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POINT DE VUE DE SIENA
Vlan ! La gifle a claqué avec une telle violence qu’elle a semblé un instant suspendre le temps et faire taire le monde entier. Le bourdonnement de la musique jazz qui flottait dans l'espace, le brouhaha feutré, le bavardage incessant des clients attablés, tout s'est évanoui en une fraction de seconde, brutalement remplacé par un sifflement aigu et lancinant qui résonnait au fond de mes oreilles, tandis qu'une traînée de chaleur brûlante s'étirait sur ma joue endolorie. — Sale garce. Tu oses séduire mon fiancé ? Le hurlement strident de la femme a percé le sifflement, s'imprimant durablement dans mon esprit. Je suis restée là, figée au milieu de cette pièce, une main machinalement pressée contre mon visage meurtri, soudain transformée en une farce vivante. Une farce complète, totale, absolument indéniable aux yeux de tous les spectateurs de cette scène. Aujourd’hui, pourtant, c’était l’anniversaire de Jaxon. J’avais pris la peine de demander ma matinée au café où je travaillais pour arpenter les rues et lui choisir un cadeau d'anniversaire qui soit un tant soit peu décent. Mais c’est par le plus grand des hasards que j’étais tombée sur Jaxon, l’homme que j’aimais et chérissais depuis deux longues années, marchant nonchalamment le bras autour d’une femme blonde, en train de flâner devant des vitrines et de regarder des bagues de fiançailles. Ils étaient si près l'un de l'autre, enveloppés dans leur bulle d'exclusivité. Jaxon portait un costume d'une élégance rare, une pièce somptueuse que je ne lui avais jamais vue auparavant, taillée dans un tissu luxueux et manifestement coupée sur mesure par un grand couturier. Il souriait avec une désinvolture totale, et sa voix résonnait avec ce ton particulièrement suffisant que je ne lui connaissais pas. — Sienna ? Chérie, ne te soucie pas d’elle. Je ne l’ai gardée que pour rire. Je lui ai dit que j’étais un peintre fauché qui avait besoin d’elle pour m’entretenir. Elle l’a vraiment cru. Elle me soutient financièrement depuis deux ans. Ha. Je n’ai jamais rencontré de femme aussi stupide de ma vie. La petite boîte cadeau que je tenais encore dans ma main a échappé à mes doigts, frappant durement le sol de marbre avec un petit bruit sec et mouillé qui contrastait cruellement avec la légèreté de leurs propos. Toutes les têtes se sont tournées dans ma direction en même temps, attirées par le choc. L’expression de Jaxon a tressailli l'espace d'un instant, trahissant une surprise très légère avant de se refermer. J’ai enfin pu contempler clairement le visage de la femme blonde qui se tenait à son bras. C'était Aurora Montgomery. Appartenant à la prestigieuse famille Montgomery, elle incarnait la plus haute sphère financière de toute la ville, un monde inaccessible pour des gens comme moi. Elle rayonnait d'une beauté insolente. Ses cheveux dorés cascadeurs retombaient sur ses épaules comme du miel fondu, parfaits en tout point. Et à côté d'elle, je n'étais qu'une ombre misérable. J’étais une simple fille de la campagne. Mon tablier de travail portait encore d'inélégantes taches de café séché, et il y avait des traces de terre profondément coincées sous mes ongles, vestiges des lourdes caisses de marchandises que j'avais dû décharger dès quatre heures du matin. Face à elle, je ressemblais à quelque chose de lamentable, tout juste bon à être raclé sous la semelle d'une botte. La honte m'a envahie avec une telle fulgurance et une telle violence que j’ai cru m’étouffer sur place. Prise de panique, je me suis retournée d'un geste brusque pour m’enfuir et fuir ce regard collectif. Mais les talons hauts d’Aurora m’ont rattrapée en à peine deux enjambées, et sa paume ouverte a violemment claqué sur mon autre joue, redoublant la douleur. — Alors c’est toi la femme qu’il entretenait. Tu l’as entendu, n’est-ce pas ? C’est un Steele. L’héritier des Steele. Qu’est-ce qui t’a fait croire que tu avais ta place près de lui ? Tu es un animal de compagnie. Un jouet avec lequel il s’amuse quand il s’ennuie. Jaxon était un Steele ? Ce nom de famille a traversé