Damon
La nuit est épaisse, silencieuse, mais mon esprit est en ébullition. Alina dort paisiblement dans le lit à côté de moi, sa respiration régulière apaisant temporairement la rage qui gronde dans mes veines. Pourtant, même dans son sommeil, elle m’attire irrésistiblement. Son odeur sucrée emplit l’air, et mon loup lutte pour ne pas céder à l’instinct.
Alina
Le silence du manoir est oppressant. Seuls le crépitement discret du feu dans l'âtre et le bruit de mes pas résonnent dans le long couloir de pierre. Les paroles de Viktor tournent en boucle dans mon esprit : "Si tu ne la marques pas, quelqu'un d’autre le fera."
Un frisson me parcourt l’échine. Je déteste l’idée d’être vue comme une proie. Une oméga est censée être soumise, obéissante, destinée à se plier au bon vouloir d’un alpha. Mais je ne suis pas une oméga ordinaire.
Je m’arrête devant une grande porte en bois massif. Derrière, je peux sentir la présence de Damon. Son aura sombre et puissante pulse à travers le bois, une force magnétique qui attire et effraie à la fois.
Je l’ouvre sans frapper.
Damon est là, torse nu, adossé au rebord d’une fenêtre. La lueur argentée de la lune glisse sur son corps sculpté, accentuant la puissance brute de ses muscles. Des cicatrices anciennes marquent son torse, souvenirs d’un passé sanglant.
Il ne se retourne pas quand j’entre.
— Tu ne dors pas ? demandé-je d’une voix plus ferme que je ne le ressens.
— Je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil.
Ses yeux froids se tournent vers moi, leur éclat doré perçant l’ombre de la pièce.
— Pourquoi es-tu ici, Alina ?
Je m’approche lentement, mes pas résonnant contre le sol de pierre.
— Viktor a dit quelque chose tout à l’heure.
Un sourire sombre effleure ses lèvres.
— Viktor parle trop.
Je me place face à lui, le défiant du regard.
— Est-ce vrai ? Si tu ne me marques pas, quelqu'un d'autre le fera ?
Il serre la mâchoire, son regard s'assombrissant.
— C’est une possibilité.
Mon cœur bat violemment contre ma poitrine.
— Pourquoi ne l'as-tu pas fait ? demandé-je d'une voix tremblante.
Il s’écarte de la fenêtre, s'approchant lentement de moi.
— Tu n’es pas prête.
Je fronce les sourcils.
— Ce n’est pas une réponse.
Il se tient à quelques centimètres de moi, la chaleur de son corps irradiant contre ma peau.
— Si je te marque, tu seras liée à moi pour toujours. Tu ressentiras mes émotions, mes pensées. Tu perdras une partie de ton libre arbitre.
Sa main frôle lentement ma joue, sa caresse aussi légère qu’une brise.
— Tu n’es pas prête à m’appartenir.
Je frissonne malgré moi.
— Et si je veux t’appartenir ?
Son regard s’illumine d’un éclat sauvage. Il s’approche encore, son souffle chaud glissant sur ma peau.
— Ne joue pas à ce jeu, Alina. Si je cède, il n’y aura pas de retour en arrière.
— Et si je ne veux pas faire marche arrière ?
Il serre la mâchoire, son regard doré perçant le mien. Son contrôle est à la limite du bris.
— Je suis un monstre, Alina. Tu ne comprends pas ce que cela signifie de m’appartenir.
— Alors montre-moi.
Son regard se durcit, une lueur de danger dans ses yeux. Il saisit mon poignet et me plaque contre le mur en une fraction de seconde. Je halète, mais je ne me débats pas.
— Tu crois pouvoir survivre à ça ? gronde-t-il contre ma gorge.
Ses lèvres frôlent ma peau, déclenchant une vague de chaleur incontrôlable dans mon ventre.
— Oui, soufflé-je.
Un grondement sourd vibre dans sa poitrine. Il passe une main dans mes cheveux, tirant légèrement ma tête en arrière pour exposer mon cou.
— Tu n’as aucune idée de ce que tu demandes.
— Alors apprends-moi.
Son souffle se fait plus rapide. Son regard vacille entre la colère et la tentation. Je sens son loup affleurer à la surface, son contrôle glisser dangereusement.
