تسجيل الدخولChapitre 5
Iséline
Quelques semaines ont passé depuis notre mariage. Des semaines de silence, de froideur, de nuits séparées. Je vis dans cette maison comme une ombre, effacée, invisible. Mais aujourd'hui, j'ai découvert quelque chose que je ne peux plus ignorer.
Aydren rend visite à Sélyana. Régulièrement. Presque chaque soir. Les domestiques murmurent, les chauffeurs parlent, et moi, je fais semblant de ne pas entendre. Mais ce soir, je l'attends. Je veux des réponses.
Il est presque minuit quand la porte s'ouvre enfin. Aydren entre, détendu, sa veste sur le bras. Il ne s'attend pas à me voir. Son regard se pose sur moi, assise dans le salon, et quelque chose se durcit dans ses traits.
— Tu es encore debout ?
— Je t'attendais.
— Pour quoi faire ?
Il pose sa veste, sans me regarder.
— J'ai besoin de te parler.
— Il est tard. Remettons ça à demain.
— Non. Maintenant.
Il se retourne, les sourcils froncés, agacé.
— Très bien. De quoi s'agit-il ?
— Tu vas voir Sélyana. Régulièrement. Presque chaque soir.
Il ne nie pas. Il ne détourne même pas les yeux.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Parce que je le veux.
— Tu es marié, Aydren. Avec moi.
— Cela ne m'empêche pas de la voir.
— Cela devrait.
Il soupire, comme si je lui imposais une conversation pénible.
— Nous avons déjà eu cette discussion. Le jour de notre mariage. Je t'ai dit clairement ce que j'attendais de toi. Et ce que je n'attendais pas.
— Tu m'as dit que tu ne m'aimais pas. Je l'ai entendu. Je l'ai accepté. Mais fréquenter ton ancienne fiancée ouvertement, alors que je porte ton nom, c'est une humiliation que je ne peux pas accepter.
— Je ne t'ai jamais promis de t'aimer, Iséline. Ni de te respecter, d'ailleurs. Tu le savais en m'épousant.
— Non. Je ne le savais pas. Parce que tu m'as menti. Pendant trois ans. Tu m'as laissée croire que tu m'aimais.
— Je ne t'ai rien promis.
— Tu m'as demandée en mariage. Devant ma famille. Devant la tienne. Tu m'as passé une alliance au doigt. Tu m'as embrassée devant Dieu. Et tu appelles ça rien ?
Il détourne les yeux une seconde. Une seconde de faiblesse. Puis il retrouve son masque.
— Ce mariage est un arrangement. Je t'ai dit pourquoi. Je ne reviendrai pas là-dessus.
— Je ne te demande pas encore de m'aimer, Aydren.
Ma voix se brise. Je la rattrape, la force à rester ferme.
— Je ne te demande pas de me désirer, ni de me trouver belle, ni de passer tes nuits avec moi. Je te demande une seule chose. Du respect. Le minimum que tu dois à la femme qui porte ton nom.
— Tu veux transformer notre arrangement en véritable mariage.
— Non. Je veux que tu arrêtes de me traiter comme une moins que rien. Je veux que tu cesses de me ridiculiser devant le monde. Je veux que tu comprennes que je suis un être humain, pas une clause dans un contrat.
Le silence tombe. Il me regarde, les mâchoires serrées, sans rien dire.
— Est-ce que tu comprends seulement ce que ça signifie ? Être humiliée par son propre époux ? Savoir que ton mari passe ses soirées avec une autre ? Entendre ta belle-mère te dire que tu n'es qu'une parenthèse, et voir ton mari se taire ? Est-ce que tu as la moindre idée de ce que je ressens ?
Ma voix tremble. Mes yeux brûlent. Je ne les essuie pas. Je veux qu'il voie. Je veux qu'il comprenne. Je veux qu'il ressente, ne serait-ce qu'une fraction de ce que j'endure chaque jour.
Il ouvre la bouche pour répondre. Mais son téléphone vibre. Il le sort de sa poche, jette un coup d'œil à l'écran. Son visage change imperceptiblement. Plus doux. Plus tendre.
Sélyana.
— Je dois prendre cet appel.
— Non. Pas maintenant. Pas au milieu de notre conversation.
— C'est important.
— Et moi ? Je ne suis pas importante ?
Il ne répond pas. Il porte le téléphone à son oreille, se détourne, et quitte la pièce.
— Aydren.
Il ne se retourne pas. Il disparaît dans le couloir, sa voix déjà adoucie pour elle, pour cette femme qui n'est pas moi.
Je reste seule dans le salon. Les mains tremblantes, les larmes aux yeux, le cœur en miettes.
Il a choisi. Encore. Comme toujours.
