LOGINL’appartement d’Amelia était silencieux. Les rideaux étaient tirés, la lumière grise de l’après-midi filtrait à peine à travers le tissu épais. Elle était allongée sur son lit, les yeux fixés sur l’écran de son ordinateur portable posé à côté d’elle. Un film tournait, mais elle ne le regardait pas. Elle ne voyait rien. Elle n’entendait rien. Elle était là, immobile, comme en suspens.Cela faisait trois jours qu’elle était rentrée de Kansas City. Trois jours qu’elle n’avait pas mis les pieds au bureau et qu'elle n’avait pas parlé à grand monde, à part Camille au téléphone et quelques messages échangés avec ses amies. Le monde extérieur continuait de tourner, mais elle, elle était restée là, dans sa chambre, à attendre. Quoi ? Elle ne savait pas. Que la douleur passe. Que le temps s’arrête. Que sa mère revienne.Son téléphone vibra sur la table de nuit. Elle le prit. Un message de son patron.**Monsieur Hartwell (10h15) :** « Amelia, je voulais vous présenter mes sincères condoléances.
L’appartement de Kansas City était silencieux. L’enterrement avait pris fin en début d’après-midi, et depuis, les heures s’étaient étirées, lentes, cotonneuses. Amelia était assise sur le canapé du salon, les jambes repliées sous elle, une tasse de thé froid entre les mains. Elle n’avait pas bu une seule gorgée. Elle regardait le mur, les photos encadrées, les bibelots, tout ce qui restait de sa mère.Lola et Chloé étaient là. Elles étaient arrivées la veille, avaient dormi à l’hôtel, et étaient revenues le matin pour l’enterrement. Elles n’avaient pas posé de questions. Elles avaient juste été présentes. Camille était dans la cuisine, en train de ranger des assiettes, de faire du café, de s’occuper. Elle ne supportait pas de rester sans rien faire.Le téléphone d’Amelia vibra sur la table basse. Elle le prit, regarda l’écran. Un message de Lucas.**Lucas (16h42) :** « Je pense à toi. Quand tu rentres, si tu veux, on peut se voir. »Elle lut le message deux fois. Elle ne savait pas qu
Le restaurant était calme. Un petit italien du West Village, avec des nappes à carreaux et des bougies sur les tables. Lucas était arrivé le premier. Il avait commandé un verre de vin qu’il n’avait pas touché. Il regardait la porte, les clients qui entraient, les serveurs qui s’affairaient. Il attendait David.La journée avait été longue. Interminable. C’était le jour de l’enterrement de la mère d’Amelia. Il lui avait envoyé un message le matin. Quelque chose de simple. « Je pense à toi. » Elle avait répondu. « Merci. » Quelques heures plus tard, il avait osé un autre message. « Quand est-ce que tu rentres ? » Elle avait donné la date. Il n’avait pas répondu. Il ne savait pas quoi dire après ça.Il pensa à Vanessa. Elle avait appelé plusieurs fois. Il n’avait pas rappelé. Il ne savait pas quoi lui dire. Il n’avait pas eu le courage de parler à Ethan, et cette lâcheté le rongeait. Il s’était promis de le faire, il avait promis à Vanessa de le faire, et il n’avait rien fait.David arriv
Ethan était dans son bureau, les yeux fixés sur son téléphone. Il tournait l’appareil entre ses doigts. Il hésitait. Il savait qu’il devait appeler Claire. Il savait qu’il devait avoir cette conversation. Mais il avait peur de ce qu’il allait découvrir. Il avait peur de ce qu’elle allait lui dire. Ou de ce qu’elle ne lui dirait pas.Il finit par composer le numéro. La sonnerie retentit deux fois. Puis Claire décrocha.« Ethan ? Qu’est-ce qui se passe ? »Sa voix était calme. Neutre. Presque détachée. Comme si elle ne savait pas pourquoi il appelait. Comme si elle n’avait rien à se reprocher.« Je voulais avoir des nouvelles de Vanessa. »Un silence. Court. Puis : « Vanessa ? Pourquoi tu me demandes ça ? »« Parce qu’Oliver m’a dit qu’elle lui manquait. Qu’elle ne venait plus le voir. »« Ah. » Un petit rire. Léger. Désinvolte. « Tu sais comment sont les enfants, Ethan. Ils disent n’importe quoi. Un jour, ils veulent un jouet. Le lendemain, ils l’ont oublié. C’est pareil pour les gens.
