L'épouse qu'il a oubliée d'aimer

L'épouse qu'il a oubliée d'aimer

last updateLast Updated : 2026-06-08
By:  Les écrits d'une Mariam Updated just now
Language: French
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L'epouse qu’il a oubliée d’aimer Résumé Le jour où elle signe les papiers du divorce, Ariane Delcourt ne verse pas une seule larme. Pendant cinq ans, elle a été l’épouse discrète de Gabriel Morel, héritier d’un puissant groupe immobilier. Un mariage arrangé par leurs familles, sans amour ni tendresse. Gabriel n’a jamais caché que son cœur appartenait à une autre femme. Ariane a pourtant tout abandonné pour lui : sa carrière prometteuse d’architecte, ses rêves et même son indépendance. Mais lorsqu’elle découvre que Gabriel prépare son avenir avec son premier amour, elle comprend enfin qu’elle s’est battue pour un homme qui ne l’a jamais choisie. Alors elle disparaît. Quelques mois plus tard, Ariane revient sous les projecteurs à la tête d’un cabinet d’architecture révolutionnaire dont les projets attirent les plus grandes fortunes du pays. La jeune femme timide que Gabriel connaissait n’existe plus. À sa place se trouve une femme élégante, ambitieuse et inaccessible, entourée d’admirateurs et de partenaires influents. Pour la première fois, Gabriel réalise tout ce qu’il a perdu. Mais chaque tentative pour la reconquérir se heurte à un mur de froideur. Jusqu’au soir où, devant des centaines d’invités réunis pour l’inauguration du plus grand projet d’Ariane, Gabriel s’agenouille et avoue : — « J’ai passé des années à croire que je cherchais le bonheur ailleurs. » Ariane soutient son regard sans vaciller. — « Non, Gabriel. Tu l’avais déjà trouvé. Tu étais simplement trop aveugle pour le voir. » Et cette fois, c’est lui qui doit apprendre qu’un cœur brisé ne se répare pas toujours avec des regrets.

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Chapter 1

Chapitre 1

Chapitre 1

Ariane

Je me tiens devant le miroir, les doigts légèrement posés sur le rebord de la coiffeuse en marbre blanc veiné de gris, et je regarde cette femme que je ne reconnais pas tout à fait. La robe est magnifique, je dois l'admettre, même si je ne l'ai pas choisie. Un fourreau de soie ivoire qui épouse mes courbes avec une précision presque intimidante, comme s'il avait été cousu directement sur ma peau par des mains invisibles. Des perles minuscules, cousues une à une le long du corsage, forment des motifs de fleurs qui semblent danser et frémir chaque fois que je respire. Le décolleté est sage, juste assez pour suggérer sans dévoiler, et la traîne s'étend derrière moi en un nuage de tulle et de dentelle qui cascade sur le parquet ciré avec une grâce silencieuse.

Mes cheveux blonds, que ma mère a toujours dit être de la couleur du miel à la fin de l'été, sont relevés en un chignon bas, maintenu par des épingles ornées de petits diamants qui scintillent à chaque mouvement de ma tête comme des étoiles prisonnières. Quelques mèches folles s'échappent délibérément le long de mes tempes, encadrant mon visage que la maquilleuse a poudré avec un soin infini. Mes yeux verts, que tout le monde dit être ma plus belle qualité, sont soulignés d'un trait discret qui les fait paraître plus grands, plus intenses, plus profonds. Mes lèvres sont peintes d'un rose pâle qui semble presque naturel, comme si je n'avais rien fait, comme si j'étais née avec cette élégance tranquille.

J'ai vingt-trois ans et je m'apprête à épouser un homme que je connais à peine.

Mes mains tremblent légèrement quand je lisse le tissu sur mes hanches, et je les pose à plat sur le marbre froid pour les calmer. La femme dans le miroir tremble aussi, et je me demande si elle a peur ou si elle est simplement émue. Peut-être les deux. Peut-être aucun des deux. Peut-être que ce qui fait trembler mes doigts, ce n'est ni la peur ni l'émotion, mais cette chose étrange qui flotte dans ma poitrine depuis ce matin, cette sensation de vide qui ressemble à un pressentiment que je refuse d'écouter.

La chambre est baignée d'une lumière douce, celle du matin qui filtre à travers les rideaux de dentelle, et tout est silencieux. Trop silencieux. On n'entend que le tic-tac lointain d'une horloge ancienne dans le couloir, et le froissement de ma robe quand je bouge. L'air sent la rose et la cire d'abeille, une odeur de luxe discret, de maison bien tenue, de traditions qu'on respecte sans les comprendre.

Maman frappe doucement à la porte, trois petits coups légers comme des ailes d'oiseau, et passe la tête dans l'embrasure. Elle est belle, ma mère, même si les années ont creusé des ridules au coin de ses yeux et argenté quelques mèches de ses cheveux bruns. Elle porte une robe lavande, sobre et élégante, et elle a les yeux déjà humides, de ces larmes qui ne coulent pas encore mais qui brillent au bord des cils comme des perles de rosée.