Chapitre 6IsélineMaëva arrive sans prévenir, comme elle le fait toujours. Un sac de pâtisseries à la main, son sourire franc, ses yeux perçants. Elle me connaît depuis l'enfance. Elle voit ce que les autres refusent de voir.— Bon sang, Iséline. Tu as une tête de déterrée.— Merci, c'est charmant.— Je ne plaisante pas. Tu es pâle, tu as les traits tirés, et tu portes la même robe que la dernière fois que je t'ai vue. Il y a trois semaines.Elle pose le sac sur la table, s'assoit en face de moi, et me dévisage sans détour.— Qu'est-ce qui se passe ?— Rien.— Iséline.— Je vais bien.— Tu mens. Tu as les yeux d'une femme qui n'a pas dormi depuis des jours. Alors soit tu me parles, soit je reste ici jusqu'à ce que tu craques. Et je suis très patiente.Je la regarde. Maëva. Mon amie. La seule personne qui ne m'a jamais jugée, jamais trahie. La seule à qui je peux tout dire. Et soudain, les mots montent. Tous. D'un coup.— Ce mariage est un mensonge.Elle ne cille pas. Elle attend.— A
Chapitre 5IsélineQuelques semaines ont passé depuis notre mariage. Des semaines de silence, de froideur, de nuits séparées. Je vis dans cette maison comme une ombre, effacée, invisible. Mais aujourd'hui, j'ai découvert quelque chose que je ne peux plus ignorer.Aydren rend visite à Sélyana. Régulièrement. Presque chaque soir. Les domestiques murmurent, les chauffeurs parlent, et moi, je fais semblant de ne pas entendre. Mais ce soir, je l'attends. Je veux des réponses.Il est presque minuit quand la porte s'ouvre enfin. Aydren entre, détendu, sa veste sur le bras. Il ne s'attend pas à me voir. Son regard se pose sur moi, assise dans le salon, et quelque chose se durcit dans ses traits.— Tu es encore debout ?— Je t'attendais.— Pour quoi faire ?Il pose sa veste, sans me regarder.— J'ai besoin de te parler.— Il est tard. Remettons ça à demain.— Non. Maintenant.Il se retourne, les sourcils froncés, agacé.— Très bien. De quoi s'agit-il ?— Tu vas voir Sélyana. Régulièrement. Pre
Chapitre 4IsélineJe passe deux heures à me préparer. Robe sobre, maquillage discret, coiffure impeccable. Je veux faire bonne impression. C'est mon premier déjeuner officiel chez les Solvéris, et même si mon mariage est un mensonge, je refuse de donner à cette famille une raison de me mépriser.La table est dressée dans la salle à manger d'apparat. Vingt convives. Des visages que je ne connais pas, des sourires polis, des regards qui m'observent comme une curiosité. Ophélia Solvéris trône en bout de table, élégante, autoritaire, le regard acéré.— Iséline, venez vous asseoir près de moi. Je veux mieux vous connaître.Je m'exécute. Aydren est à l'autre bout, silencieux, distant. Il ne m'a pas adressé la parole depuis notre confrontation. Je ne l'attends plus.— Alors, ma chère, d'où venez-vous exactement ? Votre famille est récente dans le milieu, n'est-ce pas ?Le ton est léger, presque aimable. Mais les mots sont une première lame.— Mon père dirige un groupe financier important. N
Chapitre 3AydrenElle est là, dans le salon de la demeure conjugale, droite, digne, les yeux rougis par une nuit de larmes. Je remarque immédiatement les traces sur son visage. Elle a pleuré. Longuement. Une part de moi le note, sans pour autant s'en émouvoir. Ce mariage est un arrangement. Rien de plus. Je ne me laisserai pas attendrir par des larmes.— Tu es rentrée.Elle ne se retourne même pas.— Tu me parles, maintenant ? Hier soir, tu ne semblais pas pressé de le faire.Je ferme la porte derrière moi, ôte ma veste, la pose sur un fauteuil.— Nous devons établir quelques règles.Elle se retourne enfin. Son regard me frappe, chargé d'une colère qu'elle contient encore, d'une douleur qu'elle ne cache pas.— Des règles.— Chambres séparées. Aucune obligation sentimentale entre nous. Et tu n'interviendras pas dans ma relation avec Sélyana.Un silence. Elle me dévisage comme si elle découvrait une créature inconnue.— C'est tout ?— C'est l'essentiel.— Je suis ton épouse, Aydren. Lé
Chapitre 2IsélineJe n'ai pas dormi. J'ai pleuré jusqu'à ce que mes yeux me brûlent, jusqu'à ce que mon corps refuse de verser une larme de plus. À l'aube, je me suis levée, j'ai retiré cette alliance qui me scie la peau, et je suis partie.La maison de mes parents se dresse devant moi, imposante, froide. Rien n'a changé. Sauf moi.J'entre sans frapper. Je traverse le hall, mes talons claquant sur le marbre comme un compte à rebours. Mon père est dans son bureau. Ma mère est assise près de la fenêtre, une tasse de thé entre les mains.— Iséline. Tu es bien matinale.Mon père lève à peine les yeux de ses dossiers.— J'ai besoin de te parler. Seul à seul.— Ta mère peut rester. Quoi que tu aies à dire, elle peut l'entendre.Très bien. Qu'elle entende. Qu'elle sache, elle aussi.Je m'approche de son bureau, les mains tremblantes mais la voix ferme.— Aydren m'a tout dit. Le mariage. L'accord. Sélyana.Mon père pose enfin son stylo. Son visage reste impassible.— Je vois.— C'est tout ?
Chapitre 1IsélineLa soie de ma robe glisse contre ma peau, trop froide, trop lourde. Mon reflet dans le miroir me renvoie l'image d'une mariée parfaite, sourire figé, yeux brillants d'un espoir que je m'accroche à garder vivant.Aydren est là, quelque part dans cet appartement immense. Mon mari. Le mot résonne en moi comme une promesse sacrée. Depuis trois ans, je l'aime en silence, patiente, persuadée que sa froideur n'est qu'une armure que je finirai par briser. Aujourd'hui, devant Dieu et devant les hommes, il m'a passé l'alliance au doigt. Ce geste a suffi à mon cœur pour croire que tout était possible.J'attends dans la chambre nuptiale, les mains posées sur mes genoux, le souffle court. Les draps sentent la lavande. Je veux croire que c'est lui qui a choisi cette senteur. Je veux croire tellement de choses.La porte s'ouvre enfin.Aydren entre, sa veste noire déboutonnée, la cravate desserrée. Ce soir, je guette une étincelle dans son regard.— Iséline. Il faut que nous parlio