La nuit était noire, silencieuse. New York dormait. Les lumières des gratte-ciel clignotaient au loin, indifférentes. Ethan était allongé sur le dos, les yeux ouverts, fixés au plafond. Il ne dormait pas. Il ne dormait plus. Depuis des jours, depuis qu'il l'avait revue, il ne trouvait plus le sommeil. Quand il fermait les yeux, elle était là. Amelia. Toujours elle.Il finit par sombrer. Un sommeil agité, peuplé de rêves. Il la voyait. Elle marchait devant lui, dans une rue qu'il ne connaissait pas. Elle ne se retournait pas. Il l'appelait, mais sa voix ne portait pas. Elle continuait d'avancer. Il courait. Ses jambes étaient lourdes, comme engluées dans du sable. Il n'arrivait pas à la rattraper. Elle s'éloignait. De plus en plus loin. Puis elle disparaissait.Il se réveilla en sursaut. Le front moite. Le cœur battant. Le souffle court. Il resta immobile un instant, écoutant le silence. Les bruits de la ville. Le ronronnement lointain du réfrigérateur.Il était seul.Il se leva. Il ma
L'église était petite. Une église de quartier, avec des murs en pierre grise et un clocher qui pointait vers le ciel gris de Kansas City. Amelia se tenait devant. Elle regardait le bâtiment. Elle n'y était pas entrée depuis des années. La dernière fois, c'était pour le mariage d'une cousine. Sa mère était là. Elle portait une robe bleue. Elle riait.Aujourd'hui, elle était dans un cercueil.Amelia portait une robe noire. Simple. Ses cheveux étaient attachés. Son visage était pâle. Elle n'avait pas dormi. Elle n'avait pas mangé. Elle avait juste attendu. Attendu que ce jour arrive. Attendu que tout soit fini.Camille se tenait à côté d'elle. Elle portait un tailleur sombre. Elle tenait un mouchoir dans sa main. Elle ne pleurait pas. Pas encore. Elle avait pleuré toute la nuit. Maintenant, elle était vide.Les portes de l'église s'ouvrirent. Les gens commencèrent à arriver.Il n'y avait pas foule. Une trentaine de personnes. Des amis de la famille. Des voisins. Des visages qu'Amelia n'a
Le lendemain matin, je me réveillai avec une boule au ventre qui n'avait pas disparu pendant la nuit. Elle était là, installée, dense, comme un organe supplémentaire que la vie m'aurait greffé sans mon consentement. J'avais à peine dormi, les yeux rivés au plafond de ma chambre, repensant à chaque
« Ma mère a un cancer du poumon. Stade 4. » Les mots étaient toujours aussi durs à prononcer. « Elle est faible, elle maigrit, elle dort tout le temps. Et en même temps, elle est agitée. Elle s'est échappée l'autre nuit pour fumer, elle a failli se faire renverser par une voiture. »Lola posa sa ma
L’après-midi s’écoula dans une sorte de transe professionnelle, un ballet de sourires polis et de poignées de main fermes qui masquaient à peine la tempête intérieure qui faisait rage en moi. Nous étions passés en mode networking « libre » : des petits groupes se formaient et se défaisaient comme d
Le métro de 19 h 15 est bondé, mais je suis ailleurs.Je reste debout, accrochée à la barre froide, le regard perdu dans le reflet de la vitre noire.Mon visage est encore parfait : rouge à lèvres intact, eyeliner sans bavure, cheveux toujours souples.Je ressemble à une publicité de luxe.Et pourt







