Home / Romance / L’ultime vengeance / CHAPITRE 3 — La comparaison

Share

CHAPITRE 3 — La comparaison

Author: L'encre
last update publish date: 2026-09-28 14:12:25

Le restaurant était un écrin de velours sombre et de lumières tamisées, caché au fond d’une ruelle parisienne. Une adresse confidentielle où le silence régnait. Adrian avait tout orchestré avec cette même précision troublante.

Assise face à lui, Nina se sentait flotter. Il l’écoutait parler de la danse avec une attention si totale, si dévorante, qu’elle avait l’impression d’être la seule femme sur terre. Mais sous l’assurance glacée de son costume impeccable, elle percevait une fêlure. Un voile de tristesse qui assombrissait par instants son regard noir.

Elle posa son verre de vin sur la nappe immaculée, incapable de retenir la question qui lui brûlait les lèvres.

— Vous semblez porter un poids, Adrian. Même quand vous souriez.

Il se figea. Le silence s’étira entre eux, lourd, électrique. Puis, il baissa les yeux vers ses mains croisées sur la table. Un soupir imperceptible lui échappa, l’effondrement calculé d’une forteresse.

— Vous avez un don pour lire les gens, Nina. Ou peut-être que je suis juste incapable de vous mentir.

Il releva les yeux. Ils étaient brillants, chargés d’une vulnérabilité qui frappa Nina en plein cœur.

— C’est une femme, murmura-t-il, la voix soudain rauque. Camille.

Le prénom tomba entre eux comme une sentence. Adrian détourna le regard, la mâchoire contractée, jouant la partition de l’homme brisé à la perfection.

— J’ai tout donné pour elle. Mon temps, mon âme, mon énergie. Mais certaines personnes sont comme des trous noirs, Nina. Elles absorbent votre lumière jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Elle m’a détruit. Elle a vidé ma vie de toute joie, de tout sens. Aujourd’hui, je ne suis plus qu’une coquille vide qui essaie de réapprendre à respirer.

Le cœur de Nina se serra à s’en faire mal. Sa nature profonde, cette empathie instinctive qui guidait chacun de ses pas, prenait le dessus. Elle ne voyait plus l’homme puissant et intimidant de l’Opéra. Elle voyait un être blessé, laissé pour compte, un homme qui appelait à l’aide dans un silence assourdissant.

Sans réfléchir, elle avança sa main sur la table et effleura la sienne. La peau d’Adrian frémit sous son contact.

— Vous n’êtes pas vide, dit-elle doucement, plongeant son regard dans le sien. On peut toujours se reconstruire. Il suffit parfois d’une seule étincelle pour rallumer la lumière.

Adrian retourna sa main pour enlacer ses doigts. Sa poigne était chaude, possessive. Un sourire ténu, presque douloureux, étira ses lèvres.

— Peut-être que cette étincelle, c’est vous.

Nina frissonna. Une chaleur nouvelle l’envahit. Elle ferait tout pour effacer la douleur de cet homme. Elle le sauverait. Elle en faisait le serment intime.

À quelques kilomètres de là, dans le petit appartement qu’elle partageait avec sa sœur, Inès ne dormait pas.

La faible lueur bleutée de son ordinateur portable éclairait son visage fatigué. Elle avait fouillé frénétiquement dans ses anciens mails, remontant les mois jusqu’à retrouver les archives de l’agence d’événementiel pour laquelle elle travaillait l’année précédente.

Gala de charité du 14 novembre. Liste des invités. Photos officielles.

Elle cliqua sur la galerie. Son index martelait la souris, faisant défiler les visages souriants de la haute société. Puis, son souffle se coupa.

Il était là.

Adrian. Impeccable, glacial, le bras possessivement enroulé autour de la taille d’une femme blonde à la beauté spectaculaire, mais dont le regard semblait éteint, noyé dans un abîme de résignation. Exactement comme dans son souvenir.

Inès sentit une sueur froide perler dans son cou. Ses doigts tremblants zoomèrent sur la légende de la photo, écrite en petites lettres noires au bas de l’écran.

Elle s’attendait à lire "Adrian et son ex-compagne". Elle espérait lire "Adrian et son ancienne partenaire".

Ses yeux parcoururent les mots. Son sang se figea.

Le puissant homme d’affaires Adrian de Villiers, accompagné de son épouse, Camille.

Inès ouvrit un nouvel onglet, tapant les deux noms avec frénésie. Les articles s’affichèrent. Des interviews récentes. Des apparitions publiques datant du mois dernier. Aucune mention de divorce. Aucune procédure en cours.

Camille n’était pas son passé. Elle était son présent. Il était marié.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • L’ultime vengeance   CHAPITRE 30 — L’enlèvement

    Le monde autour de Nina s’effondra dans un fracas silencieux. Les bips saccadés des moniteurs débranchés résonnaient dans la chambre vide comme les battements d’un cœur agonisant. Marc se précipita hors de la pièce, sa voix résonnant dans le couloir alors qu’il hurlait après le service de sécurité et la police du commissariat, mais Nina, elle, restait clouée au sol, incapable de détacher ses yeux du lit froissé.Sa sœur, encore convalescente, perfusée et incapable de se défendre, venait d’être arrachée à son sanctuaire.Soudain, le téléphone de Nina vibra dans sa poche. Une secousse brève, lourde de menace.Les doigts engourdis par l’effroi, elle extirpa l’appareil. L’écran affichait un fichier vidéo reçu depuis une adresse IP introuvable, envoyé via une messagerie cryptée. Le cœur de Nina manqua un battement. Elle appuya sur l’écran.L’image s’illumina, instable.La séquence s’ouvrait sur une pièce en béton brut, sombre et humide, éclairée par le néon verdâtre d’un tube suspendu. Au

