ログインChapitre 76
Ariane
L'invitation arrive un matin de septembre, glissée dans le courrier comme une promesse longtemps attendue. Je la trouve sur mon bureau, au milieu des plans et des croquis, et je la reconnais immédiatement à son enveloppe épaisse, au papier vergé crème, au logo doré du comité d'organisation frappé dans le coin supérieur gauche. C'est une invitation au gala annuel d
Deuxième épilogueArianeNotre fille est née par un matin d’automne, dans une chambre baignée de lumière douce. Gabriel tenait ma main si fort que ses jointures avaient blanchi, et pourtant il souriait, les yeux emplis d’une émotion que je ne lui avais jamais vue. Quand le médecin a déposé ce petit être vagissant sur ma poitrine, j’ai senti mon cœur se fendre et s’agrandir en même temps, comme s’il apprenait soudain une dimension nouvelle.Nous l’avons appelée Rose, parce que c’était le prénom de ma grand-mère, celle qui me racontait des histoires de maisons et de jardins, et parce qu’une rose, c’est à la fois fragile et tenace. Gabriel a prononcé son nom pour la première fois d’une voix brisée, en la prenant dans ses bras avec une maladresse bouleversante.— Elle est parfaite, murmura-t-il, les larmes aux yeux. Elle est tout ce que nous avons espéré.Je le regardais, épuisée et heureuse, et je me disais que cet homme qui avait jadis été incapable de me regarder, qui avait fui toute r
Chapitre 231ÉpilogueArianeNous nous sommes mariés un an plus tard, presque jour pour jour, dans les jardins d’un ancien couvent transformé en lieu d’expositions. C’était un matin de printemps, doux et lumineux, où les glycines croulaient le long des murs de pierre et où l’air sentait le tilleul et la terre fraîche. Nous avions choisi cet endroit parce qu’il nous ressemblait : chargé d’histoire, mais ouvert sur le ciel, entre mémoire et recommencement.Il n’y avait pas foule. Victor, bien sûr, qui me serra longuement dans ses bras avant de me conduire jusqu’à l’autel. Amélie, qui avait pleuré trois fois avant même le début de la cérémonie et qui tenait mon bouquet comme un trésor. Quelques amis proches, des visages choisis, des regards bienveillants. Pas de caméras, pas de protocole, pas de famille Morel au grand complet. Gabriel avait prévenu sa mère qu’elle pouvait venir si elle acceptait de se tenir en retrait, sans un mot blessant. Elle n’était pas venue. Il n’en avait pas souffe
Chapitre 230ArianeQuand la porte se referma derrière Victor et Amélie, le silence retomba dans l’appartement, mais il n’avait plus rien d’inquiétant. C’était un silence habité, chaud, comme une couverture que l’on tire sur soi un soir d’hiver. Gabriel se tenait près de l’entrée, les mains dans les poches, un sourire doux aux lèvres. Il me regardait comme on regarde quelqu’un que l’on n’ose pas encore croire réel.Je m’approchai de lui, lentement, le cœur battant à un rythme nouveau. Chaque pas me rapprochait de cette évidence que nous avions trop longtemps repoussée. Il ne bougea pas, mais ses yeux ne quittaient pas les miens, et j’y lisais une attente paisible, une certitude mêlée de crainte, comme s’il voulait me laisser libre jusqu’au dernier instant.Je m’arrêtai à quelques centimètres. Son parfum me parvint, ce mélange de bois et de lessive fraîche, et je fermai les yeux une seconde, savourant cette proximité retrouvée.— Tu es resté, murmurai-je.— Je reste, répondit-il.Je po
