LOGINL'epouse qu’il a oubliée d’aimer Résumé Le jour où elle signe les papiers du divorce, Ariane Delcourt ne verse pas une seule larme. Pendant cinq ans, elle a été l’épouse discrète de Gabriel Morel, héritier d’un puissant groupe immobilier. Un mariage arrangé par leurs familles, sans amour ni tendresse. Gabriel n’a jamais caché que son cœur appartenait à une autre femme. Ariane a pourtant tout abandonné pour lui : sa carrière prometteuse d’architecte, ses rêves et même son indépendance. Mais lorsqu’elle découvre que Gabriel prépare son avenir avec son premier amour, elle comprend enfin qu’elle s’est battue pour un homme qui ne l’a jamais choisie. Alors elle disparaît. Quelques mois plus tard, Ariane revient sous les projecteurs à la tête d’un cabinet d’architecture révolutionnaire dont les projets attirent les plus grandes fortunes du pays. La jeune femme timide que Gabriel connaissait n’existe plus. À sa place se trouve une femme élégante, ambitieuse et inaccessible, entourée d’admirateurs et de partenaires influents. Pour la première fois, Gabriel réalise tout ce qu’il a perdu. Mais chaque tentative pour la reconquérir se heurte à un mur de froideur. Jusqu’au soir où, devant des centaines d’invités réunis pour l’inauguration du plus grand projet d’Ariane, Gabriel s’agenouille et avoue : — « J’ai passé des années à croire que je cherchais le bonheur ailleurs. » Ariane soutient son regard sans vaciller. — « Non, Gabriel. Tu l’avais déjà trouvé. Tu étais simplement trop aveugle pour le voir. » Et cette fois, c’est lui qui doit apprendre qu’un cœur brisé ne se répare pas toujours avec des regrets.
View MoreChapitre 1
Ariane
Je me tiens devant le miroir, les doigts légèrement posés sur le rebord de la coiffeuse en marbre blanc veiné de gris, et je regarde cette femme que je ne reconnais pas tout à fait. La robe est magnifique, je dois l'admettre, même si je ne l'ai pas choisie. Un fourreau de soie ivoire qui épouse mes courbes avec une précision presque intimidante, comme s'il avait été cousu directement sur ma peau par des mains invisibles. Des perles minuscules, cousues une à une le long du corsage, forment des motifs de fleurs qui semblent danser et frémir chaque fois que je respire. Le décolleté est sage, juste assez pour suggérer sans dévoiler, et la traîne s'étend derrière moi en un nuage de tulle et de dentelle qui cascade sur le parquet ciré avec une grâce silencieuse.
Mes cheveux blonds, que ma mère a toujours dit être de la couleur du miel à la fin de l'été, sont relevés en un chignon bas, maintenu par des épingles ornées de petits diamants qui scintillent à chaque mouvement de ma tête comme des étoiles prisonnières. Quelques mèches folles s'échappent délibérément le long de mes tempes, encadrant mon visage que la maquilleuse a poudré avec un soin infini. Mes yeux verts, que tout le monde dit être ma plus belle qualité, sont soulignés d'un trait discret qui les fait paraître plus grands, plus intenses, plus profonds. Mes lèvres sont peintes d'un rose pâle qui semble presque naturel, comme si je n'avais rien fait, comme si j'étais née avec cette élégance tranquille.
J'ai vingt-trois ans et je m'apprête à épouser un homme que je connais à peine.
Mes mains tremblent légèrement quand je lisse le tissu sur mes hanches, et je les pose à plat sur le marbre froid pour les calmer. La femme dans le miroir tremble aussi, et je me demande si elle a peur ou si elle est simplement émue. Peut-être les deux. Peut-être aucun des deux. Peut-être que ce qui fait trembler mes doigts, ce n'est ni la peur ni l'émotion, mais cette chose étrange qui flotte dans ma poitrine depuis ce matin, cette sensation de vide qui ressemble à un pressentiment que je refuse d'écouter.
La chambre est baignée d'une lumière douce, celle du matin qui filtre à travers les rideaux de dentelle, et tout est silencieux. Trop silencieux. On n'entend que le tic-tac lointain d'une horloge ancienne dans le couloir, et le froissement de ma robe quand je bouge. L'air sent la rose et la cire d'abeille, une odeur de luxe discret, de maison bien tenue, de traditions qu'on respecte sans les comprendre.
Maman frappe doucement à la porte, trois petits coups légers comme des ailes d'oiseau, et passe la tête dans l'embrasure. Elle est belle, ma mère, même si les années ont creusé des ridules au coin de ses yeux et argenté quelques mèches de ses cheveux bruns. Elle porte une robe lavande, sobre et élégante, et elle a les yeux déjà humides, de ces larmes qui ne coulent pas encore mais qui brillent au bord des cils comme des perles de rosée.
— Tu es magnifique, ma chérie.
Sa voix est douce, un peu étranglée, et elle porte son mouchoir à ses lèvres comme pour retenir un sanglot. Je me tourne vers elle et je souris, mais mon sourire ne monte pas jusqu'à mes yeux. Je le sens qui reste à la surface de mon visage, plaqué là comme un masque de carnaval.
