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Chapitre 6

last update Petsa ng paglalathala: 2026-06-09 23:38:47

Chapitre 6

Ariane

L'enveloppe arrive un matin de novembre, glissée sous la pile de courrier que la gouvernante dépose chaque jour sur le plateau d'argent dans l'entrée. Je la remarque immédiatement parmi les factures et les invitations mondaines. Le papier est épais, crème, et dans le coin supérieur gauche, il y a un logo que je connais par cœur. Un compas et une équerre entrecroisés, surmontés d'une couronne de laurier. Le cabinet Marchand, l'un des plus prestigieux du pays.

Mon cœur s'arrête une seconde. Puis il repart, plus vite, plus fort, comme s'il voulait compenser cette brève interruption.

Je prends l'enveloppe et je la retourne entre mes doigts. Elle est adressée à Ariane Delcourt. Pas à Ariane Morel. À Ariane Delcourt, mon nom de jeune fille, le nom que j'ai porté pendant vingt-trois ans avant de l'abandonner devant un autel. Quelqu'un, dans ce cabinet, se souvient de moi. Quelqu'un sait qui je suis, qui j'étais.

Je monte dans ma chambre sans rien dire à personne. Je ferme la porte derrière moi, et je m'assois sur le bord du lit, l'enveloppe posée sur mes genoux. Mes mains tremblent légèrement quand je déchire le papier, et je les pose à plat sur le tissu de ma robe pour les calmer. Je respire. Une fois. Deux fois. J'ouvre la lettre.

L'écriture est élégante, tracée à la plume, et je reconnais immédiatement la signature au bas de la page. Antoine Marchand lui-même, le fondateur du cabinet, un homme que j'ai rencontré plusieurs fois lors de concours, qui m'a toujours encouragée, qui m'a écrit une lettre de félicitations quand j'ai remporté mon premier prix national.

« Chère Mademoiselle Delcourt, j'espère que cette lettre vous trouve en bonne santé. J'ai appris votre mariage, et je vous en félicite, bien que je doive avouer que le monde de l'architecture pleure votre absence. Vous étiez l'une de nos plus brillantes jeunes architectes, et je n'ai jamais compris votre décision soudaine. Si toutefois vous souhaitiez reprendre une activité, même à temps partiel, sachez que ma porte vous est toujours ouverte. »

Je repose la lettre sur le lit. Mes yeux sont secs, mais ma gorge est serrée, comme si quelqu'un appuyait doucement sur ma trachée avec deux doigts précis. Antoine Marchand ne sait pas pourquoi j'ai arrêté. Personne ne le sait. Personne ne sait que j'ai tout abandonné pour un mariage arrangé, pour une famille qui ne me voit pas, pour un mari qui ne me regarde pas.

Je prends la lettre et je la relis. Une fois. Deux fois. Trois fois. Les mots dansent devant mes yeux, et je les connais par cœur à la troisième lecture. « Ma porte vous est toujours ouverte. » Toujours. Même maintenant, même après deux ans de silence.

Je plie la lettre avec soin, en suivant les pliures d'origine, et je la glisse dans l'enveloppe. Je me lève et je vais jusqu'à la commode. J'ouvre le tiroir du bas, je soulève les pulls en cachemire, et je sors le coffret en bois de rose. Le cadenas s'ouvre avec un petit déclic familier, et je glisse l'enveloppe à l'intérieur, avec les croquis, les diplômes, les articles jaunis.

Puis je referme le coffret, je le range sous les pulls, et je ferme le tiroir.

Je ne répondrai pas. J'ai fait mon choix. J'ai choisi d'être épouse, j'ai choisi d'être madame Morel, j'ai choisi de disparaître. On ne revient pas sur un tel choix. On ne rouvre pas une porte qu'on a fermée soi-même.

Je me regarde dans le miroir de la coiffeuse, et je vois une femme élégante, les cheveux relevés en chignon, les perles aux oreilles, la robe de soie parfaitement ajustée. Une femme qui ressemble à ce qu'elle doit être. Une femme qui ne montre rien.

Mais dans le tiroir du bas de ma commode, sous une pile de pulls en cachemire, un coffret en bois de rose contient une lettre qui dit que quelqu'un, quelque part, se souvient de moi.

Et je ne sais pas si cela me

console ou si cela me détruit.

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