  • L’ultime vengeance   CHAPITRE 29 — La fuite de Camille

    Dans la pénombre d’un parking souterrain du 15e arrondissement, le moteur d’une berline noire tournait au ralenti. Assise au volant, Camille fixa son reflet dans le rétroviseur central. D’un geste sec et méthodique, elle enfila une perruque brune, masquant sa chevelure blonde emblématique, puis ajusta une paire de lunettes de soleil teintées. Sur le siège passager reposaient un sac de voyage garni de liasse de billets non traçables et un passeport canadien sous le nom de Chantal Mercier.Contrairement à Adrian, aveuglé par son narcissisme et son sentiment d’impunité, Camille était une pragmatique. Elle avait compris dès la minute où le dictaphone avait clignoté que le règne était terminé. Adrian n’était plus qu’un poids mort, un pion sacrifié sur l’échiquier. Mais Camille refusait de croupir dans une cellule pour les erreurs de son ancien amant.Son téléphone prépayé vibra sur le tableau de bord. Elle décrocha, la voix glaciale.— Tout est prêt ? demanda-t-elle.— L’ambulance privée a

  • L’ultime vengeance   CHAPITRE 28 — L’arrestation

    Le bip sonore du téléphone scella le destin d’Adrian. Le transfert était accompli. L’enregistrement circulait déjà dans les réseaux sécurisés de la préfecture et sur les terminaux de la rédaction de Sarah Leroy.Adrian resta figé, la main suspendue dans le vide, la bouche entrouverte. La terreur pure qui se lisait dans ses yeux n’avait rien à envier à celle qu’il avait infligée à ses victimes pendant des années. Pour la première fois de sa vie, le vernis du puissant homme d’affaires s’était totalement effondré, révélant un homme traqué, démasqué, balayé par sa propre hybris.Moins de dix minutes plus tard, le hurlement strident des sirènes déchira le calme matinal du quartier des affaires.Le bruit de dizaines de pas précipités résonna dans le couloir du dernier étage. La porte vitrée du bureau panoramique fut projetée en arrière avec une violence inouïe. Les hommes de la Brigade Criminelle, armes au poing, fendant l’air de leurs ordres cinglants, envahirent le sanctuaire.— Police !

  • L’ultime vengeance   CHAPITRE 27 — L’enregistrement

    Le point rouge clignotait, impitoyable, rythmant les secondes qui scellaient la fin du règne d’Adrian de Villiers.Pendant une fraction de seconde, le silence fut si absolu dans le bureau qu’on aurait pu entendre le mécanisme du dictaphone enregistrer le moindre souffle. Le masque de marbre d’Adrian ne s’était pas seulement fissuré ; il venait d’exploser en mille morceaux. La panique, une panique brute, animale, défigura ses traits d’ordinaire si parfaits.— Donne-moi ça ! rugit-il en se jetant en avant, le bras tendu pour lui arracher l’appareil.Mais Nina n’était plus la proie terrifiée des cinq dernières années. S’appuyant sur les réflexes et l’agilité de ses années de danseuse étoile, elle esquiva son assaut d’un pas de côté gracieux et précis. Adrian heurta le rebord de son propre bureau, faisant voler en éclats son verre de cristal sur le sol.— C’est trop tard, Adrian, dit-elle, sa voix tranchante comme un scalpel. Tes menaces, tes aveux pour ma sœur, tes déclarations sur Élise

  • L’ultime vengeance   CHAPITRE 26 — La confrontation

    La clé magnétique s’enfonça dans la fente du lecteur privé de l’ascenseur. Le voyant passa au vert dans un bip sonore discret. Adrian n’avait pas encore eu le temps de faire révoquer ses accès secrets à la suite panoramique de la fondation, trop convaincu que sa victime tremblait dans un coin, traquée et terrifiée.Les portes coulissèrent sans un bruit sur le sol moquetté du dernier étage.Dans l’immense bureau baigné par les premières lueurs blafardes de l’aube parisienne, Adrian était debout devant la baie vitrée, un verre de cristal à la main. Il se retourna lentement, agacé par l’intrusion. Lorsqu’il reconnut la silhouette qui se tenait à l’entrée de son sanctuaire, son regard trahit une brève étincelle de stupeur, rapidement balayée par une condescendance absolue.— Nina... murmura-t-il en esquissant un sourire amusé. Regarde-toi. Tu as l’air d’un fantôme.Elle s’avança d’un pas ferme, les mains plongées dans les poches de son manteau noir. Son visage était un masque de pierre, m

  • L’ultime vengeance   CHAPITRE 25 — La rage

    L’eau tiède coulait sur ses mains, emportant les dernières traces du sang d’Inès. Nina regardait le liquide rosé s’engouffrer dans la bonde de l’évier en inox. Pas une seule larme ne vint troubler son regard. Les larmes appartenaient à la femme qu’elle avait été, à cette victime fragile et tremblante qu’Adrian avait méthodiquement façonnée pendant cinq ans.Ces larmes s’étaient toutes évaporées, consumées par un brasier intérieur d’une violence inouïe. Ce qui coulait désormais dans ses veines n’était plus de la peur, mais une rage pure, décapante, d’une clarté effrayante.Elle essuya ses mains avec une serviette en papier, le geste sec, d’une précision chirurgicale. En se redressant, elle fixa son reflet. La pâleur maladive était toujours là, mais ses yeux noirs brillaient d’une lueur sombre, venimeuse. Le monstre pensait l’avoir brisée en s’attaquant à sa sœur. Il venait d’allumer le seul incendie qu’il ne pourrait jamais éteindre.La porte des toilettes s’ouvrit brutalement. Marc ap

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status