— Tu joues avec le feu, Alina.
Je glisse mes mains sur son torse brûlant, mes doigts suivant la ligne de ses muscles tendus.
— Alors brûle-moi.
Il grogne, son regard devenant noir. Son contrôle vole en éclats.
Damon me soulève brusquement du sol et me jette sur le grand lit derrière lui. Mon dos heurte le matelas, et il est sur moi avant que je puisse respirer.
Ses mains glissent le long de mes cuisses, écartant lentement mes jambes. Son souffle est brûlant contre mon cou alors qu'il capture mes poignets et les maintient au-dessus de ma tête.
— Tu es à moi, Alina.
— Alors prends-moi.
Ses lèvres s’écrasent contre les miennes dans un baiser sauvage et possessif. La tension accumulée explose dans un tourbillon de sensations brûlantes.
Je me perds dans lui, dans la force brute de son désir, dans la sauvagerie contenue de son loup. Il me mordille la lèvre, glisse sa langue contre la mienne dans une danse féroce et incontrôlée.
Mes hanches s’élèvent instinctivement contre lui.
— Damon… gémi-je.
Il s’arrête brusquement, son front posé contre le mien, sa respiration saccadée.
— Si je vais plus loin, je ne pourrais pas m’arrêter.
— Ne t’arrête pas.
Il serre les dents, son corps tremblant de tension.
— Tu ne sais pas ce que tu demandes.
— Alors montre-moi.
Il grogne, son regard brillant de désir et de danger. Il relâche mes poignets et glisse ses mains le long de mon corps.
— Si tu veux jouer avec un loup, Alina, prépare-toi à être mordue.
Son sourire carnassier me fait frissonner.
— J’en suis consciente.
Il m’embrasse à nouveau, plus lentement cette fois, mais avec une intensité qui menace de m’engloutir.
Je suis prête à tout perdre pour lui.
Et je sais qu’il est prêt à tout risquer pour me posséder.
AlinaLe soleil se lève doucement, et je sens la lumière effleurer ma peau.Elle traverse les rideaux, se faufile jusqu’à mon visage, et j’ouvre les yeux à peine, laissant le monde entrer par fragments.Damon dort encore à mes côtés, son souffle régulier contre ma nuque.Je passe une main sur son torse, doucement, comme pour vérifier qu’il est bien là, qu’il ne disparaîtra pas dans le tumulte qui nous attend.Mes doigts glissent jusqu’au ventre.Je sens le frémissement léger, timide, mais réel.Un battement qui ne m’appartient pas entièrement et pourtant, il fait désormais partie de nous.Je me tourne légèrement pour le regarder.Il est paisible, les traits détendus, mais je lis dans son regard clos la vigilance, la peur, l’amour tout en même temps.Je souris, un sourire tendre, parce que je sais qu’il s’inquiète encore.Pour moi. Pour lui. Pour ce qui grandit en moi.Je me blottis un peu plus contre lui, mes bras autour de son torse, et je sens la chaleur de son corps qui m’ancre, qu
DamonLa chambre est silencieuse.Ou plutôt… le silence y est différent.Pas celui lourd et tendu du Conseil, ni celui saturé de présages dans les rues.Celui-ci est tiède, presque liquide, comme une eau calme qui nous enveloppe, nous sépare du reste du monde pour quelques heures encore.La lampe diffuse une lumière douce, vacillante.Elle caresse les murs d’une lueur ambrée et découpe sur la peau d’Alina des reflets mouvants qui jouent sur ses épaules, le long de sa nuque.Elle est allongée contre moi, la tête nichée dans le creux de mon épaule.Ses doigts dessinent de lents cercles sur mon torse, des gestes minuscules mais essentiels, comme s’ils tenaient en place les morceaux de moi qui risqueraient de se détacher.Chaque tracé semble murmurer reste ici, comme si elle craignait que je disparaisse dans le tumulte qui nous attend.Je la regarde.Pas seulement elle nous.Nous trois.Ma main glisse jusqu’à son ventre.Sous mes doigts, ce léger arrondi que je commence à connaître mais q
