تسجيل الدخولChapitre 4
Iséline
Je passe deux heures à me préparer. Robe sobre, maquillage discret, coiffure impeccable. Je veux faire bonne impression. C'est mon premier déjeuner officiel chez les Solvéris, et même si mon mariage est un mensonge, je refuse de donner à cette famille une raison de me mépriser.
La table est dressée dans la salle à manger d'apparat. Vingt convives. Des visages que je ne connais pas, des sourires polis, des regards qui m'observent comme une curiosité. Ophélia Solvéris trône en bout de table, élégante, autoritaire, le regard acéré.
— Iséline, venez vous asseoir près de moi. Je veux mieux vous connaître.
Je m'exécute. Aydren est à l'autre bout, silencieux, distant. Il ne m'a pas adressé la parole depuis notre confrontation. Je ne l'attends plus.
— Alors, ma chère, d'où venez-vous exactement ? Votre famille est récente dans le milieu, n'est-ce pas ?
Le ton est léger, presque aimable. Mais les mots sont une première lame.
— Mon père dirige un groupe financier important. Nous sommes établis depuis plusieurs générations.
— Ah oui, Armand Vaëron. Un homme ambitieux. Mais enfin, une fille de financiers, ce n'est pas tout à fait notre monde, n'est-ce pas ?
Quelques rires étouffés autour de la table. Je serre ma serviette sous la table.
— Je ne suis pas sûre de comprendre, madame.
— Appelez-moi Ophélia, je vous en prie. Nous sommes en famille, après tout.
Elle sourit, mais ses yeux ne sourient pas.
— Ce que je veux dire, c'est que notre milieu a ses codes. Ses exigences. Aydren a besoin d'une femme qui le comprend, qui le soutient, qui sait évoluer dans les hautes sphères. Une femme d'expérience.
— Je suis sa femme.
— Légalement, oui. Cela ne fait pas de vous une Solvéris pour autant.
Le silence tombe. Les regards glissent vers Aydren, qui ne dit rien. Il fixe son assiette. Mon cœur se serre, mais je garde le visage lisse.
— Vous savez, poursuit Ophélia en se tournant vers ses invités, Sélyana était parfaite pour Aydren. Une femme de notre monde. Élégante, raffinée, cultivée. Elle connaissait chaque règle, chaque nuance. C'était une évidence pour tout le monde.
— Mère.
La voix vient de ma droite. Dorian Solvéris, le frère cadet d'Aydren. Je ne l'avais pas remarqué jusqu'ici.
— Mère, cela suffit.
Ophélia hausse un sourcil.
— Je ne fais que parler, Dorian. Iséline ne m'en voudra pas. N'est-ce pas, ma chère ?
Je ne réponds pas. Ma gorge est trop serrée. Je cherche le regard d'Aydren. Une seule fois. Un seul signe. Qu'il dise quelque chose. Qu'il me défende. Qu'il fasse honneur à cette alliance qu'il a lui-même négociée.
Il ne lève pas les yeux.
— Sélyana aurait été une épouse idéale, continue Ophélia, imperturbable. Mais les circonstances en ont décidé autrement. Ce n'est que partie remise, j'imagine.
— Mère.
Dorian pose sa fourchette. Sa voix est ferme.
— Tu es en train d'insulter ta belle-fille devant tes invités. C'est indigne de toi. Et c'est cruel.
— Je n'insulte personne. Je constate.
— Tu constates que le mariage de ton fils est une erreur. Tu constates que sa femme ne mérite pas sa place. Tu constates qu'il retournera auprès de Sélyana. Devant elle. Devant tout le monde. Tu appelles ça comment ?
Ophélia se raidit.
— Dorian, tu oublies à qui tu parles.
— Non, mère. C'est toi qui oublies que tu parles de la femme d'Aydren. Quoi que tu penses de ce mariage, elle porte notre nom. Et tant qu'elle le porte, elle mérite le respect.
Un silence glacial s'abat sur la table. Je regarde Dorian, surprise, reconnaissante. Puis je regarde Aydren. Toujours muet. Toujours absent.
Ophélia se penche vers moi, sa voix suffisamment basse pour que seuls les plus proches entendent.
