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Chapitre 4

last update publish date: 2026-07-27 06:13:19

Un lourd silence s’installa dans le bureau.

Julien me regardait comme si j’étais la dernière personne qu’il s’attendait à trouver ici. Il avait les sourcils froncés et la confusion se lisait clairement sur son visage.

— Marie Rose… qu’est-ce que tu fais ici ?

Je pris une profonde inspiration pour garder mon calme.

Ce n’était ni le moment ni l’endroit pour perdre le contrôle.

— Je suis venue pour un entretien d’embauche.

Un rire sans joie lui échappa.

— Un entretien ? Chez Terry Group ?

Je le regardai droit dans les yeux.

— Oui.

Il secoua la tête tandis qu’un sourire moqueur apparaissait sur ses lèvres.

— Ne me dis pas que maintenant, tu me suis.

Ses paroles me transpercèrent le cœur, mais je refusai de lui montrer qu’il pouvait encore me blesser.

Je redressai les épaules.

— Tu t’imagines des choses. Je ne savais même pas que tu travaillais ici.

Avant que Julien puisse répondre, Clark posa calmement son stylo sur le bureau.

Le léger bruit du métal contre le bois suffit à attirer notre attention.

— Julien.

Sa voix était calme, mais ferme.

Julien se tourna immédiatement vers lui.

— Oui, oncle Clark ?

Clark l’observa quelques secondes avant de parler.

— Tu interromps un entretien.

Julien baissa légèrement les yeux.

— Je… je ne le savais pas.

— Maintenant que tu le sais, tu pourras revenir plus tard.

Son ton était poli, mais ne laissait aucune place à la discussion.

Julien resta immobile pendant quelques instants.

Son regard allait de moi à son oncle, comme s’il essayait de comprendre ce qui était en train de se passer.

Je pouvais imaginer toutes les questions qui traversaient son esprit.

Finalement, il serra la mâchoire.

— D’accord.

Il fit quelques pas vers la porte, mais s’arrêta juste devant moi.

— Marie Rose, nous devons parler.

Je croisai les bras.

— Je n’ai rien à te dire.

Son expression se durcit.

Pendant un instant, je pensai qu’il allait insister.

Mais il se contenta de me lancer un dernier regard avant de quitter le bureau, refermant doucement la porte derrière lui.

Le silence reprit possession de la pièce.

Je baissai les yeux, légèrement mal à l’aise.

— Je suis désolée… Je ne pensais pas que cela allait arriver.

Clark ne répondit pas immédiatement.

Il resta assis, les doigts entrelacés sur son bureau.

Puis il demanda calmement :

— Vous connaissez mon neveu ?

Je relevai lentement la tête.

Il n’avait plus aucun sens de cacher la vérité.

— Oui.

— Depuis longtemps ?

Je me passai discrètement la langue sur les lèvres.

— Nous avons été ensemble pendant trois ans.

Son expression ne changea pas.

Il n’y eut ni surprise.

Ni jugement.

Il hocha simplement la tête.

— Je comprends.

Il ne chercha pas à en savoir davantage.

Sa réaction me surprit.

À sa place, la plupart des gens auraient posé des dizaines de questions.

Lui, non.

Il reprit simplement mon dossier.

— Vos références sont excellentes.

Je clignai des yeux.

Je m’attendais presque à ce qu’il mette fin à l’entretien après ce qui venait de se passer.

Pourtant, il continua comme si rien n’avait eu lieu.

— Vous avez travaillé deux ans en tant qu’assistante administrative.

— Oui, monsieur.

— Qu’est-ce qui vous attire dans ce poste ?

Je réfléchis quelques secondes avant de répondre.

— J’aime que les choses soient bien organisées. Je suis une personne disciplinée et j’apprends rapidement. Même sous pression, je donne toujours le meilleur de moi-même.

Il m’observa pendant quelques instants.

— Ici, la pression fait partie du quotidien.

Un léger sourire apparut sur mon visage.

— Cela ne me fait pas peur.

Pendant une fraction de seconde, il me sembla voir ses traits s’adoucir.

Ce fut presque imperceptible.

Un léger mouvement au coin de ses lèvres.

Mais cela suffit à rendre son expression moins froide.

Il referma lentement mon dossier.

— Très bien.

Mon cœur commença à battre plus vite.

Clark se leva.

À cet instant, je compris pourquoi tout le monde semblait le respecter autant.

Sa simple présence imposait l’autorité.

Sans avoir besoin d’élever la voix, il réussissait à faire régner le silence autour de lui.

Il contourna le bureau et s’arrêta devant l’immense baie vitrée qui dominait la ville.

Les mains dans les poches, il contempla les immeubles pendant quelques secondes avant de se tourner vers moi.

— Mademoiselle Rose.

Je me levai également.

— Oui, monsieur ?

Il soutint mon regard.

— Le poste est à vous.

Je restai paralysée.

J’étais persuadée d’avoir mal entendu.

— Pardon ?

— Vous êtes engagée.

Je le regardai, incapable de cacher ma surprise.

— Vous… vous êtes sérieux ?

Son expression resta impassible.

— Je ne plaisante jamais lorsqu’il s’agit de mon entreprise.

Un immense sentiment de soulagement m’envahit.

J’avais envie de sourire, de pleurer… peut-être même de rire.

— Merci… Merci beaucoup, monsieur Terry.

Il inclina légèrement la tête.

— Olivia vous expliquera vos nouvelles fonctions. Vous commencerez lundi à huit heures du matin.

— Je serai là avant l’heure.

— Je n’en doute pas.

Je récupérai mon sac.

Lorsque j’arrivai à la porte, je me retournai une dernière fois.

— Merci de m’avoir donné cette chance.

Clark leva les yeux vers moi.

— Il ne s’agit pas de vous donner une chance.

Je le regardai sans comprendre.

Il poursuivit avec son calme habituel.

— Vous avez obtenu ce poste grâce à vos compétences. Rien d’autre.

Ses paroles me touchèrent bien plus que je ne voulais l’admettre.

Je lui adressai un sourire sincère.

— Je ne vous décevrai pas.

Puis je quittai son bureau.

À peine la porte refermée, Olivia s’approcha de moi avec curiosité.

— Alors… comment ça s’est passé ?

Je laissai échapper un petit rire, encore sous le choc.

— Je crois… qu’on vient de m’embaucher.

Le visage d’Olivia s’illumina.

— Félicitations ! Bienvenue chez Terry Group.

Elle me serra la main avec enthousiasme.

Je la remerciai avec un sourire.

Alors que nous commencions à marcher dans le couloir, je sentis que quelqu’un nous observait.

Je tournai lentement la tête.

À quelques mètres de là, appuyé contre le mur, les bras croisés sur la poitrine, Julien était toujours présent.

Il n’avait pas bougé.

Il me fixait intensément.

Ses yeux sombres ne quittaient pas les miens une seule seconde.

Il ne semblait pas prêt à partir.

Et quelque chose me disait que je n’allais plus pouvoir éviter la conversation qu’il exigeait depuis si longtemps.

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