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Chapitre 3

last update Petsa ng paglalathala: 2026-03-09 22:36:26

L'odeur. Ce n'était pas seulement celle du désinfectant industriel qui agresse les sinus, c'était ce relent de peur rance et de métal froid qui imprègne les murs des urgences. Élodie s'engouffra dans le hall de la Pitié-Salpêtrière, le souffle court, ses talons martelant le linoléum avec une régularité de métronome affolé. Elle était venue chercher Raphaël, poussée par un instinct de survie après son malaise au bureau, mais la réalité la faucha avant même qu'elle ne puisse atteindre l'ascenseur des suites VIP.

— Élodie !

Le cri était rauque, déchirant. Près du guichet des admissions, une femme s'extirpait d'un banc en plastique orange. C'était sa mère. Elle ne marchait pas, elle trébuchait, son vieux manteau de laine déboutonné flottant autour de sa silhouette frêle. En voyant sa fille, elle s'effondra contre elle, ses mains noueuses s'agrippant aux bras d'Élodie comme si elle craignait de se noyer.

— Maman ? Mais... qu'est-ce que tu fais là ?

La panique d'Élodie monta d'un cran. Elle n'avait pas vu ses parents depuis des semaines, enfermée dans le rythme infernal que Raphaël lui imposait. Elle habitait le triangle d'or, eux vivaient dans un petit pavillon de banlieue à une heure de là.

— Ton père... balbutia la vieille femme, ses yeux rougis par les larmes cherchant désespérément ceux de sa fille. Il s'est effondré dans le jardin juste après ton appel de ce matin... il voulait te rappeler, il disait qu'il t'avait trouvée fatiguée au téléphone... Son cœur a lâché, Élodie. Il est au bloc.

Élodie sentit un froid polaire l'envahir, partant de ses pieds pour remonter jusqu'à sa gorge. Sa propre mère semblait avoir vieilli de dix ans en quelques heures. Ses cheveux gris étaient en désordre, et elle serrait contre sa poitrine un vieux sac à main dont l'anse était prête à lâcher.

— Pourquoi je ne savais pas ? Pourquoi personne ne m'a appelée ? hurla Élodie, sa voix résonnant contre les parois vitrées du hall, attirant les regards de pitié des passants.

— J'ai essayé ! J'ai appelé ton bureau vingt fois ! On me répondait toujours que tu étais en conférence stratégique, que Monsieur Dubois avait donné des consignes strictes pour ne pas te déranger, quel que soit le motif ! J'ai supplié son secrétaire, ce Marc... Il m'a répondu que "les urgences familiales ne devaient pas interférer avec les fusions en cours". Il m'a raccroché au nez, Élodie !

Élodie resta pétrifiée, les bras ballants. Raphaël. Il ne s'était pas contenté de l'ignorer ; il avait construit une muraille de verre autour d'elle, filtrant ses appels, l'isolant méthodiquement pendant que son père rendait l'âme à quelques kilomètres de là. La gélule qu'elle avait avalée le matin même sembla se transformer en une pierre brûlante dans son estomac.

— Il nous faut cinquante mille euros, reprit sa mère dans un sanglot convulsif. L'avance pour l'opération, les soins intensifs, la prothèse valvulaire... Ils ne l'emmènent pas au bloc sans cette garantie. Je leur ai dit que ton mari était riche, que tu travaillais pour lui... mais ils s'en moquent, ils veulent un virement immédiat. Dis-moi que tu les as, Élodie. Dis-moi qu'il va nous aider.

Cinquante mille euros. Le prix d'une futilité pour le Groupe Dubois. Le prix du sac orange que Raphaël avait offert à Camille quelques heures plus tôt. Élodie sortit son téléphone, ses doigts glissant sur l'écran mouillé de ses propres larmes. Elle composa le numéro de Raphaël.

Une tonalité. Rejet.

Une tonalité. Rejet.

