登入Je dormis à peine cette nuit-là.
Chaque fois que je parvenais à fermer les yeux pendant quelques minutes, je revoyais la même scène : Julien… dans les bras de Vanessa. Leurs regards, leurs sourires, leurs mains entrelacées.
Je finissais toujours par me réveiller en sursaut.
Lorsque mon réveil sonna, j’étais déjà éveillée.
Je restai quelques instants allongée, les yeux fixés sur le plafond. Une partie de moi voulait rester sous les draps et oublier le monde entier. Mais je savais que ce n’était pas la solution.
Je devais avancer.
Même si ça faisait mal.
Je me levai lentement, pris une douche et laissai l’eau froide couler quelques secondes de plus sur mon visage. J’espérais qu’elle emporterait également une partie de ma tristesse.
En me regardant dans le miroir, je poussai un léger soupir.
Mes yeux étaient toujours rouges et légèrement gonflés.
Je sortis ma trousse de maquillage et fis de mon mieux pour cacher les traces de cette nuit interminable.
Ensuite, j’enfilai un tailleur beige, simple et élégant. J’attachai mes cheveux en un chignon bas, puis pris mon sac.
Juste avant de quitter l’appartement, je posai une main sur la poignée de la porte.
— Aujourd’hui… tu recommences une nouvelle vie, Marie — me murmurai-je pour me donner du courage.
Puis je sortis.
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Une demi-heure plus tard, le taxi s’arrêta devant le siège de Terry Group.
Je levai lentement les yeux.
Le bâtiment était impressionnant.
Ses immenses façades en verre brillaient sous les premiers rayons du soleil. Les employés entraient et sortaient d’un pas déterminé, certains parlant au téléphone, d’autres tenant une mallette à la main.
Je restai immobile pendant quelques secondes.
Je n’avais jamais été dans une entreprise aussi prestigieuse.
— Est-ce que tout va bien, mademoiselle ? — demanda le chauffeur.
Je lui adressai un léger sourire.
— Oui… merci.
Je payai la course puis descendis du véhicule.
Devant les portes automatiques, je pris une profonde inspiration.
Tu peux le faire.
À l’accueil, une jeune femme vêtue d’un uniforme élégant leva les yeux vers moi.
— Bonjour.
— Bonjour. Je m’appelle Marie Rose. J’ai un entretien ce matin.
La réceptionniste consulta rapidement son ordinateur puis me sourit à nouveau.
— Oui, mademoiselle Rose. Monsieur Terry vous attend au vingt-cinquième étage.
— Merci beaucoup.
J’entrai dans l’ascenseur.
À mesure que les chiffres défilaient, mon cœur battait de plus en plus fort.
Lorsque les portes s’ouvrirent, une jeune femme blonde s’approcha immédiatement.
— Bonjour. Je suis Olivia Carter, l’assistante exécutive de monsieur Terry.
Elle me tendit la main.
— Enchantée de faire votre connaissance.
— Le plaisir est pour moi.
Son sourire chaleureux réussit à calmer légèrement mes nerfs.
— Suivez-moi, s’il vous plaît.
Je la suivis dans le couloir.
Il était spacieux, lumineux et parfaitement entretenu.
Les employés passaient d’un bureau à l’autre, entièrement concentrés sur leur travail. On n’entendait que le bruit des claviers et quelques conversations à voix basse.
Tout respirait le professionnalisme.
Finalement, Olivia s’arrêta devant une imposante porte en bois noir.
Elle tourna légèrement la tête vers moi.
— Monsieur Terry va vous recevoir maintenant.
Je m’essuyai discrètement les mains moites sur mon pantalon.
— Merci.
Olivia frappa deux fois.
À l’instant même, une voix grave répondit de l’autre côté.
— Entrez.
Elle ouvrit la porte et se décala pour me laisser passer.
J’entrai dans le bureau.
Il était immense.
Une grande baie vitrée offrait une vue spectaculaire sur toute la ville.
Le mobilier était moderne, élégant et sobre.
Derrière un large bureau en bois sombre se trouvait un homme vêtu d’un costume noir impeccable.
Il consultait des documents avec une concentration absolue.
Sans lever les yeux, il indiqua le fauteuil devant lui.
— Asseyez-vous.
Sa voix était calme, profonde… et intimidante.
