LOGINMon mari me trompe avec ma meilleure amie. C’est Gabriel, son mari, qui me l’annonce. Je refuse de le croire. Alors il me propose de découvrir la vérité par moi-même. J’aurais dû partir après les avoir vus. À la place, je passe la nuit sous le même toit que l’homme qu’Inès n’a jamais cessé de rabaisser. Au matin, je lui fais une proposition qui pourrait détruire nos deux mariages.
View MoreNoémie
— Adrien te trompe avec ma femme.
Je regarde Gabriel, attendant la suite. Une explication, quelque chose qui donnerait un autre sens à sa phrase.
Ce matin, sa femme, ma meuilleure amie Inès m’a envoyé la photo d’une robe en me demandant mon avis. J’ai répondu assise face à Adrien, pendant notre petit déjeuner. Ils ne peuvent pas avoir fait ça. Pas tous les deux.
— Tu te trompes.
Gabriel et moi, nous ne nous sommes jamais retrouvés seuls auparavant ; aux rares dîners où il accompagne Inès, il parle peu. Je ne sais presque rien de lui que ce qu’elle m’en raconte.
Depuis des mois, elle se plaint de son salaire, de son manque d’ambition, des questions qu’il pose quand elle rentre tard. J’ai parfois essayé de le défendre. Elle m’a répondu que, mariée à Adrien, j’étais mal placée pour comprendre.
En face de moi, Gabriel attend. Il est beau, avec ses yeux clairs et ses cheveux sombres, une chemise ouverte au col qui lui va bien. Je comprends qu’Inès ait craqué pour lui. Ce qu’elle dit de leur mariage me revient pourtant davantage que les quelques conversations que j’ai eues avec lui.
— Vous vous êtes disputés ? C’est pour ça que tu m’as demandé de venir ?
— Je t’ai demandé de venir parce que je les ai vus ensemble.
— Elle vient chez nous depuis des années. Évidemment que tu peux les voir ensemble.
Inès dormait dans mon lit à douze ans. Elle était près de moi quand j’ai choisi ma robe de mariée. Elle connaît Adrien parce qu’elle est ma meilleure amie.
Je prends mon sac.
— Je suis désolée si ça va mal entre vous. Mais laisse mon mari en dehors de ça.
— Ça dure depuis six mois, Noémie.
Je m’arrête.
Depuis le printemps, Inès passe presque chaque semaine. Elle apporte du vin et reste dîner. Quand Adrien n’est pas rentré, elle demande à quelle heure il arrive. Un soir où il était absent, elle est repartie presque aussitôt : elle avait oublié un rendez-vous.
Je serre la lanière de mon sac.
Six mois. C’est aussi le temps écoulé depuis la dernière fois qu’Adrien m’a fait l’amour. D’abord un déplacement, puis des journées interminables, la fatigue. Il m’embrasse toujours, me prend contre lui. Mais dès que je cherche davantage, il est épuisé.
J’ai fini par attendre qu’il vienne vers moi.
Gabriel pose son téléphone devant moi.
Sur la photo, Adrien est assis dans une banquette. Inès se tient contre lui, une main sur son avant-bras, le visage tourné vers son oreille. Je reconnais sa robe. Elle l’a essayée dans notre chambre, devant mon miroir.
— Jeudi dernier. Dans un club privé, à Nice.
— Adrien était à Lyon.
Il m’a appelée depuis sa chambre. Je revois les oreillers derrière lui, sa chemise déboutonnée au col. Nous avons parlé du dîner qu’il venait de commander.
Je rapproche l’écran. Ils ne s’embrassent pas. Inès pourrait simplement lui parler, et lui se pencher parce qu’il entend mal.
— Il m’appelle tous les soirs quand il part. En vidéo.
Gabriel me laisse regarder encore. Je lui rends son téléphone, gênée de défendre mon mari devant lui, furieuse d’avoir à le faire.
— Demain, reprend-il, Adrien part pour quatre jours.
Je relève les yeux.
— Il a réservé l’aile est du domaine des Amandiers. Inès va le rejoindre.
Adrien m’a confirmé les dates hier soir. Quatre jours pour terminer un contrat. Inès, elle, doit aller voir sa mère.
Je sors mon téléphone, ouvre notre conversation. Sa dernière réponse est un cœur. Je pourrais l’appeler maintenant, lui demander de m’expliquer cette photo. Mais je n’arrive pas à toucher son prénom.
— Viens avec moi demain, dit Gabriel. Tu verras par toi-même.
— Et si tu te trompes ?
— On repartira.
Je repose mon téléphone. J’imagine Adrien dans cet hôtel, penché sur un dossier, levant les yeux en me voyant arriver avec Gabriel. La honte que j’aurais.
Puis je regarde de nouveau l’appareil où se trouve la photo.
— D’accord.
* * *
Adrien rentre avec des fleurs.
— Pour ma femme préférée.
Il sourit en me tendant les renoncules blanches. D’habitude, je lui réponds que j’espère être la seule. Ce soir, je pose le bouquet et m’accroche à sa veste pour l’embrasser.
