FAZER LOGINLe reste de la journée aurait dû sembler normal.
Non, ce n'était pas le cas. J'avais à peine fait quelques pas loin de Cassian avant de me retourner. Il était toujours là. Debout. Me regardant.
Nos regards se croisèrent, il sourit et leva une main. Je lui souris à mon tour en tournant au coin de la rue. Pourtant, l'étrange attraction revint. Pas vers Cassian.
Vers les montagnes. Je détestais ça.
« Tu es en train de brûler le pain. » La voix de mon père me ramena à la réalité. Je baissai les yeux. « Oh ! » De la fumée s'échappait de la poêle en volutes.
Je retirai rapidement la poêle du feu. Trop tard. Le pain était déjà noirci. Papa rit sous cape. « Ça fait le troisième maintenant. » « Je sais », répondis-je.
« Tu n'as jamais brûlé de pain avant. » Je soupirai.
« Ouais... j'ai été distraite. » Il s'appuya contre la table, me fixant. « C'est à propos de Cassian ? » « Non, pas du tout. »
« Le Roi Bêta ? » « Non. » Ses yeux se plissèrent.
« Alors c'est à propos de quoi ? Il faut que je sache. » « Si je te le dis, tu vas croire que j'ai perdu la tête. » « C'est plus confidentiel que ça ? » J'hésitai, le fixant du regard.
« Ces dernières nuits, j'ai fait des rêves. »
« Vas-y, quel genre de rêves ? » « Un immense palais d'obsidienne. » Il resta calme. « Un homme, grand. » Toujours calme. « Qui n'arrête pas de m'appeler. » C'est alors que je le remarquai.
Ses doigts se crispèrent sur le bord de la table. Une seconde seulement. Puis il se détendit. « Euh... Les rêves... peuvent sembler réels. » « Je sais, papa. » « Celui-ci l'est beaucoup trop. »
Il s'approcha et posa sa main sur mon épaule. « Reste loin des montagnes pour l'instant. » Je fronçai les sourcils. « Pourquoi ? » « Fais ce que je te dis, ma chérie. » « Oui, mais tu ne m'as pas répondu. » « Je sais. » « Papa... Tu fais toujours ça. »
Un sourire triste traversa son visage. « Un jour, tu comprendras. » Avant que je puisse insister davantage, quelqu'un frappa à la porte d'entrée. Trois coups lents. Mon père ouvrit.
Kael Drakos se tenait dehors. Il semblait bien trop à l'aise pour quelqu'un visitant un autre royaume. « J'espère que je ne dérange pas. » « Et vous êtes ? » répondit mon père. Kael rit.
« J'aime votre franchise... » Puis son regard se posa sur moi. « Vous savez, j'espérais que Lunelle accepterait de faire une promenade avec moi. » « Non ! » répondit mon père immédiatement. Je clignai des yeux. Kael cligna des yeux.
« Ce n'est pas à vous que je posais la question. » « Je sais, c'est toujours non. » « Toujours non ? » Je me mordis la lèvre pour m'empêcher de sourire. Kael semblait sincèrement vexé. « Lunelle. » « Monsieur ? » « Votre père chasse-t-il toujours ainsi les visiteurs ? » Je ris.
« Non... seulement ceux en qui il n'a pas confiance. » Kael soupira théâtralement. « Aïe, ça fait mal. » Papa croisa les bras. Pendant un long moment, ils se dévisagèrent. Aucun des deux hommes ne parla. Kael sourit. Il recula de quelques pas.
« Je reviendrai un autre jour. » « Ce n'est pas nécessaire », dit papa. « Je sais. » Un dernier regard dans ma direction, puis il se retourna et s'éloigna.
Il disparut au bout de la route. Je regardai mon père. « Pourquoi as-tu dû le traiter ainsi ? » « C'est un étranger, il pose trop de questions. »
« Toi aussi. » « Moi, je pose les bonnes questions », répondit-il. Je ne pouvais pas le contredire.
—
La nuit s'installait tranquillement sur la ville. Le sommeil refusait de venir, encore une fois. Je me glissai dehors avant que quiconque ne le remarque.
L'air frais de la nuit m'éclaircit les idées. Comme je l'espérais. Mes pas me menèrent vers la rivière. L'eau coulait doucement sous le clair de lune.
Je m'assis à mon endroit favori. Un rocher. J'entourai mes genoux de mes bras. « Je me doutais que je te trouverais ici. » Je levai les yeux en souriant. « Cassian. »
Il s'approcha et s'assit à côté de moi.