Je m’assis sans dire un mot.
Quelques secondes plus tard, il referma le dossier et leva enfin les yeux.
Nos regards se croisèrent.
Je restai figée.
L’homme face à moi dégageait une assurance naturelle.
Son visage était sérieux, presque impassible. Ses yeux sombres semblaient analyser chaque détail sans jamais révéler ce qu’il pensait.
Il n’avait pas besoin d’élever la voix pour imposer le respect.
Il prit mon curriculum vitae.
— Marie Rose.
— Oui, monsieur.
Il hocha légèrement la tête.
— Votre profil est intéressant.
— Merci.
Il continua de lire sans ajouter un mot.
Le silence reprit possession du bureau.
Je pouvais entendre les battements de mon propre cœur.
Finalement, il posa le dossier sur son bureau.
— Dites-moi… pourquoi souhaitez-vous quitter votre ancien travail ?
Je baissai instinctivement les yeux.
Il était impossible de lui raconter ce qui s’était passé la veille.
Je pris une inspiration calme.
— J’ai simplement besoin de recommencer à zéro.
Il ne répondit pas immédiatement.
Je sentais son regard posé sur moi.
Comme s’il cherchait à découvrir tout ce que mes paroles cachaient.
Après quelques secondes, il referma doucement le dossier.
— J’apprécie les personnes sincères.
Je ressentis un nœud dans mon ventre.
Avait-il compris que je lui cachais quelque chose ?
J’ouvris la bouche pour répondre, mais quelqu’un frappa à la porte.
Sans attendre l’autorisation, un jeune homme entra directement dans le bureau.
— Oncle Clark…
Je reconnus cette voix dès qu’elle résonna dans la pièce.
Mon cœur s’arrêta pendant un instant.
Julien.
Il resta immobile dès qu’il me vit assise face à son oncle.
Son expression changea immédiatement.
— Marie Rose… qu’est-ce que tu fais ici ?
Je restai sans voix.
Puis je tournai lentement la tête vers l’homme assis derrière le bureau.
Clark Terry.
Alors c’était lui.
L’oncle de Julien.
Clark regarda tour à tour son neveu et moi.
Il plissa légèrement les yeux, comme s’il venait de comprendre qu’il existait un lien entre nous.
Le silence qui envahit le bureau était lourd.
Et, sans savoir pourquoi, j’eus la sensation que cette rencontre était sur le point de changer ma vie pour toujours.
Six mois plus tardLe jardin du domaine Terry avait complètement changé d'apparence.Des fleurs blanches longeaient l'allée principale, tandis que de petites guirlandes lumineuses étaient accrochées aux branches des arbres. Leurs reflets éclairaient doucement la terrasse et donnaient au domaine un charme particulier. Au milieu du jardin, une grande arche recouverte de roses blanches attendait les futurs mariés.Dans l'une des chambres, Marie se tenait devant le miroir.Elle lissa sa robe du bout des doigts, ajusta légèrement le tissu au niveau de sa taille, puis releva les yeux vers son reflet. Elle aurait dû être entièrement concentrée sur les derniers préparatifs, mais ses pensées allaient dans tous les sens.Sa robe était élégante, sans être trop chargée. Elle avait tenu à ce que tout reste simple. Après les épreuves qu'elle avait traversées, elle n'avait aucune envie d'organiser une cérémonie destinée à impressionner les invités. Elle voulait simplement célébrer son amour, entouré
Trois mois plus tard Le printemps avait repris ses droits sur la ville. Les arbres s'étaient couverts de nouvelles feuilles, les terrasses des cafés accueillaient de nouveau les clients et les rues avaient retrouvé leur agitation habituelle. Peu à peu, les habitants reprenaient leurs habitudes, comme si les derniers mois n'avaient été qu'une mauvaise période à oublier. Pour la première fois depuis des années, la vie autour de Terry Group semblait presque normale. Presque. Car, au dernier étage du bâtiment, les changements étaient bien plus profonds. L'ancien bureau de Clark avait été entièrement réaménagé. Les écrans de surveillance avaient disparu, tout comme les accès secrets qui permettaient autrefois de circuler dans les locaux à l'insu des autres. Les dossiers concernant Orion avaient été transférés dans une salle sécurisée, dont l'accès était désormais strictement réservé aux personnes autorisées. Sur la porte, une nouvelle plaque venait d'être installée. FONDATION AURO
