont figés, suspendus aux lèvres de ce messager qui peine à retrouver son souffle, qui tombe à genoux sur la pierre noire, qui lève vers moi des yeux suppliants.— Parle, ordonné-je d'une voix qui ne tremble pas encore, une voix qui est le calme avant la tempête, l
Chapitre 33SeleneLa mission était simple, du moins c'est ce que je croyais en franchissant les lignes ennemies à la faveur de la nuit, en me glissant entre les sentinelles endormies, en rampant dans la boue glacée jusqu'aux abords du camp de Darian, mais les sorciers de la Brume étaient là, ils m'attendaient, et leurs pièges magiques se sont refermés sur moi avant même que je puisse dégainer la dague aux pierres noires que Kael m'avait offerte.Les cordes qui me lient les poignets sont imprégnées de sorts, des sorts qui brûlent ma peau comme des lanières de feu liquide, qui s'insinuent sous ma chair, qui remontent le long de mes bras jusqu'à mes épaules, et chaque mouvement que je tente pour me libérer resserre un peu plus leur étreinte, fait crépiter un peu plus la magie noire qui les habite. Le poteau de bois
Chapitre 32KaelJe la regarde s'éloigner, sa silhouette fragile qui descend les escaliers des remparts, ses cheveux qui flottent dans le vent glacé, ses épaules qui se voûtent légèrement, et je sens quelque chose se briser en moi, quelque chose que j'avais cru enterré, quelque chose qui ressemble à du regret, à de la tendresse, à un sentiment que je refuse de nommer mais qui grandit malgré moi, qui envahit ma poitrine, qui fait battre mon cœur plus vite.Je ne l'appelle pas. Je ne cours pas après elle. Je reste là, immobile, les poings serrés, et je pense à ce qu'elle m'a dit, à ce qu'elle a découvert dans les parchemins, à la vérité que j'ai cachée pendant des siècles. Elle sait tout, elle a déchiffré les runes, elle a reconstitué l'histoire, elle a percé le secret que je protégeais comme un trésor maudit, et pourtant elle n'a pas fui, elle n'a pas eu peur, elle n'a pas reculé. Elle est restée là, dans la crypte, à me parler doucement pendant que la bête reculait, et elle m'a regard
Chapitre 31SeleneJe le trouve sur les remparts, debout face au vent du nord, les mains posées sur la pierre noire et glacée, les yeux fixés sur l'horizon où le soleil couchant embrase le ciel de pourpre et d'or, de traînées de feu qui s'étirent comme des blessures, et je m'approche de lui, silencieuse, le cœur battant, car ce que j'ai à lui dire ne peut plus attendre, ne doit plus attendre. Mes pieds nus font à peine crisser le gravier du chemin de ronde, et le vent glacé fouette mes cheveux, les fait voler autour de mon visage, mais je ne ralentis pas, je ne m'arrête pas, je marche jusqu'à lui avec la détermination de ceux qui n'ont plus rien à perdre.— Kael, murmuré-je en m'arrêtant à sa hauteur, en posant moi aussi les mains sur la pierre glacée, en cherchant dans son visage impassible un signe, une faille, une émotion. Il faut que je vous parle. Il faut que nous parlions de ce qui s'est passé dans la crypte, de ce que j'ai découvert dans les parchemins, de cette vérité que vous







