LOGINLe nom d'Alexandre flottait encore entre eux, suspendu dans l'allée ombragée, semblable à une anomalie que Clara refusait d'admettre. Son monde intérieur, péniblement redressé vers la clarté et la guérison au cours des dernières semaines, tanguait dangereusement.
Au bord des larmes, les mains nouées en un poing serré au fond de ses poches pour empêcher s
La chambre du Méridien buvait l'obscurité du port par larges bandes vitrées.Après une journée entière passée à arpenter la poussière du chantier, à ferrailler intelligemment avec Ferrara et à respirer le vent salé de la falaise, Clara venait enfin de s'affaler dans ce silence ouaté. Elle était restée un moment figée face à la grande baie vitrée, happée par ce spectacle nocturne : une frange de lumière électrique qui tremblotait sur l'eau noire avec la régularité d'un pouls. Elle avait poussé un battant pour aspirer une dernière bouffée d'iode brut, l'avait refermé presque aussitôt face à la morsure du vent, mais avait laissé les rideaux grands ouverts. Qu'on voie la nuit. Qu'on la respire, même à travers le
Le vol décollait à six heures cinquante.Clara était à l'aéroport de Valderia à six heures et quart, sa valise en cabine calée sous sa main et sa sacoche de dossiers lourde sur l'épaule. Marc arriva trois minutes après elle, essoufflé, avec ce sourire légèrement coupable de quelqu'un qui avait calculé son trajet de justesse.— J'ai le café, dit-il en brandissant deux gobelets comme une offrande.— Tu es pardonné, dit Clara.Ils embarquèrent parmi les derniers. Le vol dura quarante minutes — le temps que Clara finisse son café et relise ses notes sur Ferrara, le chef de chantier. Marc s'endormit dès le décollage avec cette facilité déconcertante qu'il avait de trouver
Il était onze heures et quart quand le téléphone de Clara vibra sur le coin de la table, brisant la concentration de sa matinée. Un simple message lumineux sur l'écran :Tu es libre cet après-midi ?Clara fixa un instant ses dossiers ouverts. Le départ pour Porto Mina était fixé au lundi de l'aube, et ses piles de plans et de devis à valider menaçaient de déborder. Elle allait répondre qu'elle était sous l'eau, que le chantier n'attendait pas, puis elle repensa à la voix de sa sœur la veille au soir, à cette inflexion infime, presque imperceptible, qui trahissait une fatigue inhabituelle. Son pouce hésita une seconde, puis tapa la réponse :
La valise rigide renvoyait la lumière blafarde et froide de l'applique du couloir, immobile, presque insolente dans sa perfection géométrique et son volume déjà plein.Bénédicte recula d'un pas, le cœur battant contre ses côtes avec une netteté désagréable, de ces battements qu'on entend résonner jusque dans le creux des tempes. Vaneau avait appelé en fin d'après-midi, avait-il soutenu d'un ton parfaitement naturel, presque détaché. Il venait de l'apprendre lui-même, avait-il affirmé en coupant une part de tarte aux pommes pour Éthan.Pourtant, ces chemises roulées au carré avec une précision militaire, ces flacons de voyage sagement alignés dans leur trousse étanche, ce compartiment à chaussures déjà bo
Thomas rentra à dix-sept heures trente, comme tous les vendredis.Bénédicte entendit le déclic de la clé dans la serrure, le claquement souple du vantail, puis ses pas dans le couloir — ce tempo vif et régulier qu'elle aurait repéré entre mille. Il y eut le bruit sourd de la valise qu'on pose contre le mur, le froissement de la veste qu'on balance sur la patère, et sa voix qui fusait déjà :— Bonsoir la compagnie !Éthan dévala l'escalier en hurlant « papa » avec la frénésie du vendredi soir, cette urgence des enfants qui savent que le week-end commence et que les interdits se suspendent. Thomas le réceptionna au vol, l'ébouriffa, le fit pivoter sur ses épaules et fit irruption dans la cuisine comme si sa semaine
Un mois.Elena posa sa tasse de café sur le rebord de la fenêtre et regarda la rue en bas sans vraiment la voir. Un mois que Léo et elle vivaient chez Camille. Un mois de petits déjeuners dans une cuisine qui n'était pas la sienne, de nuits dans un lit trop étroit, de mensonges inventés pour expliquer à un enfant de cinq ans pourquoi on n'était plus à la maison.— Maman, est-ce que papa il vient ce weekend ?La voix de Léo arriva depuis le couloir — ce ton mi-curieux mi-inquiet des enfants qui sentent qu'il se passe quelque chose sans pouvoir mettre les mots dessus.— On verra, mon cœur, répondit-elle sans se retourner.Elle entendit ses petits pas s'éloigner vers la chambre de Camille où il avait installé ses voitures depuis un mois avec ce