Marie relut la lettre. Une fois. Puis une deuxième. Et encore une troisième fois. Les mots ne changeaient pas. « Lorsque tout sera terminé, vous devrez enfin connaître la vérité sur le premier jour où Aurora vous a vus. » Elle resta quelques secondes sans bouger, la lettre entre les mains. Puis elle leva lentement les yeux vers Clark. — Ma mère savait. Clark prit doucement la lettre. Il parcourut les quelques lignes avant de répondre. — Oui. Julien, lui, ne disait rien. Il semblait perdu dans ses pensées, les bras croisés sur sa poitrine. Au bout d'un moment, il demanda : — Mais pourquoi nous trois ? Marie secoua la tête. — Je ne sais pas. Elle retourna la feuille. Rien. Pas un mot supplémentaire. Aucune adresse. Aucun nom. Pas même une petite indication qui aurait pu les mettre sur une piste. Puis Clark se pencha légèrement. — Attends. Il attrapa la petite photographie posée près de la lettre. — Regarde derrière. Marie fronça les sourcils et se rapprocha.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis la fermeture d'Éden. Pour la première fois depuis des mois, Marie s'était réveillée sans être tirée du sommeil par une alarme. Elle n'avait entendu aucune voix dans sa tête, reçu aucun message d'Aurora et n'avait pas eu à se demander quelle porte risquait de s'ouvrir ni quel danger pouvait surgir au détour d'un couloir. Rien de tout cela. Seulement la pluie qui tombait doucement contre les fenêtres. Elle resta un moment sur le dos, les yeux fixés au plafond, à écouter ce bruit régulier. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'elle n'avait aucune raison de se lever en catastrophe. C'était presque déstabilisant. Pendant si longtemps, chaque journée avait été une lutte. Elle avait appris à se méfier des silences, à chercher les menaces derrière les portes fermées et à se préparer au pire avant même de savoir ce qui l'attendait. Maintenant que tout semblait enfin calme, elle ne savait plus très bien quoi faire de cette tranquillité.
Personne ne parla pendant plusieurs secondes.Le message était toujours affiché sur l'écran.« Êtes-vous prêts à découvrir pourquoi vous vous êtes retrouvés ? »Marie regarda Julien.Puis Clark.Une vieille peur lui serra soudain la poitrine.Cette impression familière d'être devant une porte qu'elle n'était pas certaine de vouloir ouvrir.Elle avala difficilement.— Non, murmura-t-elle.Clark tourna la tête vers elle.— Non ?Marie ne quitta pas l'écran des yeux.— Je ne veux pas qu'Aurora recommence à nous entraîner quelque part.Julien hocha lentement la tête.— Je suis d'accord.Clark s'approcha de l'ordinateur.— Alors on ne bouge pas.Il posa ses doigts sur le clavier.— Aurora.L'écran s'éclaira presque aussitôt.— Je vous écoute.Clark fixa les mots qui venaient d'apparaître.— Tu nous as demandé si nous étions prêts.— Oui.— Et si nous répondons non ?Cette fois, Aurora ne répondit pas immédiatement.Un court silence s'installa.Puis les mots apparurent.— Alors je fermerai
Le soleil était déjà levé depuis presque une heure lorsque Marie ouvrit les yeux.Elle mit quelques secondes à comprendre où elle se trouvait.Assise à l'arrière de la voiture, elle avait la tête appuyée contre la vitre. La lumière du matin passait par moments entre les arbres, éclairant brièvement les visages autour d'elle.Personne ne parlait vraiment.Certains dormaient encore, la tête contre leur siège. D'autres regardaient simplement le paysage défiler derrière les vitres.Après ce qu'ils venaient de traverser, les mots semblaient manquer à tout le monde.Marie tourna lentement la tête.Clark était assis juste à côté d'elle.Ses yeux étaient fermés, mais elle savait qu'il ne dormait pas.Elle l'observa quelques secondes.Une petite coupure marquait toujours sa joue.Sans réfléchir, Marie leva la main et effleura doucement sa peau.Les yeux de Clark s'ouvrirent.— Tu me regardes depuis longtemps ?Marie retira aussitôt sa main.— Non.Le coin de ses lèvres se souleva.— Menteuse.







