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Chapitre 1
Selene
Je me tiens devant le miroir de la chambre que j'occupe depuis l'enfance, et la robe blanche que j'ai cousue de mes mains brille sous la lumière argentée de la lune qui entre par la fenêtre ouverte, une robe simple mais pure, brodée de fils d'argent qui dessinent des motifs de louves enlacées, symbole de fidélité éternelle.
Mes doigts lissent le tissu avec une lenteur presque religieuse, et je souris à mon reflet, un sourire tremblant que je ne reconnais pas tout à fait, parce que demain, demain soir, lorsque la Lune de Sang se lèvera au-dessus de la clairière sacrée, je scellerai mon lien avec Darian, mon compagnon destiné, celui que la Déesse Mère a choisi pour moi depuis la nuit des temps.
Mon cœur bat trop vite, cognant contre mes côtes comme un oiseau prisonnier qui ne demande qu'à s'envoler, et je pose ma main sur ma poitrine pour en apaiser le tumulte, mais c'est impossible, rien ne peut calmer cette joie qui grandit en moi depuis que Darian a prononcé son serment il y a trois lunes, devant le conseil des anciens.
— Selene, ma douce, ma promise, avait-il dit en prenant mes mains dans les siennes, ses yeux ambrés plongés dans les miens, tu seras ma compagne, et ensemble nous régnerons sur le clan Silverpine.
Ces mots, je les ai portés comme un talisman, je les ai répétés chaque soir avant de m'endormir, je les ai gravés dans ma mémoire avec la précision d'un scribe sacré, et demain, ils deviendront vérité.
Ma mère frappe doucement à la porte et entre sans attendre, ses cheveux gris tressés en couronne, son visage ridé par les années et les épreuves mais illuminé d'une fierté qu'elle ne cherche même pas à dissimuler.
— Tu es magnifique, ma fille, murmure-t-elle en ajustant une mèche rebelle derrière mon oreille, la Déesse Mère serait fière de toi.
— J'ai peur, mère, avoué-je dans un souffle, les doigts soudain glacés, j'ai peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir être une bonne compagne.
— L'amour te guidera, répond-elle en me serrant contre sa poitrine, l'amour que tu portes à Darian depuis que tu es enfant, cet amour pur et fort qui a survécu à toutes les épreuves.
Je ferme les yeux et je me souviens du jour où j'ai compris que Darian était mon destin : j'avais douze ans, il en avait quinze, et il m'avait sauvée des crocs d'un loup sauvage lors d'une chasse, se jetant entre la bête et moi sans une once d'hésitation, son sang coulant sur la neige comme une promesse écarlate.
Depuis ce jour, je n'ai jamais regardé un autre homme, je n'ai jamais douté de la volonté de la Déesse, et demain, lorsque la Lune de Sang unira nos âmes, je deviendrai Selene de Silverpine, compagne de Darian, future alpha du clan.
La nuit qui suit est peuplée de rêves lumineux, et je me réveille avec le soleil, le cœur gonflé d'une impatience qui me fait trembler, les doigts maladroits en enfilant ma robe de cérémonie, en tressant mes cheveux avec les perles de nacre que ma grand-mère m'a léguées.
La clairière sacrée est parée de lanternes flottantes, de guirlandes de fleurs sauvages, et les membres de tous les clans alliés sont assis en cercle, leurs visages tournés vers l'autel où le prêtre attend, les bras chargés de rubans écarlates.
Je m'avance, escortée par mon père qui me tient le coude, et je cherche Darian des yeux, impatiente de voir son visage, de lire dans son regard l'amour qu'il m'a promis.
Mais il n'est pas près de l'autel.
Il est debout au centre de la clairière, entouré des anciens, et à son bras se tient une femme que je ne connais pas, une femme aux cheveux de feu et aux yeux de glace, vêtue d'une robe pourpre qui proclame sa puissance.
— Membres des clans, lance Darian d'une voix qui ne tremble pas, j'ai une annonce à faire.
Le silence tombe, lourd, oppressant, et mon cœur s'arrête.