— Merci, maman.
Je ne lui dis pas que j'ai l'impression de me déguiser en quelqu'un d'autre. Je ne lui dis pas que j'ai passé la nuit à fixer le plafond de ma chambre d'enfant, les yeux grands ouverts dans le noir, en me demandant si j'avais le droit de dire non. Si j'avais le droit de me lever, d'enlever cette robe, de défaire ce chignon et de courir loin d'ici. Parce que je n'ai pas ce droit. Dans ma famille, on ne refuse pas une alliance avec les Morel. On ne refuse rien aux Morel, d'ailleurs. Les Morel sont puissants, les Morel sont riches, les Morel sont intouchables, et nous, les Delcourt, nous avons de la chance. C'est ce que mon père répète depuis des mois. De la chance. Quelle chance, exactement, je ne le sais pas encore.
La femme de chambre entre derrière ma mère pour ajuster la traîne, un nuage de tulle et de dentelle qui s'étend derrière moi comme une promesse silencieuse, et elle s'agenouille pour disposer chaque pli avec une précision maniaque. Ses doigts sont rapides, experts, et elle ne me regarde pas. Elle regarde la robe. Tout le monde regarde la robe. Personne ne me regarde moi.
Je me tourne une dernière fois vers le miroir. La robe est parfaite. Le chignon est parfait. Le maquillage est parfait. Tout est parfait, et pourtant j'ai envie de vomir. Mon estomac se contracte, ma gorge se serre, et je dois respirer profondément pour ne pas vaciller sur mes talons trop hauts.
Je respire. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je me promets de faire de ce mariage une réussite. Je me promets d'être une bonne épouse, une épouse parfaite, une épouse que Gabriel Morel n'aura jamais envie de quitter. Il ne m'aime pas, je le sais. Il ne me connaît pas. Nous nous sommes vus trois fois avant aujourd'hui, trois entrevues brèves et guindées dans le salon des Morel, sous le regard vigilant de sa mère. Il ne m'a jamais posé de questions sur moi, sur mes goûts, sur mes rêves. Il ne m'a jamais regardée autrement que comme on regarde un meuble qu'on vient d'acquérir. Mais l'amour peut venir avec le temps, n'est-ce pas ? C'est ce que maman m'a toujours dit. C'est ce que je veux croire. C'est ce à quoi je m'accroche, comme on s'accroche à une bouée dans la tempête.
Dans ma valise, glissé sous les vêtements soigneusement pliés par la femme de chambre, il y a un coffret en bois de rose. Personne ne l'a vu. Personne ne sait ce qu'il contient. Il est petit, juste assez grand pour tenir dans mes deux mains, et il est fermé par un minuscule cadenas doré dont la clé pend à une chaîne autour de mon cou, cachée sous le corsage de ma robe de mariée.
Ce coffret contient tout ce que je suis vraiment. Des croquis, des esquisses, des plans d'architecture que j'ai dessinés pendant des années, en secret, la nuit, quand tout le monde dormait. Des tours de verre et d'acier, des ponts suspendus dans le vide, des bâtiments aux formes impossibles qui défient la gravité. C'est la seule chose que j'emporte de mon ancienne vie. La seule chose qui m'appartient vraiment.
Je ferme les yeux une seconde. Je pense à la petite fille qui construisait des ponts avec des bâtonnets de glace sur la table de la cuisine. Je pense à l'adolescente qui passait des heures penchée sur des feuilles de papier millimétré, à dessiner des immeubles qui n'existaient que dans sa tête. Je pense à la jeune femme qui a remporté son premier concours d'architecture à dix-neuf ans, sous un autre nom, un nom que personne ne connaît, un nom que personne ne connaîtra jamais. Cette jeune femme-là, je la range dans le coffret avec mes croquis. Je la ferme à clé. Je la cache.
Aujourd'hui, je deviens madame Gabriel Morel. Et je serai parfaite.
Maman me tend mon bouquet, un arrangement de roses blanches et de pivoines qui sent divinement bon, et elle m'embrasse sur la joue. Elle ne dit plus rien. Elle a les yeux trop pleins pour parler. Mon père apparaît dans l'embrasure de la porte, le visage fermé, les épaules raides dans son costume trop neuf. Il me regarde à peine.
— Il est temps, Ariane.
Sa voix est sèche, presque froide. Il ne me demande pas si je suis prête. Il ne me demande pas si je veux encore reculer. Il me tend son bras, machinalement, comme s'il accomplissait une formalité administrative.
Je prends son bras. Je respire encore une fois. Et j'avance vers la porte, vers l'église, vers mon destin, vers cet homme que je ne connais pas et qui ne m'aime pas.
Je suis madame Morel maintenant. Ou presque. Et je serai parfaite.
