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CHAPITRE 81 — L'ÉQUIPE

Auteur: Eternel
last update Date de publication: 2026-08-17 19:00:52

Lionel

Je n'ai pas dormi.

Je n'ai pas dormi depuis qu'elle est partie. Quarante-huit heures ? Elle a fui au bout de douze. Je m'en suis rendu compte au milieu de la nuit, quand je me suis levé pour aller la voir, pour être sûr qu'elle respirait encore, qu'elle était toujours là. La porte était ouverte. Le lit n'était pas défait. Le lapin de Noah n'était plus dans son sac. Le dessin n'était plus sur le frigo.

Elle m'a menti.

Je ne lui en veux pas. J'ai passé la première heure assis sur le carrel
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    Elle se tourne vers moi. Elle a le visage marqué, les traits tirés, les yeux cernés. Elle est la plus belle femme que j'aie jamais vue, et elle est vivante, et elle est là, et je l'ai ramenée.— Je veux, dit-elle.On entre. La maison est fraîche, silencieuse, immense. Elle ne ressemble plus à la maison froide que j'habitais avant. Elle a changé. Elle a des jouets dans le hall, des dessins sur les murs, un lapin en peluche posé sur une commode. Elle a des odeurs de cuisine et de lessive. Elle a de la vie. Notre vie.Je vais dans le bureau. Je referme la porte. Je m'adosse au mur. Je ferme les yeux. Je respire.Puis la porte s'ouvre derrière moi.Je me retourne.Damian est debout dans l'encadrement.Non. Pas Damian. Son jumeau. Mon frère. Le même visage, mais autre chose dans les yeux. Une lassitude sans fond. Une résolution calme.— Tu es venu, dis-je.— Oui.— Comment tu es arrivé avant nous ?— Ils m'ont relâché. Pas de plainte. Pas de garde à vue. Le procureur a classé le dossier ce

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    Il baisse la tête. Ses épaules tremblent. Il se met à pleurer. De vraies larmes, de vrais sanglots, un homme qui s'effondre après des années de fuite. Il pleure devant ses mercenaires, devant moi, devant Aurora, devant Noah qui me serre le cou et murmure , pourquoi il pleure, Papa ?— Parce qu'il a cru qu'il ne te verrait plus jamais, dis-je.— Mais je vais le revoir ?— Oui. Un jour. Quand tu voudras.Damian lève la tête. Il me regarde. Il hoche la tête, une fois, lentement.Je fais signe à Marek. — Appelez les autorités. Pas de menottes. Il viendra seul.Marek hésite, puis obéit. Deux hommes restent avec Damian. Les autres se retirent vers les véhicules. Je me tourne vers Aurora.— On rentre à la maison.Elle ne répond pas. Elle me regarde comme si j'étais quelqu'un d'autre. Quelqu'un qu'elle n'avait jamais vu vraiment.— Lionel, dit-elle.— Oui.— Tu es venu.— Je t'avais dit que je viendrais.— Je ne t'avais pas prévenu.— Je savais.— Comment ?— Le téléphone. Je l'ai fait trace

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    LionelJe n'ai pas dormi.Je n'ai pas dormi depuis qu'elle est partie. Quarante-huit heures ? Elle a fui au bout de douze. Je m'en suis rendu compte au milieu de la nuit, quand je me suis levé pour aller la voir, pour être sûr qu'elle respirait encore, qu'elle était toujours là. La porte était ouverte. Le lit n'était pas défait. Le lapin de Noah n'était plus dans son sac. Le dessin n'était plus sur le frigo.Elle m'a menti.Je ne lui en veux pas. J'ai passé la première heure assis sur le carrelage du couloir, la tête dans les mains, à comprendre. Elle ne pouvait pas risquer de perdre Noah. Elle ne pouvait pas attendre quarante-huit heures. Elle a fait ce que j'aurais fait à sa place. Elle est partie pour sauver notre fils. Elle est partie sans moi. Et moi, je suis resté là, impuissant, à regarder la porte ouverte comme un con, à me dire que l'amour ne retient pas, que l'amour laisse partir, que l'amour fait confiance.Non. L'amour ne laisse pas partir. L'amour suit. L'amour retrouve.

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    Parce que ce n'est pas notre maison, parce que ce n'est pas notre vie, parce que nous sommes là par force, parce que chaque bruit est un rappel que je ne suis pas libre.Je me lève. J'habille Noah. Je lui mets un pull que Damian a acheté, un pull trop grand, marine, avec une ancre. Noah le regarde dans le miroir.— Je ressemble à un marin, dit-il.— Oui. Un petit marin.— J'aime bien.On sort de la chambre. La maison sent le café et le pain grillé. Damian est debout devant la cuisinière. Il s'est rasé. Il porte une chemise propre. Il me jette un regard, un regard qui cherche une approbation.— J'ai fait des œufs, dit-il. Et du pain grillé. Noah m'a dit qu'il aimait les œufs.— Ils sont brouillés, j'espère.— Non. Sur le plat.— Il n'aime que les brouillés.— Ah.Il reste là, avec sa poêle, l'air un peu perdu. Et c'est ça qui me fait mal, plus que sa colère, plus que ses menaces, plus que tout — ce regard d'homme qui essaie, qui se trompe, qui essaie encore, et qui ne sait pas que l'en

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    Je le regarde. Il est brisé. Il est dangereux, mais pas de la façon que je craignais. Il est dangereux parce qu'il est sincère. Parce que sa douleur est si grande qu'elle peut tout avaler, comme la mer derrière les pins.— D'accord, je dis.— Merci.— Mais ne me touche pas.— Jamais. Je te le jure.Je me lève. Je vais dans la chambre de Noah. Je m'allonge à côté de lui, sur la couverture, tout habillée. Il ne se réveille pas. Il glisse sa main vers moi dans son sommeil, cherche mes doigts, les trouve.Je reste éveillée. Longtemps. J'écoute le vent. J'écoute la mer. J'écoute la maison. Et dans le silence, j'entends un bruit, un bruit ténu, si léger que je pourrais le confondre avec la pluie sur les pins.Damian qui pleure dans la pièce à côté.Je ne vais pas vers lui.Je serre la main de mon fils.AuroraJe me réveille à l'aube.Je suis restée en position de protection toute la nuit, le corps tourné vers Noah, le bras replié sur lui. Ma main est encore dans la sienne. Les doigts du pet

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    Il hésite. Il regarde la table. Il a l'air soudain très jeune, malgré la dureté de sa mâchoire, malgré la cicatrice sur l'arcade. Il a l'air d'un garçon qui a tout raté et qui ne sait pas comment rentrer à la maison.— Je veux être son père, dit-il. Je veux le droit d'être son père. Pas un droit de visite. Pas trois heures par semaine avec une assistante sociale qui me surveille comme un délinquant. Je veux le droit d'exister dans sa vie.— Tu peux exister dans sa vie sans nous enlever.— Tu ne comprends pas. Si je rends Noah, Lionel va m'écraser. Il a les avocats. Il a l'argent. Il a l'opinion. Il a la ville. Il me fera disparaître de nouveau, mais cette fois légalement, proprement, avec des jugements et des expertises et des gardes-fous. Il me réduira à un nom sur un formulaire, à un inconnu qui apporte des cadeaux une fois par an.— Ce n'est pas vrai.— Tu le connais. Mieux que quiconque. Tu sais de quoi il est capable.Je ne réponds pas. Parce qu'il a raison. Lionel est capable de

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