mon esprit comme une lame tranchante, me coupant le souffle. Je n’avais jamais eu le moindre soupçon, pas une seule fois en deux ans je n’avais douté de sa sincérité. Il m’avait raconté qu’il était un artiste peintre totalement ruiné, un être marginal trop pauvre pour s'offrir un repas chaud, n'ayant nulle part où dormir et se trouvant littéralement enterré sous des montagnes de dettes dont il ne voyait pas l'issue. Alors, sans hésiter, j’avais cumulé jusqu’à trois emplois pour l'aider à surnager. J'étais debout chaque matin dès quatre heures pour assurer mon service à la boulangerie, et je ne rentrais chez moi qu'après minuit, épuisée par mes heures tardives dans un bar. Je n’avais jamais pris le moindre jour de congé, refusant le moindre luxe. Je me nourrissais des sandwichs les plus bas de gamme trouvés au fond des rayons, et je m'habillais exclusivement en chinant dans les bacs de solde. Chaque dollar, chaque centime que je parvenais à grappiller à force de sueur, je le lui remettais religieusement. Pour ses fournitures de peinture, pour éponger ses soi-disant dettes. Je n’avais jamais trouvé ces sacrifices difficiles à porter. Dans ma naïveté, je pensais simplement que l'amour véritable ne comptait pas ce qu'il donnait. Et voilà que chaque once de dévouement, chaque dollar arraché à ma fatigue servait de sujet de moquerie, étalé sans vergogne sous les yeux d'une foule hilare. La chaleur de mes larmes contenues pressait douloureusement derrière mes paupières. Quelque chose d'épais et d'étouffant s'est logé dans ma gorge, m'empêchant de respirer normalement. Par-dessus l’épaule d’Aurora, j’ai planté mon regard droit dans les yeux de Jaxon, espérant un signe. Dis quelque chose. N’importe quoi. Prononce un simple « Je suis désolé ». Même une excuse maladroite, égoïste, soufflée à la hâte. Mais il se tenait là, les deux mains nonchalamment enfoncées dans les poches de son somptueux manteau, parfaitement à son aise et affichant un amusement manifeste. Son visage, que j'avais trouvé si beau autrefois, arborait un petit sourire condescendant, comme si toute cette scène sordide se déroulait sur un écran de cinéma et ne le concernait en rien. — Qu’est-ce que tu regardes ? Espèce de garce, tu es en train de le séduire sous mes yeux ? s'est emportée Aurora.POINT DE VUE DE RYKER Et chacun de ces petits loups avait décrété que Sienna représentait un mélange parfait entre un membre de la famille chéri et une petite divinité bienveillante.— D'accord, d'accord, calmez-vous un peu...Elle souriait, essayant de détacher délicatement un petit farceur qui s'était agrippé fermement à sa jambe.— Luna est très fatiguée aujourd'hui. Allez plutôt trouver quelqu'un d'autre pour faire l'idiot... Dites-moi, où est Lila ?Lila était notre fille, et elle semblait introuvable dans l'immédiat.— Lila est là-haut sur la colline de derrière ! a crié l'un des louveteaux en pointant le relief du doigt. Elle est en train de mener une grande guerre ! Et l'oncle Jaxon joue le rôle du monstre terrifiant !Sienna et moi avons échangé un regard complice avant de nous mettre en route, prenant la direction de la colline arrière.La clairière située au sommet s'avérait le théâtre d'un véritable chaos réjouissant.Notre fille Lila se tenait juchée au sommet d'un gros
POINT DE VUE DE RYKER Je me tenais planté un beau matin devant l'entrée d'une clinique vétérinaire installée en ville, jetant un regard passablement sombre sur la file d'attente qui patientait sagement devant la porte.Il y avait certes des gens ordinaires qui serraient contre eux des chats dans des paniers, d'autres qui tenaient des chiens en laisse, ou encore quelques porteurs de cages à oiseaux. Tout cela relevait de la plus stricte normalité pour un tel établissement.Ce qui l'était beaucoup moins, en revanche, c'est qu'au moins la moitié de cette file d'attente était composée de jeunes loups de notre meute qui n'avaient strictement aucun animal à faire examiner.— Suivant !La voix claire et professionnelle de Sienna résonna distinctement depuis la salle d'examen principale.Aussitôt, un grand gaillard de jeune loup s'est redressé d'un bloc sur son siège et s'est précipité à l'intérieur de la pièce avec une dévotion presque mystique.— Luna...J'ai perçu sa voix hésitante à trav