Deuxième épilogueArianeNotre fille est née par un matin d’automne, dans une chambre baignée de lumière douce. Gabriel tenait ma main si fort que ses jointures avaient blanchi, et pourtant il souriait, les yeux emplis d’une émotion que je ne lui avais jamais vue. Quand le médecin a déposé ce petit être vagissant sur ma poitrine, j’ai senti mon cœur se fendre et s’agrandir en même temps, comme s’il apprenait soudain une dimension nouvelle.Nous l’avons appelée Rose, parce que c’était le prénom de ma grand-mère, celle qui me racontait des histoires de maisons et de jardins, et parce qu’une rose, c’est à la fois fragile et tenace. Gabriel a prononcé son nom pour la première fois d’une voix brisée, en la prenant dans ses bras avec une maladresse bouleversante.— Elle est parfaite, murmura-t-il, les larmes aux yeux. Elle est tout ce que nous avons espéré.Je le regardais, épuisée et heureuse, et je me disais que cet homme qui avait jadis été incapable de me regarder, qui avait fui toute r
Chapitre 231ÉpilogueArianeNous nous sommes mariés un an plus tard, presque jour pour jour, dans les jardins d’un ancien couvent transformé en lieu d’expositions. C’était un matin de printemps, doux et lumineux, où les glycines croulaient le long des murs de pierre et où l’air sentait le tilleul et la terre fraîche. Nous avions choisi cet endroit parce qu’il nous ressemblait : chargé d’histoire, mais ouvert sur le ciel, entre mémoire et recommencement.Il n’y avait pas foule. Victor, bien sûr, qui me serra longuement dans ses bras avant de me conduire jusqu’à l’autel. Amélie, qui avait pleuré trois fois avant même le début de la cérémonie et qui tenait mon bouquet comme un trésor. Quelques amis proches, des visages choisis, des regards bienveillants. Pas de caméras, pas de protocole, pas de famille Morel au grand complet. Gabriel avait prévenu sa mère qu’elle pouvait venir si elle acceptait de se tenir en retrait, sans un mot blessant. Elle n’était pas venue. Il n’en avait pas souffe
Chapitre 230ArianeQuand la porte se referma derrière Victor et Amélie, le silence retomba dans l’appartement, mais il n’avait plus rien d’inquiétant. C’était un silence habité, chaud, comme une couverture que l’on tire sur soi un soir d’hiver. Gabriel se tenait près de l’entrée, les mains dans les poches, un sourire doux aux lèvres. Il me regardait comme on regarde quelqu’un que l’on n’ose pas encore croire réel.Je m’approchai de lui, lentement, le cœur battant à un rythme nouveau. Chaque pas me rapprochait de cette évidence que nous avions trop longtemps repoussée. Il ne bougea pas, mais ses yeux ne quittaient pas les miens, et j’y lisais une attente paisible, une certitude mêlée de crainte, comme s’il voulait me laisser libre jusqu’au dernier instant.Je m’arrêtai à quelques centimètres. Son parfum me parvint, ce mélange de bois et de lessive fraîche, et je fermai les yeux une seconde, savourant cette proximité retrouvée.— Tu es resté, murmurai-je.— Je reste, répondit-il.Je po
Chapitre 229ArianeNous avions choisi un soir simple, chez moi, sans apparat. Juste Victor et Amélie, les deux personnes qui avaient tenu bon quand je me perdais. Gabriel avait proposé de cuisiner, malgré ses talents encore incertains, et je l'avais laissé faire, amusée par son sérieux. Pendant qu'il s'affairait en cuisine, je dressais la table, le cœur léger, en écoutant le bruit des casseroles et son rire quand quelque chose menaçait de brûler.Victor arriva le premier. Il me serra longuement dans ses bras, avec cette chaleur discrète qui ne le quittait jamais. Puis il jeta un regard vers la cuisine, haussa un sourcil et me sourit.— Alors, c'est donc officiel ? demanda-t-il à voix basse.— Pas encore, répondis-je en souriant. Mais ce soir, oui.Il posa une main sur mon épaule, comme pour me transmettre sa confiance.— Tu as l'air heureuse, Ariane. Vraiment heureuse.— Je le suis.Amélie arriva quelques minutes plus tard, les bras chargés d'une bouteille de vin et d'un bouquet de f
Chapitre 2ArianeL'église est immense. Beaucoup trop immense pour les quelques invités qui ont été conviés, une poignée de silhouettes dispersées sur les bancs de bois sombre comme des notes éparses sur une partition vide. La lumière traverse les vitraux anciens et projette des taches colorées sur
Chapitre 1ArianeJe me tiens devant le miroir, les doigts légèrement posés sur le rebord de la coiffeuse en marbre blanc veiné de gris, et je regarde cette femme que je ne reconnais pas tout à fait. La robe est magnifique, je dois l'admettre, même si je ne l'ai pas choisie. Un fourreau de soie ivo
Chapitre 9GabrielLa maison est silencieuse. C'est le silence du milieu de la nuit, ce silence épais et profond qui s'installe quand tout le monde dort et que les horloges elles-mêmes semblent retenir leur tic-tac par respect pour l'obscurité. Les domestiques sont montés dans leurs chambres sous l
Chapitre 8ArianeJe rentre dans le bureau sans frapper. Ce n'est pas une habitude que j'ai prise, pas une volonté délibérée de surprendre ou de provoquer, pas un de ces gestes calculés qu'on fait pour tester les limites de l'autre. J'avais simplement besoin de lui demander quelque chose, une brout












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