LOGINIsabellaQuelque chose n'allait pas.Je le sentais depuis l'embauche de Chiara Bianchi. Cette fille, cette styliste que Vittorio avait virée comme une malpropre, s'était retrouvée embauchée le jour même par Mora Exquisita. Directrice artistique adjointe. Un poste créé pour elle. Une opération de communication brillante, qui nous avait fait passer pour des bourreaux et Catalina Mora pour une bienfaitrice.Trop rapide. Trop propre. Trop parfait.Et puis il y avait eu ce gala. Cette robe bleue ridicule. Cette danse avec Lorenzo. La façon dont mon frère l'avait regardée, comme s'il la reconnaissait, comme si elle était un fantôme revenu d'entre les morts.Catalina Mora.Je n'aimais pas cette femme. Je ne l'aimais pas depuis le premier jour, depuis que son nom était apparu dans les journaux, depuis qu'elle avait volé Le Grand Éclat sous notre nez. Mais ce n'était plus une question d'aimer ou de ne pas aimer. C'était une ques
CatalinaLe lendemain matin, je me réveillai tard. Le canapé du salon était vide, mais une odeur de café flottait dans la chambre d'hôtel. Marcus était parti tôt, comme toujours, sans faire de bruit. Il avait laissé un mot sur la table basse, griffonné sur un coin de nappe en papier.Je suis en bas, au restaurant de l'hôtel. Descends quand tu seras réveillée. — M.Je souris malgré moi. Il n'avait pas changé. Même après une nuit blanche, même après avoir traversé deux pays en vingt-quatre heures, il était debout avant moi, frais, organisé, insupportablement parfait.Je m'habillai rapidement, descendis au restaurant. Il était assis près de la baie vitrée, une tasse de café à la main, le journal ouvert devant lui. Il portait des vêtements propres — il avait dû en avoir dans son sac — et semblait aussi reposé que s'il avait dormi dix heures.— Tu es parti quand ? demandai-je en m'asseyant face à lui.— Six heures. Tu dormai
LorenzoJe n'aurais pas dû venir.C'est ce que je me disais chaque fois que je tournais la clé dans la serrure, chaque fois que je poussais cette porte qui grinçait légèrement, chaque fois que je pénétrais dans cet appartement qui n'était plus le sien mais qui n'avait jamais cessé de l'être.L'appartement d'Anya.Je l'avais acheté deux mois après sa mort. À l'époque, je me justifiais en parlant d'investissement immobilier. Le quartier de Brera était en pleine gentrification, les prix montaient, c'était une bonne affaire. Personne n'avait été dupe. Pas même moi.La porte se referma derrière moi avec un clic doux. Le silence m'enveloppa. Un silence épais, presque palpable, chargé de poussière et de souvenirs.Rien n'avait bougé. Rien n'avait changé.Le petit meuble de l'entrée, celui qu'elle avait chiné aux puces de la Porta Genova et repeint en bleu canard. Le miroir au cadre doré, un peu écaillé, où elle se reg
CatalinaJe me réveillai en hurlant.Le cri déchira le silence de la chambre d'hôtel, résonna contre les murs, s'éteignit dans l'obscurité. Je me redressai d'un bond, les draps trempés de sueur, le cœur battant à se rompre. Mes mains agrippèrent le matelas, cherchant un ancrage, quelque chose de solide dans ce monde qui vacillait.Le cauchemar était toujours le même. La convocation. Le bureau de Don Rafael. Le visage de Lorenzo, fermé, lointain. Et puis la pluie, le virage, les freins qui ne répondent pas, le ravin qui s'ouvre comme une bouche noire.Toujours le même. Depuis cinq ans.Je repoussai les draps, me levai, allai pieds nus jusqu'à la fenêtre. Milan scintillait dans la nuit, indifférente à mes démons. Dehors, il pleuvait. Évidemment. Il pleuvait toujours dans mes souvenirs.Mon téléphone vibra sur la table de chevet. Trois heures du matin. Un message.Ouvre la porte.Je fronçai les sourcils.
LorenzoJe la regardai s'éloigner, cette robe bleu pâle qui ondulait entre les invités comme un fantôme. Elle ne se retourna pas. Elle ne se retournait jamais.Ma main était encore chaude de la sienne. L'empreinte de ses doigts sur ma paume, la pression de sa taille sous mes doigts, ce parfum de jasmin et d'orange amère qui flottait encore autour de moi. Tout était imprimé dans ma peau comme une brûlure.— Lorenzo.La voix de mon père. Glaciale. Je me tournai. Don Rafael se tenait derrière moi, Serafina à son bras, Isabella à sa droite. Un tribunal familial au grand complet.— Qu'est-ce que c'était que ça ? demanda ma mère.— Une danse.— Avec cette femme ? La Mora ? Tu as perdu la tête ?— C'était une danse, mère. Rien de plus.— Rien de plus ? Tu l'as regardée comme si elle était la dernière femme sur terre. Devant tout Milan. Devant les photographes. Devant nos concurrents.— Les p
CatalinaIl me ramena à l'intérieur, et les portes-fenêtres se refermèrent derrière nous. La chaleur du palais m'enveloppa, le bruit des conversations, le tintement des verres, les premiers accords de la valse qui s'élevait de l'orchestre.Sa main n'avait pas lâché la mienne.Je sentais la chaleur de ses doigts à travers le gant de soie. Une chaleur que je connaissais. Que j'avais connue. Que j'avais passé cinq ans à essayer d'oublier.— Vous tremblez, dit-il à voix basse.— Vous imaginez des choses.— Je n'imagine jamais rien.Nous atteignîmes la piste de danse. Les couples tournoyaient déjà, les robes tourbillonnaient, les lustres de cristal jetaient des éclats dorés sur les visages. Lorenzo s'arrêta au centre, se tourna vers moi, posa une main sur ma taille. L'autre tenait toujours la mienne.— Prête ?— Je suis toujours prête.Il m'attira contre lui. Nos corps se touchèrent. La va