POINT DE VUE DE RYKER Sur le plan spirituel de notre lien, nos deux loups continuaient de s'enlacer paisiblement sous le clair de lune, tandis qu'une petite présence nouvelle, fragile et lumineuse, venait se blottir en toute sécurité entre nous.Nous étions désormais trois. Inséparables pour l'éternité.Plusieurs mois plus tard, alors que le jour n'avait pas encore totalement triomphé de la nuit et que l'aube commençait à peine à peindre le ciel de teintes pâles, Sienna a soudain perdu les eaux.Je n'avais jamais ressenti une telle panique de toute mon existence.Pourtant, j'étais l'Alpha incontesté de Winterfall, un chef qui avait affronté sans ciller les pires menaces de Crimsonhowl et traversé les pires tempêtes. Et pourtant, au moment précis où je l'ai soulevée dans mes bras, le corps trempé de sueur froide et secoué par les vagues de la douleur, mes mains elles-mêmes refusaient de s'arrêter de trembler.— Sortez d'ici, Alpha.La sage-femme m'a poussé vers la sortie avec une auto
POINT DE VUE DE RYKER J'avais attendu cet instant solennel pendant un nombre infini d'années. Un laps de temps si long et si lourd qu'il m'avait conduit à supposer autrefois, dans une autre vie que je m'efforçais d'oublier, que je n'aurais jamais le privilège de connaître une telle nuit.— Nerveux ?La voix familière de Zorn résonna doucement à mon épaule, accompagnée de l'esquisse d'un sourire rare sur son visage. Il avait revêtu sa tenue de cérémonie la plus élégante pour assister à l'événement de ce soir. Derrière ses verres correcteurs, ses yeux reflétaient une chaleur sincère et fraternelle.— Non.Ma réponse fut immédiate et catégorique. Je ne l'étais pas le moins du monde. Depuis cette nuit inoubliable survenue il y a huit ans, depuis l'instant précis où ses petits bras s'étaient enroulés pour la première fois autour de mon cou, mon âme avait déjà tranché cette question de manière définitive. La grande cérémonie de ce soir ne servait plus qu'à l'annoncer officiellement au ciel
POINT DE VUE DE SIENNA Ryker se tenait droit au beau milieu de la clairière, tourné dans la direction opposée. Le soleil couchant étirait son ombre puissante loin derrière lui.Il s’était manifestement changé pour l’occasion. Il portait une chemise sombre dont les manches avaient été retroussées jusqu’à mi-avant-bras, révélant ses muscles fermes. Le vent frais du soir venait agiter ses mèches sombres. Il dégageait une aura à la fois redoutable de puissance et étrangement solitaire.— Ryker.À l’entendre, il s’est immédiatement retourné sur ses talons.D’un seul coup d’œil vers moi, ses yeux se sont illuminés de façon spectaculaire, comme si les derniers rayons de l’astre du jour étaient venus se refléter directement au fond de ses pupilles.— Tu es venue, a-t-il prononcé d’une voix sourde.La lumière rasante du crépuscule soulignait la ligne parfaite et volontaire de sa mâchoire.Toute ma curiosité agacée s’est instantanément évaporée lorsque je l’ai vu ramener lentement de derrière
POINT DE VUE DE SIENNA Winston Montgomery siégeait silencieusement au banc des Anciens. Son visage semblait taillé dans le marbre, figé dans une impassibilité glaciale. Pas une seule fois de toute l’audience il n’a daigné poser les yeux sur Aurora.— Sienna Montgomery.L’Ancien qui présidait l’assemblée s’est tourné vers moi, le ton solennel.— En tant que principale victime et en tant que Luna légitime de Winterfall, la coutume vous confère le droit de déterminer vous-même leur sentence.Un silence de mort est retombé instantanément dans la vaste salle.Chaque regard, dans l’assistance, était rivé sur moi dans l’attente de mon verdict.Je me suis levée lentement de mon siège. J’ai fait quelques pas mesurés pour m’approcher du banc où se tenaient Martha et Aurora.Sentant mon approche, Aurora a brusquement redressé la tête. Un éclat de folie furieuse brillait au fond de ses pupilles injectées de rage.— Qu’est-ce que tu vas encore inventer ?Sa voix était devenue rauque, perçant le s







