LOGIN— Baby girl, tu sais bien que j'ai envie de te voir tout enlevé. — Qu'est-ce que ça te fait de ne pas être dans le noir plutôt que dans cette lumière rouge tamisée ? — La nuit cache. Cette lumière, elle montre ce que tu veux que je voie. Et ce soir, je veux tout voir. — Tu sais comment abîmer mon dos. — Je sais surtout comment le faire gémir. Regarde-moi dans les yeux, je vais tellement te faire jouir comme si c'était notre dernier soir. — Alors fais-le. Mais ne t'arrête pas quand je crierai. Arrête-toi quand je pleurerai. — Oh, baby girl… ce soir, tu feras les deux. Et tu m'en supplieras encore. — Prouve-le. — Compte les secondes. Dans trois, ta nuque est sous ma main. Dans deux, ta chemise est par terre. Dans une… tu ne te souviendras même plus de mon nom. — Je ne l'oublierai jamais. C'est toi qui vas oublier le tien quand je serai à genoux. — Alors à genoux. Et tais-toi. Laisse-moi te montrer ce que "dernier soir" veut vraiment dire. Vous croyez savoir ce qu'est le désir ? Cette petite brûlure qu'on étouffe d'un geste, qu'on oublie au réveil ? Moi, je vous parle de l'autre. Celui qui vous dévore de l'intérieur, qui vous laisse sans souffle, sans nom, sans repères. Celui qui transforme chaque seconde en éternité et chaque silence en supplique. Je l'ai vécu jusqu'à en perdre la raison. Et je vous jure que vous n'êtes pas prêts. Alors ouvrez ces pages, si vous l'osez. Mais sachez-le : après les avoir lues, vous ne toucherez plus jamais la peau de l'autre sans repenser à nous. Entrez. La lumière rouge est allumée.
View MoreChapitre 1
Je m'appelle Lila.
J'ai vingt-deux ans, des dettes plein les poches et une mère malade qui compte sur moi. Alors quand j'ai vu l'annonce pour une servante dans une grande villa, j'ai postulé sans hésiter. L'argent était bon. Le logement aussi. Et la maîtresse de maison, une certaine Madame de Vries, m'a reçue avec un sourire glacé et un regard qui pesait chaque centimètre de ma silhouette.
— Tu es retenue, m'a-t-elle dit simplement. Commence ce soir.
Ce soir.
J'aurais dû me méfier de ce "ce soir". Mais j'avais besoin de ce travail. Alors j'ai pris mon vieux sac, j'ai enfilé ma veste la moins défraîchie, et j'ai pris le bus jusqu'à la villa.
Elle est immense. Une de ces demeures bourgeoises avec des grilles en fer forgé, des jardins qui sentent le buis taillé, et des fenêtres qui ressemblent à des yeux fermés. La nuit tombe à peine quand j'arrive devant la porte. Je sonne. Rien. Je sonne encore. Le silence est tellement lourd qu'on entendrait une aiguille tomber sur le marbre de l'entrée.
Personne ne répond.
Je fouille dans ma poche, je trouve la clé qu'elle m'a donnée lors de l'entretien. Elle m'avait dit : "Ta chambre est à l'étage. La première porte à droite. Ne te perds pas."
J'ouvre la porte. L'intérieur est plongé dans une pénombre bleutée, celle du crépuscule qui filtre à travers les voilages. Je fais quelques pas dans le hall. Mes pas résonnent sur le carrelage. Je sens l'odeur de la cire, du vieux bois, et quelque chose de plus sucré, comme du jasmin.
Je me rappelle les mots de Madame de Vries. L'étage. La première porte à droite. Alors je me dirige vers l'escalier monumental, celui qui monte vers les ombres.
C'est là que je le vois.
Un homme, en bas de l'escalier. Il tient un sécateur à la main et porte une salopette tachée de terre. Le jardinier, sans doute. Il me regarde avec un sourire en coin.
— Ah, elle est arrivée, dit-il.
Son accent traîne un peu. Il est jeune, la trentaine peut-être, le visage creusé par le soleil.
Je hoche la tête, trop fatiguée pour parler.
— Je peux vous aider avec votre sac ? propose-t-il.
Je secoue la tête, serrant mon sac contre moi.