Chapitre 102SeleneJe me tiens droite malgré le poids de mon ventre, les mains croisées devant moi, le regard fixé sur la femme qui vient de franchir les portes de la salle du trône. Lysandra, cheffe des vampires, est plus belle que je ne l'imaginais, d'une beauté pâle et irréelle, comme sculptée dans le marbre et la lumière lunaire. Ses cheveux noirs tombent en cascade sur ses épaules, ses yeux sont d'un violet sombre, presque noir, et ses lèvres esquissent un sourire qui n'atteint pas son regard.— Reine Selene, dit-elle d'une voix basse, mélodieuse, chargée d'un pouvoir ancien. Je suis honorée de vous rencontrer enfin.— Cheffe Lysandra, réponds-je en inclinant légèrement la tête. Asseyons-nous, nous avons beaucoup à discuter.Elle s'as
Chapitre 101KaelLa salle du trône est plongée dans une semi-obscurité que les torches ne parviennent pas à dissiper, comme si une ombre invisible s'était glissée dans la pierre et refusait d'en sortir. Je suis assis sur le trône de basalte, les mains crispées sur les accoudoirs, le regard fixé sur les portes massives que l'on vient d'ouvrir. Selene est à ma droite, droite malgré son ventre arrondi, et je sens sa tension comme on sent venir l'orage.Ils entrent. Quatre silhouettes enveloppées de capes noires aux reflets argentés, le visage pâle comme la lune, les yeux luisant d'un éclat rouge dans la pénombre. Leur démarche est lente, fluide, presque irréelle, et le silence qui les accompagne est plus oppressant que tous les cris de guerre.— Roi Kael, dit le premier d'ent
Chapitre 100SeleneLa grossesse se déroule paisiblement, presque trop paisiblement. Chaque matin, je me réveille avec une énergie nouvelle, mon ventre s'arrondit doucement, et je sens la vie de notre enfant se renforcer de jour en jour. Les guérisseuses viennent régulièrement, m'examinent, me rassurent, et leurs sourires s'élargissent à chaque visite. Kael, malgré sa peur, a appris à desserrer un peu son étreinte, à me laisser respirer, à me faire confiance. Il pose souvent sa main sur mon ventre, parle à l'enfant, et dans ses yeux gris, je vois une tendresse qui me bouleverse.Mais ce soir, un épuisement étrange me gagne, plus profond que la simple fatigue de la journée. Je m'allonge sur le lit, ferme les yeux, et glisse dans un sommeil lourd, presque immédiat, comme si une force douce m'attirai
Chapitre 99KaelJe la regarde se lever du lit, ses gestes lents, son ventre qui s'arrondit sous la robe légère, et je sens mon cœur se serrer d'une peur que je ne maîtrise plus. Chaque matin, je me réveille avec cette angoisse au creux de la poitrine, cette certitude que le danger rôde, que les ténèbres attendent un moment d'inattention pour frapper de nouveau. J'ai failli la perdre. J'ai failli perdre notre enfant. Alors je surveille tout, je contrôle tout, je protège comme un loup dont la tanière est menacée.— Tu as encore posté des gardes devant la porte, dit Selene sans se retourner, une pointe d'impatience dans la voix.— Deux, seulement. Pour ta sécurité.— Pour ma sécurité, répète-t-elle en se tournant enfin vers moi. Kael, je
Chapitre 98SeleneLa crypte est redevenue silencieuse, mais je sens encore la morsure du froid sur ma peau, l'odeur du sang de Mortain qui se mêle à la poussière des tombes. Kael me tient par la taille, son bras solide autour de moi, et nous remontons lentement les escaliers de pierre, suivis par les guérisseuses épuisées qui portent encore leurs fioles et leurs herbes. Mon ventre ne brûle plus, la douleur s'est retirée comme une marée, et je sens de nouveau cette vie en moi, frémissante, fragile, mais bien présente.L'enfant est sauvé. Notre enfant est sauvé.Je lève les yeux vers Kael. Il est pâle, le visage marqué par le combat, le sang de Mortain tachant encore sa chemise. Ses mâchoires sont serrées, son regard fixé sur le couloir devant nous, et je devine qu'il retien
Chapitre 97KaelJe ne laisse pas à Mortain le temps de savourer sa victoire. D'un geste brusque, je le plaque contre le mur, mon avant-bras écrasant sa gorge, et je le fouille pour lui retirer toute arme, tout artefact capable de nuire. Il ricane encore, mais sa voix se brise dans un râle. Derrière moi, Selene est blême, les mains crispées sur son ventre, les larmes coulant sur ses joues.— Tu ne perds rien pour attendre, murmure le sorcier dans un souffle.— Tais-toi, dis-je sans le regarder. Selene, fais venir les guérisseuses. Vite.Elle hoche la tête, disparaît un instant dans l'escalier, puis revient accompagnée de trois femmes en robes blanches, leurs visages graves, leurs mains emplies d'herbes et de fioles. Elles s'agenouillent autour d'elle, tracent un cercle de sel et de cendres, entonnent un
Chapitre 8SeleneLes terres désolées portent bien leur nom, et je les découvre au terme d'une marche interminable, une étendue de rocaille grise et de bruyère desséchée qui s'étire à perte de vue sous un ciel bas, lourd de nuages menaçants qui ne crèvent jamais, qui restent là, suspendus, comme un
Chapitre 7SeleneJe ne sais pas combien de temps je reste prostrée sur les pavés, le goût du sang dans la bouche, les oreilles bourdonnantes, le cœur en charpie, mais quand je relève enfin la tête, la place est presque vide, seuls quelques traînards s'attardent pour me jeter des regards mauvais av
Chapitre 6SeleneL'aube est grise et glacée lorsque je franchis enfin les portes du village, les vêtements en lambeaux, les pieds nus et blessés, les cheveux emmêlés par le vent et la course folle de la nuit, et le silence qui m'accueille est pire qu'un hurlement, un silence lourd, anormal, un sile
Chapitre 5 DarianLa nuit est tombée depuis longtemps lorsque je réunis les anciens dans la salle du conseil, une pièce circulaire aux murs de pierre noire où les torches jettent des ombres mouvantes sur les visages fatigués de ceux qui gouvernent le clan Silverpine depuis des décennies.L'odeur d







