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Chapitre 3

مؤلف: Roman
last update تاريخ النشر: 2026-10-14 06:35:20

Chapitre 3

Aydren

Elle est là, dans le salon de la demeure conjugale, droite, digne, les yeux rougis par une nuit de larmes. Je remarque immédiatement les traces sur son visage. Elle a pleuré. Longuement. Une part de moi le note, sans pour autant s'en émouvoir. Ce mariage est un arrangement. Rien de plus. Je ne me laisserai pas attendrir par des larmes.

— Tu es rentrée.

Elle ne se retourne même pas.

— Tu me parles, maintenant ? Hier soir, tu ne semblais pas pressé de le faire.

Je ferme la porte derrière moi, ôte ma veste, la pose sur un fauteuil.

— Nous devons établir quelques règles.

Elle se retourne enfin. Son regard me frappe, chargé d'une colère qu'elle contient encore, d'une douleur qu'elle ne cache pas.

— Des règles.

— Chambres séparées. Aucune obligation sentimentale entre nous. Et tu n'interviendras pas dans ma relation avec Sélyana.

Un silence. Elle me dévisage comme si elle découvrait une créature inconnue.

— C'est tout ?

— C'est l'essentiel.

— Je suis ton épouse, Aydren. Légalement. Devant Dieu et devant les hommes. Tu n'as pas le droit de me traiter comme une intruse.

Je hausse un sourcil.

— Le droit n'a rien à voir là-dedans. Nous savons tous les deux pourquoi ce mariage existe.

— Oui. Pour sauver Sélyana. Tu me l'as dit hier soir. En détail.

Elle avance d'un pas, et je dois reconnaître qu'elle ne tremble pas. Sa voix est basse, mais ferme.

— Tu as exigé de moi une chose monstrueuse. Tu m'as épousée en sachant que tu ne m'aimais pas. Tu m'as fait croire pendant trois ans que tu finirais par m'aimer. Et maintenant, tu m'ordonnes de me taire et de disparaître.

— Je ne t'ordonne pas de disparaître.

— Tu m'ordonnes de vivre dans l'ombre de ta maîtresse. Tu appelles ça comment ?

— Un arrangement.

— Un arrangement. Tu répètes ce mot comme s'il excusait tout. Comme s'il effaçait l'humiliation.

Sa voix se brise légèrement. Elle serre les poings pour se retenir.

— Je ne me soumettrai pas en silence, Aydren. Je suis ta femme, que cela te plaise ou non. Je ne suis pas une intruse dans cette maison. J'y ai ma place.

Il y a quelque chose dans son regard. Une détermination que je ne lui connaissais pas. Pendant trois ans, je l'ai vue douce, patiente, effacée. Ce soir, elle est différente. Plus dure. Plus tranchante.

— Tu as changé.

— Tu m'as changée. Hier soir. En quelques phrases.

Je détourne les yeux, agacé. Je n'ai pas de temps pour ça.

— Je n'ai pas l'intention de débattre. Les règles sont claires.

— Elles le sont pour toi. Pas pour moi.

Elle s'approche encore. Trop près. Assez pour que je sente son parfum, quelque chose de floral, de discret.

— Laisse-moi te poser une question. Une seule.

— Je t'écoute.

— Si un autre homme traitait Sélyana comme tu me traites, que ferais-tu ?

La question me frappe. Je reste figé. Les mots refusent de sortir. Je cherche une réponse, une réplique cinglante, une esquive. Rien ne vient.

Elle attend. Une seconde. Deux. Trois.

— Tu vois ? Tu ne réponds pas. Parce que tu sais que ce serait intolérable. Parce que tu sais que tu la défendrais, que tu la vengerais, que tu ne laisserais personne la traiter comme une moins que rien.

— Ce n'est pas la même chose.

— Pourquoi ? Parce qu'elle est aimée et moi non ? Parce que son honneur compte et le mien pas ?

Le silence devient insupportable. Elle a raison, et nous le savons tous les deux.

— Tu as fini ?

— Presque.

Elle recule d'un pas, et quelque chose se referme dans son regard.

— Je respecterai notre arrangement. Je ne toucherai pas à ta relation avec Sélyana. Je ne te demanderai rien. Ni amour, ni tendresse, ni attention.

— Bien.

— Mais je ne renoncerai jamais à ma dignité. Jamais. Tu peux me mépriser, m'ignorer, me tromper. Mais tu ne me briseras pas.

Ces mots restent suspendus entre nous. Je la regarde, et pour la première fois depuis que je la connais, je vois autre chose que la jeune femme amoureuse que j'ai épousée. Je vois une adversaire.

— C'est tout ce que tu avais à dire ?

— Oui.

— Alors va-t'en.

Elle ne bouge pas immédiatement. Elle me fixe encore un instant, puis se détourne, digne, lente, et quitte le salon sans un mot de plus.

Je reste seul. Immobile. Sa question tourne encore dans ma tête. Sélyana. Si un autre homme la traitait ainsi. La réponse, je la connais. Je l'aurais détruit. Sans hésiter.

Alors pourquoi, avec Iséline, cela ne me semble-t-il pas aussi simple ?

Je secoue la tête. Ce n'est pas la même chose. Iséline n'est pas Sélyana. Elle ne le sera jamais.

Et pourtant, quelque chose dans la manière dont elle vient de me tenir tête me dérange. Quelque chose que je refuse de nommer.

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