— Ne vous méprenez pas, ma chère. Dorian a bon cœur, mais il se trompe. Aydren finira tôt ou tard par retourner auprès de Sélyana. C'est inévitable. Vous n'êtes qu'une parenthèse dans sa vie. Une parenthèse nécessaire, mais une parenthèse quand même.
Ces mots me frappent en pleine poitrine. Je me lève lentement, ma serviette tombe sur ma chaise.
— Iséline...
Dorian se lève aussi, mais je l'arrête d'un geste.
— Excusez-moi. J'ai besoin d'air.
Je quitte la table sans un regard pour Aydren. Je traverse le couloir, les jambes tremblantes, la poitrine en feu. Derrière moi, j'entends la voix d'Ophélia.
— Elle est sensible. Ce n'est pas une qualité dans notre monde.
Je sors de la maison. L'air frais me frappe le visage. Je respire profondément, une fois, deux fois. Les larmes menacent, mais je les retiens. Pas ici. Pas devant eux. Pas maintenant.
Aydren n'a pas dit un mot. Pas un seul. Il m'a laissée être humiliée, encore, sans intervenir.
Et cette phrase d'Ophélia tourne en boucle dans ma tête.
Il retournera auprès de Sélyana.
Je ferme les yeux. Une promesse silencieuse monte en moi.
Il retournera auprès de Sélyana. Mais pas avant que je lui fasse regretter chaque seconde de ce mariage.
Je descends les marches du perron, la tête haute, le cœur en cendres. La voiture m'attend. Je ne me retourne pas.
Chapitre 6IsélineMaëva arrive sans prévenir, comme elle le fait toujours. Un sac de pâtisseries à la main, son sourire franc, ses yeux perçants. Elle me connaît depuis l'enfance. Elle voit ce que les autres refusent de voir.— Bon sang, Iséline. Tu as une tête de déterrée.— Merci, c'est charmant.— Je ne plaisante pas. Tu es pâle, tu as les traits tirés, et tu portes la même robe que la dernière fois que je t'ai vue. Il y a trois semaines.Elle pose le sac sur la table, s'assoit en face de moi, et me dévisage sans détour.— Qu'est-ce qui se passe ?— Rien.— Iséline.— Je vais bien.— Tu mens. Tu as les yeux d'une femme qui n'a pas dormi depuis des jours. Alors soit tu me parles, soit je reste ici jusqu'à ce que tu craques. Et je suis très patiente.Je la regarde. Maëva. Mon amie. La seule personne qui ne m'a jamais jugée, jamais trahie. La seule à qui je peux tout dire. Et soudain, les mots montent. Tous. D'un coup.— Ce mariage est un mensonge.Elle ne cille pas. Elle attend.— A
Chapitre 5IsélineQuelques semaines ont passé depuis notre mariage. Des semaines de silence, de froideur, de nuits séparées. Je vis dans cette maison comme une ombre, effacée, invisible. Mais aujourd'hui, j'ai découvert quelque chose que je ne peux plus ignorer.Aydren rend visite à Sélyana. Régulièrement. Presque chaque soir. Les domestiques murmurent, les chauffeurs parlent, et moi, je fais semblant de ne pas entendre. Mais ce soir, je l'attends. Je veux des réponses.Il est presque minuit quand la porte s'ouvre enfin. Aydren entre, détendu, sa veste sur le bras. Il ne s'attend pas à me voir. Son regard se pose sur moi, assise dans le salon, et quelque chose se durcit dans ses traits.— Tu es encore debout ?— Je t'attendais.— Pour quoi faire ?Il pose sa veste, sans me regarder.— J'ai besoin de te parler.— Il est tard. Remettons ça à demain.— Non. Maintenant.Il se retourne, les sourcils froncés, agacé.— Très bien. De quoi s'agit-il ?— Tu vas voir Sélyana. Régulièrement. Pre