— Madame dort sûrement à cette heure-ci, ajoute-t-il en haussant les épaules. Elle a ses habitudes. Votre chambre est à l'étage, première porte à droite.
Il s'éloigne sans attendre ma réponse, disparaît dans l'ombre du jardin.
Je monte l'escalier.
Les marches craquent sous mes pas. Chaque bruit me semble amplifié par le silence de la maison. Arrivée en haut, je compte les portes. La première à droite. Je m'arrête devant, je pose ma main sur la poignette.
Elle n'est pas verrouillée.
Je pousse doucement. La chambre est petite, propre, avec un lit étroit et une commode. Mais il y a un problème : la lumière ne fonctionne pas. J'appuie sur l'interrupteur, plusieurs fois. Rien. Une ampoule grillée, peut-être. Ou un fusible.
Je soupire. Je pose mon sac par terre. Je vais bien dormir dans le noir, ce n'est pas un drame. Je suis fatiguée, le bus m'a secouée, l'entretien m'a vidée.
Mais en tournant la tête, je vois quelque chose qui arrête mon souffle.
Près du lit, une lumière rouge tamisée. Pas une lampe de chevet, non. Une petite lampe posée à même le sol, comme si quelqu'un l'avait installée exprès. Sa lueur danse sur le mur, caresse les draps, dessine des ombres mouvantes.
Je ne parle pas. Je ne bouge pas.
Je m'approche — lentement, sans bruit, mes doigts effleurant le bois de la commode pour garder l'équilibre.
Et là, dans cette lumière rouge, je vois une silhouette.
Un homme. Assis sur le bord du lit, torse nu, les muscles dessinés par la lueur comme un tableau de maître. Il a les bras croisés sur ses genoux, la tête légèrement baissée, le visage dans la pénombre. Sa peau luit, moite, comme s'il venait de sortir d'une douche ou d'un rêve.
Mon cœur s'arrête une seconde, puis repart en trombe. Mes doigts s'enfoncent dans le bois de la commode. Je veux parler, crier, demander qui il est — mais aucun son ne sort de ma gorge.
Il lève la tête lentement.
La lumière rouge éclaire son menton, ses pommettes, ses lèvres. Il a des yeux très clairs, presque gris, qui me transpercent comme si je n'étais pas une inconnue, mais une vieille promesse qu'il attendait.
Il ne dit rien pendant un long moment. Il m'observe, lui aussi. Il parcourt mon visage, mon corps, mes mains tremblantes sur la commode.
Puis un sourire naît au coin de sa bouche. Un sourire dangereux, sûr de lui, celui d'un homme qui n'a jamais eu à demander la permission.
— Approche-toi, ma douce, murmure-t-il.
Sa voix est basse, grave, presque un râle. Elle roule sur le mot "douce" comme s'il le savourait, comme s'il le goûtait sur sa langue avant de le lâcher dans l'air.
Mes pieds refusent d'obéir. Ma raison hurle : sors d'ici, appelle, fuis. Mais mes jambes restent plantées dans le sol, et mes doigts s'agrippent à la commode comme à une bouée.
Il se lève.
Lentement. Sans brusquerie. Un geste fluide de prédateur qui sait que sa proie est déjà hypnotisée. Il est grand, plus grand que je ne le pensais. Son torse nu est parcouru de lignes sombres, des cicatrices peut-être, ou des ombres projetées par la lampe rouge.
Il fait un pas vers moi. Puis un autre.
— Je t'attendais, dit-il. Tu sais à quel point c'est long, d'attendre ?
Je ne réponds pas. Je ne peux pas. Mes lèvres sont scellées, ma gorge serrée, mon souffle coincé quelque part entre ma poitrine et ma peur.
Il s'arrête à un mètre de moi. Il penche la tête, comme s'il observait un animal fragile qu'il ne veut pas effrayer.