DamonNous ne quittons pas la salle depuis ce moment.Mais dehors, le monde commence déjà à nous répondre.Je le sens d’abord dans la pierre.Un frémissement infime, presque un soupir.Sous mes pieds, une vibration ténue, régulière, comme le battement d’un cœur lointain qui cherche peu à peu son rythme.Elle remonte par mes jambes, s’attarde dans ma poitrine, puis se perd dans ma gorge.Je jette un coup d’œil autour de moi : personne ne réagit.Peut-être qu’ils ne sentent rien. Ou peut-être qu’ils refusent d’y croire.Yssandra retourne s’asseoir. Son corps paraît immobile, mais ses yeux sont rivés sur un point invisible, quelque part au-delà des murs.Kelor s’approche de deux autres Maîtres. Ils parlent si bas que leurs lèvres bougent à peine, penchés l’un vers l’autre comme s’ils partageaient un secret brûlant qui pourrait consumer tout ce qui l’entend.Le temps se distend.Il n’y a plus que le silence, ce silence épais qui colle aux peaux.Puis, soudain, la grande porte s’ouvre dans
DamonLe silence qui suit la lumière n’est pas vide.Il a une texture, un poids.Il s’installe dans la salle comme une marée qui monte, glisse sous les portes et remplit chaque espace, jusqu’à étouffer nos respirations.Personne ne parle.Personne n’ose bouger.C’est comme si nos corps avaient compris, avant même notre esprit, que briser ce silence serait un sacrilège.Je vois les Anciens relever la tête lentement, très lentement, comme des voyageurs qui sortent d’une caverne pour voir un ciel inconnu.Certains clignent des yeux, comme pour chasser un éblouissement qui n’a pourtant plus lieu.D’autres restent figés, pétrifiés par ce qu’ils ont vu.Maître Kelor est toujours à genoux. Ses mains tremblent.Pas de peur. Pas même d’émotion.Non… de la reconnaissance.La reconnaissance pure, brute, de celui qui se sait témoin d’un instant qui ne se reproduira jamais.Puis, dans le cercle, une autre voix s’élève.Une voix si vieille qu’elle semble provenir de plus loin que le corps qui la po
DamonLa salle du Conseil est plus vaste que dans mes souvenirs.Peut-être que c’est moi qui ai changé.Ou alors, c’est ce qui m’accompagne aujourd’hui qui rend chaque pierre plus grande, chaque souffle plus lourd.Les murs circulaires s’élèvent haut, jusqu’aux verrières incrustées de motifs anciens, laissant entrer un jour pâle et froid. Au centre, le sol de marbre poli miroite comme une eau immobile, et tout autour, les gradins de pierre accueillent les Anciens. Drapés de manteaux aux couleurs profondes rouge sombre, bleu nuit, or terni ils nous suivent du regard avec une attention tranchante.Ce ne sont pas des hommes et des femmes ordinaires. Chacun d’eux porte sur ses traits le poids d’années de décisions irréversibles, de pactes et de serments. Et pourtant, aujourd’hui, je sens… une inquiétude qu’ils s’efforcent de dissimuler.Alina marche à mes côtés. Ce n’est pas elle qui avance, pas vraiment. Ses pas sont guidés par quelque chose de plus vaste, de plus ancien qu’elle.Elle es
DamonNous ne parlons pas.Ce n’est pas un silence ordinaire, pas celui qui s’installe parfois entre deux êtres fatigués ou concentrés. C’est un silence qui pèse, qui se dilate, qui s’insinue jusque dans nos respirations. Plus lourd que n’importe quelle phrase, plus vaste que la pièce où nous nous trouvons.Alina garde les yeux fixés sur la ligne sombre à l’horizon. Elle la fixe comme si le moindre battement de cils pouvait la dissoudre. Moi, je ne la regarde pas pas encore. Je préfère écouter. J’écoute le souffle d’Alina, et j’écoute autre chose, derrière, dessous : ce battement qui persiste encore dans l’air.Un rythme étranger. Pas le sien, pas le mien. Un pouls venu d’ailleurs, et qui s’est accroché à nous pendant la nuit comme une ombre refuse de lâcher celui qui marche sous le soleil.— Tu ne dors plus depuis longtemps, dis-je doucement.Elle hoche la tête, toujours sans détourner les yeux.— Je n’ai pas osé fermer les paupières.— Par peur ?Un long silence. Puis :— Par certit