Elle rappela une troisième fois, le cœur battant contre ses côtes comme un animal en cage. Son pouce s'acharnait sur l'icône d'appel. Quand la messagerie tomba à nouveau, elle envoya un SMS, les mains tremblant si fort qu'elle dut s'y reprendre à plusieurs reprises : « Papa est en train de mourir. Triple dérivation urgente. Il faut 50k pour le bloc. Raphaël, je t'en supplie, réponds. Je te donnerai tout ce que tu veux, je signe le divorce ce soir, mais sauve-le. »

Pas de réponse. Juste le silence méprisant d'un écran noir.

— Reste ici, Maman. Je vais le trouver. Il est là, je le sais.

Poussée par une rage qu'elle ne se connaissait pas, Élodie laissa sa mère prostrée sur le banc et se précipita vers les ascenseurs de l'aile VIP. Elle monta au quatrième étage, ignorant les panneaux "Accès réservé". Elle traversa le couloir feutré, l'air y était plus frais, plus pur, loin de la sueur et de la mort du rez-de-chaussée. Devant la suite 402, deux colosses en costume sombre, les gardes du corps personnels de Raphaël, lui barrèrent la route.

— Poussez-vous, lâcha Élodie, sa voix n'étant plus qu'un sifflement rauque, ses yeux brûlant d'une lueur sauvage.

— Monsieur Dubois est avec Mademoiselle de Valois. Aucune interruption n'est tolérée, Madame.

— C'est ma vie qui se joue là-dedans ! Écartez-vous ou je hurle à la presse que Raphaël Dubois laisse crever ses proches dans le hall !

La porte s'ouvrit sur un silence de velours. Raphaël apparut sur le seuil. Il n'avait même pas retiré sa veste de costume, toujours impeccable, ses yeux noirs sondant Élodie avec une indifférence souveraine, comme s'il observait un insecte s'agiter sur une vitre. Derrière lui, Camille était à moitié assise sur le lit, drapée dans un peignoir en soie, une perfusion au bras qu'elle exhibait comme un trophée.

— Raphaël... commença Élodie, se jetant vers lui pour attraper ses mains. Elle sentit le tissu froid de sa chemise sous ses doigts. Mon père... il meurt si on ne paie pas maintenant. Cinquante mille euros. C'est rien pour toi, c'est une poussière sur tes comptes. Je te signe le divorce, je renonce à tout, je disparais de ta vie, mais sauve-le ! Je t'en supplie, Raphaël, regarde-moi !

Elle était à bout, les genoux fléchissant, ses doigts crispés sur les manches de son mari. Elle le regardait avec la ferveur d'une suppliciée, ses larmes tachant le revers de sa veste à cinq mille euros.

Raphaël dégagea ses bras d'un geste lent, délibéré, presque dégoûté. Il sortit un mouchoir de sa poche et essuya la trace que les doigts d'Élodie avaient laissée sur son poignet.

— Toujours ce sens pathétique du drame, Élodie. Tu t'évanouis ce matin pour attirer l'attention, et maintenant tu t'inventes une tragédie familiale pour obtenir des fonds ? C'est indigne de ton intelligence.

Camille laissa échapper un petit rire cristallin depuis son lit, un son qui transperça Élodie comme une lame.

— Raph, ne sois pas trop dur... Elle a toujours été une artiste, elle a besoin d'audience. Mais franchement, Élodie, marchander un divorce sur le dos d'un prétendu malade... C'est bas, même pour une fille de ton rang.

Raphaël fixa sa femme. Son regard était vide, dépourvu de la moindre étincelle d'humanité. Il n'y avait ni haine, ni colère, juste un néant absolu.

— La santé de tes parents n'est pas ma responsabilité contractuelle, Élodie. Je ne suis pas une banque de charité. Retourne au bureau et finis ce rapport Skynet. On en reparlera demain, quand tu auras cessé de délirer.
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Mga Comments (1)
goodnovel comment avatar
anne marie
Masque du bien on n’éprouve pas pour une intervention la pitié……. Hôpital public
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