Chapitre 7 Point de vue d'EthanElle s'approche de la table. Ses yeux lancent des éclairs.— Qu'est-ce que tu veux, Ethan ?Je pose mes couverts. Je la regarde. Ses mèches rebelles, ses mains sur les hanches, sa robe noire qui lui colle au corps.— Je veux que tu m'apportes du pain. Et du beurre. Et que tu arrêtes de me regarder comme si j'étais un parasite.— T'es un parasite, répond-elle sans ciller.Je ris. Pas un rire forcé. Un vrai. Elle me surprend.— Au moins, t'es honnête.— Je ne sais pas faire autrement.Je la regarde. Elle me regarde.— Du pain, dis-je. S'il te plaît.Elle soupire. Elle va chercher une corbeille de pain, la pose devant moi. Puis une plaquette de beurre.— Tiens, gamin.— Merci, mademoiselle.Elle plisse les yeux.— Tu te moques de moi ?— Oui.Elle secoue la tête, un sourire malgré elle au coin des lèvres.— T'es insupportable.— T'es la première à me le dire.— J'en doute.Je beurre mon pain. Je le croque. Je la regarde.— Tu veux savoir pourquoi je t'ai
Chapitre 6 Point de vue d'EthanJe descends l'escalier les mains dans les poches, encore à moitié endormi. Les cheveux en bataille, un vieux t-shirt noir, le jean à peine boutonné.La maison est calme. Ma mère est probablement dans son bureau à passer des appels. Le jardinier doit être dehors à tailler ses putains de buis. Moi, j'ai faim.Je pousse la porte de la cuisine.Et je reste figé.Elle est là.Lila.Elle est dos à moi, penchée au-dessus de l'évier, en train de rincer des fruits. Elle porte une chemise blanche . Jupe courte, tablier noire, qui épouse ses hanches comme si elle avait été cousue sur elle. Ses cheveux sont relevés en un chignon négligé, quelques mèches tombent sur sa nuque.Trop sexy pour être une servante.Vraiment, trop sexy.Mes yeux descendent. La jupe remonte un peu quand elle se penche. Je vois le galbe de ses cuisses. Le creux de ses genoux. Ses pieds nus sur le carrelage.Merde.Mon esprit bascule.Je revois la nuit dernière. La lumière rouge. Ses yeux gr
Chapitre 5POINT DE VUE DE LILA Je ferme la porte derrière moi.Ma chambre. La vraie. La petite pièce avec un lit étroit et une commode, pas de lumière rouge, pas de torse nu, pas de bite dressée contre un ventre musclé.Je pose mon sac par terre. Mes jambes cèdent. Je m'assois sur le bord du lit, les mains sur les genoux, le souffle court.Je ne sais pas pourquoi je me suis laissée aller aussi facilement.Vraiment, je ne sais pas.Un inconnu. Une lumière rouge. Une obscurité complice. Et moi, à genoux, la bouche pleine, les doigts crispés sur ses cuisses.Je devrais avoir honte. Je devrais paniquer. Je devrais me demander ce qui m'a pris, ce qui m'a transformée en cette fille qui succombe en cinq minutes.Mais je ne ressens rien de tout ça.Tout ce que je retiens, c'est que c'était bon.Le goût de sa peau. La chaleur de sa bite sur ma langue. Le bruit rauque qu'il a fait quand je l'ai pris dans ma bouche. La façon dont ses doigts s'enfonçaient dans mes cheveux, pas pour forcer, just
chapitre 4LE POINT DE VUE DE D'ETHAN — Ethan, tu n'aurais pas vu la nouvelle servante, par hasard ?Mon cœur s'arrête une seconde.— Quelle nouvelle servante ? demandé-je en m'efforçant de garder une voix neutre.— Oh, désolée, je t'avais pas informé. J'ai embauché une nouvelle servante. Elle devrait déjà être là depuis un moment mais je ne la vois pas.La fille dans ma douche. C'est elle. La nouvelle servante. C'est pour ça qu'elle est dans cette chambre, elle s'est trompée de chambre. — Elle s'appelle comment ? demandé-je.— Lila, je crois.Merde.— Pourquoi "merde" ? demande ma mère.— Non, pardon.— Enfin, je vais appeler Shoneetha pour voir si elle l'a vue. Sinon j'appellerai directement Lila sur son portable.— Bah non, elle est sûrement sur la route à l'heure qu'il est.— Je vais quand même l'appeler pour voir.Mon cœur bat très vite. La sueur coule sur mes tempes. La climatisation tourne mais je transpire comme si j'étais en plein soleil. Je veux arracher le téléphone des m


















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