Chapitre 4IsélineJe passe deux heures à me préparer. Robe sobre, maquillage discret, coiffure impeccable. Je veux faire bonne impression. C'est mon premier déjeuner officiel chez les Solvéris, et même si mon mariage est un mensonge, je refuse de donner à cette famille une raison de me mépriser.La table est dressée dans la salle à manger d'apparat. Vingt convives. Des visages que je ne connais pas, des sourires polis, des regards qui m'observent comme une curiosité. Ophélia Solvéris trône en bout de table, élégante, autoritaire, le regard acéré.— Iséline, venez vous asseoir près de moi. Je veux mieux vous connaître.Je m'exécute. Aydren est à l'autre bout, silencieux, distant. Il ne m'a pas adressé la parole depuis notre confrontation. Je ne l'attends plus.— Alors, ma chère, d'où venez-vous exactement ? Votre famille est récente dans le milieu, n'est-ce pas ?Le ton est léger, presque aimable. Mais les mots sont une première lame.— Mon père dirige un groupe financier important. N
Chapitre 3AydrenElle est là, dans le salon de la demeure conjugale, droite, digne, les yeux rougis par une nuit de larmes. Je remarque immédiatement les traces sur son visage. Elle a pleuré. Longuement. Une part de moi le note, sans pour autant s'en émouvoir. Ce mariage est un arrangement. Rien de plus. Je ne me laisserai pas attendrir par des larmes.— Tu es rentrée.Elle ne se retourne même pas.— Tu me parles, maintenant ? Hier soir, tu ne semblais pas pressé de le faire.Je ferme la porte derrière moi, ôte ma veste, la pose sur un fauteuil.— Nous devons établir quelques règles.Elle se retourne enfin. Son regard me frappe, chargé d'une colère qu'elle contient encore, d'une douleur qu'elle ne cache pas.— Des règles.— Chambres séparées. Aucune obligation sentimentale entre nous. Et tu n'interviendras pas dans ma relation avec Sélyana.Un silence. Elle me dévisage comme si elle découvrait une créature inconnue.— C'est tout ?— C'est l'essentiel.— Je suis ton épouse, Aydren. Lé
Chapitre 2IsélineJe n'ai pas dormi. J'ai pleuré jusqu'à ce que mes yeux me brûlent, jusqu'à ce que mon corps refuse de verser une larme de plus. À l'aube, je me suis levée, j'ai retiré cette alliance qui me scie la peau, et je suis partie.La maison de mes parents se dresse devant moi, imposante, froide. Rien n'a changé. Sauf moi.J'entre sans frapper. Je traverse le hall, mes talons claquant sur le marbre comme un compte à rebours. Mon père est dans son bureau. Ma mère est assise près de la fenêtre, une tasse de thé entre les mains.— Iséline. Tu es bien matinale.Mon père lève à peine les yeux de ses dossiers.— J'ai besoin de te parler. Seul à seul.— Ta mère peut rester. Quoi que tu aies à dire, elle peut l'entendre.Très bien. Qu'elle entende. Qu'elle sache, elle aussi.Je m'approche de son bureau, les mains tremblantes mais la voix ferme.— Aydren m'a tout dit. Le mariage. L'accord. Sélyana.Mon père pose enfin son stylo. Son visage reste impassible.— Je vois.— C'est tout ?
Chapitre 1IsélineLa soie de ma robe glisse contre ma peau, trop froide, trop lourde. Mon reflet dans le miroir me renvoie l'image d'une mariée parfaite, sourire figé, yeux brillants d'un espoir que je m'accroche à garder vivant.Aydren est là, quelque part dans cet appartement immense. Mon mari. Le mot résonne en moi comme une promesse sacrée. Depuis trois ans, je l'aime en silence, patiente, persuadée que sa froideur n'est qu'une armure que je finirai par briser. Aujourd'hui, devant Dieu et devant les hommes, il m'a passé l'alliance au doigt. Ce geste a suffi à mon cœur pour croire que tout était possible.J'attends dans la chambre nuptiale, les mains posées sur mes genoux, le souffle court. Les draps sentent la lavande. Je veux croire que c'est lui qui a choisi cette senteur. Je veux croire tellement de choses.La porte s'ouvre enfin.Aydren entre, sa veste noire déboutonnée, la cravate desserrée. Ce soir, je guette une étincelle dans son regard.— Iséline. Il faut que nous parlio







