AlinaLe soleil se lève doucement, et je sens la lumière effleurer ma peau.Elle traverse les rideaux, se faufile jusqu’à mon visage, et j’ouvre les yeux à peine, laissant le monde entrer par fragments.Damon dort encore à mes côtés, son souffle régulier contre ma nuque.Je passe une main sur son torse, doucement, comme pour vérifier qu’il est bien là, qu’il ne disparaîtra pas dans le tumulte qui nous attend.Mes doigts glissent jusqu’au ventre.Je sens le frémissement léger, timide, mais réel.Un battement qui ne m’appartient pas entièrement et pourtant, il fait désormais partie de nous.Je me tourne légèrement pour le regarder.Il est paisible, les traits détendus, mais je lis dans son regard clos la vigilance, la peur, l’amour tout en même temps.Je souris, un sourire tendre, parce que je sais qu’il s’inquiète encore.Pour moi. Pour lui. Pour ce qui grandit en moi.Je me blottis un peu plus contre lui, mes bras autour de son torse, et je sens la chaleur de son corps qui m’ancre, qu
DamonLa chambre est silencieuse.Ou plutôt… le silence y est différent.Pas celui lourd et tendu du Conseil, ni celui saturé de présages dans les rues.Celui-ci est tiède, presque liquide, comme une eau calme qui nous enveloppe, nous sépare du reste du monde pour quelques heures encore.La lampe diffuse une lumière douce, vacillante.Elle caresse les murs d’une lueur ambrée et découpe sur la peau d’Alina des reflets mouvants qui jouent sur ses épaules, le long de sa nuque.Elle est allongée contre moi, la tête nichée dans le creux de mon épaule.Ses doigts dessinent de lents cercles sur mon torse, des gestes minuscules mais essentiels, comme s’ils tenaient en place les morceaux de moi qui risqueraient de se détacher.Chaque tracé semble murmurer reste ici, comme si elle craignait que je disparaisse dans le tumulte qui nous attend.Je la regarde.Pas seulement elle nous.Nous trois.Ma main glisse jusqu’à son ventre.Sous mes doigts, ce léger arrondi que je commence à connaître mais q
DamonNous ne quittons pas la salle depuis ce moment.Mais dehors, le monde commence déjà à nous répondre.Je le sens d’abord dans la pierre.Un frémissement infime, presque un soupir.Sous mes pieds, une vibration ténue, régulière, comme le battement d’un cœur lointain qui cherche peu à peu son rythme.Elle remonte par mes jambes, s’attarde dans ma poitrine, puis se perd dans ma gorge.Je jette un coup d’œil autour de moi : personne ne réagit.Peut-être qu’ils ne sentent rien. Ou peut-être qu’ils refusent d’y croire.Yssandra retourne s’asseoir. Son corps paraît immobile, mais ses yeux sont rivés sur un point invisible, quelque part au-delà des murs.Kelor s’approche de deux autres Maîtres. Ils parlent si bas que leurs lèvres bougent à peine, penchés l’un vers l’autre comme s’ils partageaient un secret brûlant qui pourrait consumer tout ce qui l’entend.Le temps se distend.Il n’y a plus que le silence, ce silence épais qui colle aux peaux.Puis, soudain, la grande porte s’ouvre dans
DamonLe silence qui suit la lumière n’est pas vide.Il a une texture, un poids.Il s’installe dans la salle comme une marée qui monte, glisse sous les portes et remplit chaque espace, jusqu’à étouffer nos respirations.Personne ne parle.Personne n’ose bouger.C’est comme si nos corps avaient compris, avant même notre esprit, que briser ce silence serait un sacrilège.Je vois les Anciens relever la tête lentement, très lentement, comme des voyageurs qui sortent d’une caverne pour voir un ciel inconnu.Certains clignent des yeux, comme pour chasser un éblouissement qui n’a pourtant plus lieu.D’autres restent figés, pétrifiés par ce qu’ils ont vu.Maître Kelor est toujours à genoux. Ses mains tremblent.Pas de peur. Pas même d’émotion.Non… de la reconnaissance.La reconnaissance pure, brute, de celui qui se sait témoin d’un instant qui ne se reproduira jamais.Puis, dans le cercle, une autre voix s’élève.Une voix si vieille qu’elle semble provenir de plus loin que le corps qui la po
DamonLa salle du Conseil est plus vaste que dans mes souvenirs.Peut-être que c’est moi qui ai changé.Ou alors, c’est ce qui m’accompagne aujourd’hui qui rend chaque pierre plus grande, chaque souffle plus lourd.Les murs circulaires s’élèvent haut, jusqu’aux verrières incrustées de motifs anciens, laissant entrer un jour pâle et froid. Au centre, le sol de marbre poli miroite comme une eau immobile, et tout autour, les gradins de pierre accueillent les Anciens. Drapés de manteaux aux couleurs profondes rouge sombre, bleu nuit, or terni ils nous suivent du regard avec une attention tranchante.Ce ne sont pas des hommes et des femmes ordinaires. Chacun d’eux porte sur ses traits le poids d’années de décisions irréversibles, de pactes et de serments. Et pourtant, aujourd’hui, je sens… une inquiétude qu’ils s’efforcent de dissimuler.Alina marche à mes côtés. Ce n’est pas elle qui avance, pas vraiment. Ses pas sont guidés par quelque chose de plus vaste, de plus ancien qu’elle.Elle es
DamonNous ne parlons pas.Ce n’est pas un silence ordinaire, pas celui qui s’installe parfois entre deux êtres fatigués ou concentrés. C’est un silence qui pèse, qui se dilate, qui s’insinue jusque dans nos respirations. Plus lourd que n’importe quelle phrase, plus vaste que la pièce où nous nous trouvons.Alina garde les yeux fixés sur la ligne sombre à l’horizon. Elle la fixe comme si le moindre battement de cils pouvait la dissoudre. Moi, je ne la regarde pas pas encore. Je préfère écouter. J’écoute le souffle d’Alina, et j’écoute autre chose, derrière, dessous : ce battement qui persiste encore dans l’air.Un rythme étranger. Pas le sien, pas le mien. Un pouls venu d’ailleurs, et qui s’est accroché à nous pendant la nuit comme une ombre refuse de lâcher celui qui marche sous le soleil.— Tu ne dors plus depuis longtemps, dis-je doucement.Elle hoche la tête, toujours sans détourner les yeux.— Je n’ai pas osé fermer les paupières.— Par peur ?Un long silence. Puis :— Par certit