LOGINChapitre 55
Sofia
La fondation créée autrefois par Nathan Black porte son nom, mais rien dans sa façade de verre et de béton ne laisse deviner la chaleur qu'il avait voulu insuffler à ce lieu. C'est un bâtiment moderne, anguleux, posé à la lisière d'un quartier populaire où les enfants courent entre les voitures et où les murs sont couverts de fresques colorées. La fond
Chapitre 82SofiaJe me réveille en sursaut, le cœur battant, la main cherchant Adrian dans le vide. Le lit est froid. La place qu'il occupe d'habitude est intacte, les draps lisses, l'oreiller sans creux. Je me redresse, les yeux encore lourds de sommeil, et je balaie la chambre du regard. La porte est entrouverte, la lumière du couloir filtre par l'interstice, et un silence anormal pèse sur le manoir.Je me lève, enfile ma robe de chambre à la hâte, et je descends l'escalier en courant presque. Dans le hall, deux gardes montent la garde. Ils se raidissent en me voyant.— Où est Adrian ?— Il est sorti, madame. Il y a une heure environ.— Sorti ? Seul ?Les deux hommes échangent un regard gêné. L'un d'eux baisse la tête.— Il nous a ordonné de ne pas le suivre. Il a dit qu'il reviendrait bientôt.La paniq
Chapitre 81AdrianJe quitte le manoir avant l'aube, sans un bruit, sans un regard en arrière. Sofia dort encore, recroquevillée dans les draps de satin, son visage enfin détendu, ses cils posés sur ses joues pâles. Je reste une seconde sur le seuil, à la regarder, à graver chaque détail de son visage dans ma mémoire. Puis je referme la porte, et je descends l'escalier, le cœur serré dans un étau.Je n'ai prévenu personne. Pas Marcus, pas mes hommes. Cette nuit, je suis seul.La voiture m'attend dans l'allée. Je roule à travers la ville endormie, les rues désertes, les lampadaires qui projettent des flaques de lumière jaune sur l'asphalte mouillé. L'usine abandonnée se trouve à la périphérie, un bâtiment de briques noircies et de verrières brisées, vestige d'un passé industriel r
Chapitre 80AdrianLes photographies sont étalées sur le bureau, leurs bords brûlés, leurs images jaunies par la fumée. Sofia les a rangées une à une, caressant chaque cliché du bout des doigts, comme si elle pouvait encore toucher l’homme qui les avait prises. Elle est assise dans le fauteuil en velours grenat, les genoux ramenés contre sa poitrine, les yeux rougis mais secs, à présent. Nous n’avons pas parlé depuis des heures. Le silence est devenu notre langue commune, celle des blessures trop profondes pour les mots.Je classe les derniers documents sauvés de l’incendie, des relevés bancaires, des notes manuscrites, des fragments de lettres. Nathan avait tissé une toile complexe, des indices semés çà et là, comme s’il avait voulu que Sofia découvre la vérité par elle-même, un pa
Chapitre 79SofiaAdrian rentre au manoir en fin d'après-midi, le visage marqué par la fatigue et quelque chose d'autre, quelque chose que je ne lui ai jamais vu. Il tient contre sa poitrine une enveloppe de toile épaisse, noircie par endroits, et ses doigts se crispent dessus comme s'il portait un objet sacré. Je me lève du canapé dès qu'il franchit le seuil du salon.— Qu'est-ce que c'est ? je demande, la voix inquiète.Il ne répond pas tout de suite. Il pose l'enveloppe sur la table basse, l'ouvre lentement, et en sort une liasse de photographies qu'il dispose devant moi, une à une, comme on dispose les pièces d'un puzzle. Je m'approche, le cœur battant, et je regarde.La première, c'est moi. Six ans, assise sur les marches du perron de la maison de Patricia, un livre trop grand ouvert sur les genoux. La deuxième, huit ans, dans la cour de l'&e
Chapitre 78AdrianL'incendie a laissé derrière lui une carcasse noircie, un squelette de poutres tordues et de murs effondrés. Je marche parmi les décombres, mes bottes écrasant les cendres et les débris calcinés. L'odeur de brûlé imprègne encore l'air, malgré les jours passés, et chaque pas soulève un nuage de poussière grise qui me pique les yeux. Marcus me suit à distance, silencieux, sa lampe torche balayant les recoins sombres que le jour n'atteint pas.— Patron, on a fouillé tout le bâtiment. Il ne reste rien.— Pas tout. Nathan ne laissait jamais rien au hasard.Je m'approche du mur du fond, le seul encore debout, une paroi de béton épais que les flammes n'ont pas réussi à faire céder. Je passe la main sur la surface rugueuse, à la recherche d'une aspérité, d
Chapitre 77SofiaLe cauchemar me frappe sans prévenir, au milieu de la nuit, comme une lame sortie de l'ombre. Je suis dans l'entrepôt, ligotée sur la chaise, les liens de plastique mordant mes poignets, l'ampoule nue qui vacille au-dessus de ma tête. Les hommes en cagoule sont là, leurs voix rauques qui répètent que je ne dois jamais découvrir ce que Nathan m'a laissé. Puis ils sortent leurs armes, et je hurle.Je me réveille en sursaut, le souffle court, le cœur battant si fort que je l'entends cogner dans mes tempes. La chambre est plongée dans l'obscurité, à peine éclairée par la lueur bleutée de la lune qui filtre à travers les rideaux. Je suis trempée de sueur, mes mains agrippent les draps, et mon premier réflexe est de chercher Adrian. Sa place est vide. La panique me submerge.— Adrian ? Adrian !M