Il me serre contre lui.
— Ça va, mon amour ?
Je hoche la tête. Son parfum, sa main dans mon dos, tout est familier. Je voudrais rester là jusqu’à oublier la photo.
Au dîner, je l’écoute raconter sa journée. Il s’interrompt pour me demander pourquoi je ne mange pas, puis prend ma main.
Je cherche une hésitation, quelque chose dans son visage. Il reprend simplement sa fourchette et me demande ce que j’ai prévu pendant son absence.
Je réponds que je ne sais pas encore.
Plus tard, je le rejoins dans la chambre pendant qu’il p
NoémieGabriel me regarde, puis sourit.— Je t'écoute.Je tourne la tête vers la maison. Une silhouette se tient derrière le rideau du salon. Un homme, je crois. Je ne distingue pas son visage, mais j'ai trop souvent vu Adrien attendre près de cette fenêtre pour ne pas penser à lui.Il regarde peut-être la voiture. Les vitres nous cachent ; il ne peut pas savoir qui est au volant, ni pourquoi je tarde à descendre.Je reviens vers Gabriel. Il a suivi mon regard, mais il m'attend.— Regarde-moi, je lui murmure.Je me rapproche pour l'embrasser, puis lui offre le cadeau que je viens de lui promettre. Je voulais garder un instant de plus avec lui avant de rentrer. Maintenant que je le vois se laisser aller contre le siège, je n'ai aucune envie de m'arrêter à un au revoir poli.NOTE ÉDITORIALE — Le passage intime dans la voiture est rendu ici sans description explicite. Écart de chaleur avec le matériau source. La scène se poursuit avant le retour à la maison.Quand je me redresse, il gard
NoémieDeux semaines me paraissent déjà longues.— D'accord, je dis. Ça me va.— On retourne à l'hôtel. Tu te changes, puis je t'emmène où tu veux.— Chez moi. Il faut que je rentre retrouver Adrien.Sa bouche se ferme. Il détourne brièvement les yeux avant de se lever.Je reste assise une seconde de plus. Je voudrais savoir si c'est le prénom d'Adrien qui l'a fait réagir. Mais il va chercher les contrats signés et me les tend ; je les range sans lui poser la question.Sparrow nous attend dans le salon.Il dépasse Gabriel de plusieurs centimètres. Ses tatouages disparaissent sous ses manches, ses yeux passent sur moi avant de revenir vers lui. Il ne dit rien, mais son regard s'attarde assez pour que je resserre les doigts sur mon sac.— Surpris ? lui demande Gabriel.Sparrow ne répond pas.— Il se demande pourquoi la femme avec moi n'est pas mon épouse, m'explique Gabriel.Je ne trouve rien à dire. Il se tourne de nouveau vers Sparrow.— C'est la personne la plus importante de ma vie.
NoémieAdrien a écrit entre deux appels.« Mon amour, où es-tu ? Je m'inquiète. »« Appelle-moi dès que tu vois ce message. »Je descends jusqu'au suivant.« Tu me manques. Je t'aime tellement. Dis-moi au moins que tu vas bien. »Il m'aurait suffi de lire cela il y a quelques jours pour me sentir rassurée. Aujourd'hui, je voudrais qu'il arrête de remplir mon écran. Je pose le téléphone sur le lit, puis le reprends pour appeler ma mère.Elle décroche presque aussitôt.— Enfin ! Ma fille passe à la télévision et il faut prendre rendez-vous pour lui parler ?Sa voix me fait sourire. Je m'assieds plus confortablement, le téléphone serré contre l'oreille.— Bonjour, maman.— Ton père a montré la vidéo à tout le monde. Je lui ai dit qu'ils l'avaient probablement déjà vue, mais tu le connais.Je ferme les yeux. Mon père penché sur son écran, ma mère qui proteste tout en restant à côté pour écouter encore.— Vous avez vu l'annonce, alors.— On est fiers de toi, Noémie. Tu as travaillé pour ça
NoémieUne autre balle frappe dehors. Je me plaque contre le mur, à côté de Gabriel, les mains toujours sur son bras.— Pourquoi ? Pourquoi quelqu'un voudrait te tuer ?Il écoute ce qui se passe derrière la porte. Du sang me colle à la paume. Je n'ose pas retirer ma main pour regarder.— Gabriel.— C'est long à expliquer.Un nouveau coup me fait rentrer la tête dans les épaules.— Alors dis-moi ce qu'on fait.Il se tourne vers moi.— Tu me suis.Il se relève et me prend par la main. Je reste assez près pour manquer de heurter son dos lorsqu'il attrape son téléphone sur la table. Nous quittons le salon par le couloir de gauche. Mes pieds glissent sur le sol ; je serre plus fort ses doigts.Au bout du passage, il presse un bouton près d'une porte. La serrure se libère. Il me fait entrer et verrouille derrière nous.Je cherche où me mettre à l'abri. Il y a un lit, une armoire, des lampes de chevet. Une fenêtre donne sur la mer. Je m'en éloigne aussitôt.— La vitre…— Blindée. Comme les m






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