— Tu es magnifique, ma chérie.

Sa voix est douce, un peu étranglée, et elle porte son mouchoir à ses lèvres comme pour retenir un sanglot. Je me tourne vers elle et je souris, mais mon sourire ne monte pas jusqu'à mes yeux. Je le sens qui reste à la surface de mon visage, plaqué là comme un masque de carnaval.

— Merci, maman.

Je ne lui dis pas que j'ai l'impression de me déguiser en quelqu'un d'autre. Je ne lui dis pas que j'ai passé la nuit à fixer le plafond de ma chambre d'enfant, les yeux grands ouverts dans le noir, en me demandant si j'avais le droit de dire non. Si j'avais le droit de me lever, d'enlever cette robe, de défaire ce chignon et de courir loin d'ici. Parce que je n'ai pas ce droit. Dans ma famille, on ne refuse pas une alliance avec les Morel. On ne refuse rien aux Morel, d'ailleurs. Les Morel sont puissants, les Morel sont riches, les Morel sont intouchables, et nous, les Delcourt, nous avons de la chance. C'est ce que mon père répète depuis des mois. De la chance. Quelle chance, exactement, je ne le sais pas encore.

La femme de chambre entre derrière ma mère pour ajuster la traîne, un nuage de tulle et de dentelle qui s'étend derrière moi comme une promesse silencieuse, et elle s'agenouille pour disposer chaque pli avec une précision maniaque. Ses doigts sont rapides, experts, et elle ne me regarde pas. Elle regarde la robe. Tout le monde regarde la robe. Personne ne me regarde moi.

Je me tourne une dernière fois vers le miroir. La robe est parfaite. Le chignon est parfait. Le maquillage est parfait. Tout est parfait, et pourtant j'ai envie de vomir. Mon estomac se contracte, ma gorge se serre, et je dois respirer profondément pour ne pas vaciller sur mes talons trop hauts.

Je respire. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je me promets de faire de ce mariage une réussite. Je me promets d'être une bonne épouse, une épouse parfaite, une épouse que Gabriel Morel n'aura jamais envie de quitter. Il ne m'aime pas, je le sais. Il ne me connaît pas. Nous nous sommes vus trois fois avant aujourd'hui, trois entrevues brèves et guindées dans le salon des Morel, sous le regard vigilant de sa mère. Il ne m'a jamais posé de questions sur moi, sur mes goûts, sur mes rêves. Il ne m'a jamais regardée autrement que comme on regarde un meuble qu'on vient d'acquérir. Mais l'amour peut venir avec le temps, n'est-ce pas ? C'est ce que maman m'a toujours dit. C'est ce que je veux croire. C'est ce à quoi je m'accroche, comme on s'accroche à une bouée dans la tempête.

Dans ma valise, glissé sous les vêtements soigneusement pliés par la femme de chambre, il y a un coffret en bois de rose. Personne ne l'a vu. Personne ne sait ce qu'il contient. Il est petit, juste assez grand pour tenir dans mes deux mains, et il est fermé par un minuscule cadenas doré dont la clé pend à une chaîne autour de mon cou, cachée sous le corsage de ma robe de mariée.

Ce coffret contient tout ce que je suis vraiment. Des croquis, des esquisses, des plans d'architecture que j'ai dessinés pendant des années, en secret, la nuit, quand tout le monde dormait. Des tours de verre et d'acier, des ponts suspendus dans le vide, des bâtiments aux formes impossibles qui défient la gravité. C'est la seule chose que j'emporte de mon ancienne vie. La seule chose qui m'appartient vraiment.

Je ferme les yeux une seconde. Je pense à la petite fille qui construisait des ponts avec des bâtonnets de glace sur la table de la cuisine. Je pense à l'adolescente qui passait des heures penchée sur des feuilles de papier millimétré, à dessiner des immeubles qui n'existaient que dans sa tête. Je pense à la jeune femme qui a remporté son premier concours d'architecture à dix-neuf ans, sous un autre nom, un nom que personne ne connaît, un nom que personne ne connaîtra jamais. Cette jeune femme-là, je la range dans le coffret avec mes croquis. Je la ferme à clé. Je la cache.

Aujourd'hui, je deviens madame Gabriel Morel. Et je serai parfaite.

Maman me tend mon bouquet, un arrangement de roses blanches et de pivoines qui sent divinement bon, et elle m'embrasse sur la joue. Elle ne dit plus rien. Elle a les yeux trop pleins pour parler. Mon père apparaît dans l'embrasure de la porte, le visage fermé, les épaules raides dans son costume trop neuf. Il me regarde à peine.

— Il est temps, Ariane.

Sa voix est sèche, presque froide. Il ne me demande pas si je suis prête. Il ne me demande pas si je veux encore reculer. Il me tend son bras, machinalement, comme s'il accomplissait une formalité administrative.

Je prends son bras. Je respire encore une fois. Et j'avance vers la porte, vers l'église, vers mon destin, vers cet homme que je ne connais pas et qui ne m'aime pas.

Je suis madame Morel maintenant. Ou presque. Et je serai parfaite.

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