Chapitre 229ArianeNous avions choisi un soir simple, chez moi, sans apparat. Juste Victor et Amélie, les deux personnes qui avaient tenu bon quand je me perdais. Gabriel avait proposé de cuisiner, malgré ses talents encore incertains, et je l'avais laissé faire, amusée par son sérieux. Pendant qu'il s'affairait en cuisine, je dressais la table, le cœur léger, en écoutant le bruit des casseroles et son rire quand quelque chose menaçait de brûler.Victor arriva le premier. Il me serra longuement dans ses bras, avec cette chaleur discrète qui ne le quittait jamais. Puis il jeta un regard vers la cuisine, haussa un sourcil et me sourit.— Alors, c'est donc officiel ? demanda-t-il à voix basse.— Pas encore, répondis-je en souriant. Mais ce soir, oui.Il posa une main sur mon épaule, comme pour me transmettre sa confiance.— Tu as l'air heureuse, Ariane. Vraiment heureuse.— Je le suis.Amélie arriva quelques minutes plus tard, les bras chargés d'une bouteille de vin et d'un bouquet de f
Chapitre 228ArianeNous étions assis sur un banc, face à la rivière, un soir de semaine où la ville semblait s'apaiser. Les lumières des ponts tremblaient dans l'eau sombre, et le vent portait une odeur de terre mouillée, de feuilles anciennes. Gabriel tenait ma main sur son genou, et son pouce traçait des cercles lents sur ma peau, comme pour y écrire quelque chose que les mots ne pouvaient pas dire.Nous n'avions pas parlé depuis de longues minutes. Ce silence-là n'était pas une fuite, mais un repos, une manière d'être ensemble sans avoir à meubler le temps. J'aimais ces instants où nous n'étions plus deux anciens époux, deux blessés du passé, mais simplement un homme et une femme qui se tenaient la main au bord de l'eau.Gabriel finit par tourner la tête vers moi, et je vis dans ses yeux une gravité douce, celle des soirs importants. Il se redressa légèrement, sans lâcher ma main, et prit une inspiration.— Ariane, dit-il d'une voix calme, il y a quelque chose que je veux te dire.
Chapitre 227ArianeNous avions décidé d’aller doucement. Pas par méfiance, non, mais par sagesse. Parce que nous savions tous les deux que ce qui se construisait entre nous était trop précieux pour être brûlé par la hâte. Alors nous avons appris à nous apprivoiser, à nous découvrir, à réapprendre les gestes simples qui tissent un amour.Les premiers jours furent étranges, presque timides. Gabriel m’envoyait des messages le matin, des mots doux mais retenus, comme s’il craignait encore de m’effrayer. Je lui répondais avec un sourire, le cœur léger, et nous nous donnions rendez-vous le soir, souvent pour marcher, parfois pour dîner, jamais pour rester trop tard.Nous ne nous embrassions pas à chaque instant. Nos mains se frôlaient, nos épaules se touchaient, et il y avait dans ces contacts une électricité douce, une promesse en suspens. Un soir, en traversant un pont, il a glissé sa main dans la mienne, et nous avons continué ainsi, silencieux, les doigts entrelacés, comme si ce geste
Chapitre 6ArianeL'enveloppe arrive un matin de novembre, glissée sous la pile de courrier que la gouvernante dépose chaque jour sur le plateau d'argent dans l'entrée. Je la remarque immédiatement parmi les factures et les invitations mondaines. Le papier est épais, crème, et dans le coin supérieu
Chapitre 7GabrielLe restaurant est l'un de ces endroits que ma mère affectionne, un palace discret du centre-ville où les tables sont espacées de plusieurs mètres pour que les conversations restent confidentielles et que les secrets d'affaires ne traversent pas la salle malgré eux. Les murs sont
Chapitre 5ArianeLes premiers jours dans la maison des Morel sont étranges, silencieux, comme si je marchais sur une couche de verre qui menace de se briser à chaque pas. La demeure est immense, bien plus vaste que la maison de mon enfance, et chaque pièce semble conçue pour impressionner plutôt q
Chapitre 4GabrielJe me réveille avant elle. La lumière du petit matin filtre à travers les rideaux de velours, dessinant des raies dorées sur le sol de marbre, et je reste un moment immobile, les yeux fixés sur le baldaquin sculpté qui surplombe le lit. Les bougies ont fini de brûler pendant la n