« Tu es parti après le dîner. » « J'avais besoin de réfléchir. » Il hocha la tête. « Je m'en doutais. » Pendant un moment, nous écoutâmes la rivière. Le silence entre nous semblait paisible. Confortable.
Il prit ma main. « J'ai réfléchi, moi aussi. » « À quoi ? » « Je ne veux plus me cacher. » Je le regardai. « Que veux-tu dire ? »
« Je suis fatigué de toujours devoir me cacher. » Son pouce traçait paresseusement des cercles sur mes doigts. « Lunelle, je veux que tout le monde sache que tu es la femme que j'aime. » Mon cœur fit un bond.
« Cassian... » « Oui ! » Ses yeux cherchaient les miens. « Peu m'importe qui s'y oppose. » J'avalai difficilement ma salive. « Je ne sais pas vraiment quoi dire », répondis-je.
Il sourit doucement. « Tu n'as pas besoin de dire quoi que ce soit, reste juste avec moi. » Je me penchai vers lui, incapable de résister. Je me redressai et vins m'asseoir sur lui. Nous nous embrassâmes doucement.
Il sourit contre mes lèvres avant d'approfondir le baiser. Savourant chaque battement de cœur que nous partagions. Le monde s'effaça. Pendant un bref instant suspendu. C'était comme une pure magie.
Quand nous nous séparâmes enfin, j'enfouis mon visage contre sa poitrine, écoutant le rythme régulier de son cœur. Il passa un bras autour de mes épaules.
Pour la première fois depuis un moment, l'étrange attraction disparut. Seul son battement de cœur demeurait. Régulier. Chaleureux. Sécurisant. Il souleva mon menton et l'inclina vers le haut.
« Je pourrais passer l'éternité à t'embrasser. Je t'aime. Je crois que je ne me lasserai jamais de tes lèvres. » Un sourire étira les miennes. « Alors ne t'arrête pas. »
Ses lèvres retrouvèrent les miennes. Un baiser. Lent. Prolongé. Pendant quelques instants, puis il finit par s'écarter. Son pouce effleura ma joue.
Aucun de nous ne remarqua la silhouette qui se tenait de l'autre côté de la rivière. Cachée parmi les arbres et leurs branches. Nous observant.
—
Draven Nightbane se tenait en silence. La lune se reflétait dans la rivière entre eux. Son regard restait fixé sur Lunelle. Souriant à un autre homme.
Son loup arpentait nerveusement son être intérieur. *Va vers elle.* « Pas encore. » *Elle est à toi.* « Je sais. » Sa voix était à peine plus qu'un murmure.
Le vent portait le rire de Lunelle à travers la rivière. La mâchoire de Draven se crispa. Il avait affronté et combattu des Alphas renégats. Gagné des guerres.
Régné sans crainte. Rien ne l'avait préparé à cela.
Regarder un autre homme tenir dans ses bras la femme que le destin lui avait choisie. Il tenta de faire un pas, et soudain une brindille craqua sous sa botte.
Lunelle releva la tête. De l'autre côté de la rivière. Son sourire s'effaça. Elle regarda vers les arbres.
Vers lui.
Draven recula de quelques pas dans l'ombre des branches. Cassian s'était levé. « Qui est là ? » Silence.
Cassian se plaça devant Lunelle, la protégeant. Draven observa encore un instant. Puis il se détourna et disparut dans l'obscurité.
Derrière Draven, une voix rompit le silence.
« Mon Roi. » Draven resta immobile. C'était son assistant. Lucien Blackwood.
« Alpha. Le lien s'éveille. Elle commence à vous reconnaître. » L'expression de Draven demeura indéchiffrable.
« Surveillez-la de près. » « Oui, Alpha, bien sûr. »
Je ne pouvais pas bouger. L'image dans ma tête refusait de disparaître. Une femme en noir. Des yeux argentés.Ce visage. Je l'avais définitivement déjà vu, mais où ? « Lunelle. » La voix de Draven me ramena à la réalité. Je le regardai.« Qu'as-tu vu ? » Je déglutis. « Je ne sais pas. » « Essaie. » Sa voix était calme, mais pas ses yeux.« J'ai vu une femme. » « Qui ? » « Je ne sais pas… » Il m'observa attentivement. « Décris-la. » Demanda-t-il. « Robe noire… yeux argentés… »Son expression changea l'espace d'un instant. Puis elle disparut. « Autre chose ? » Je secouai la tête. « Elle me semblait familière. »La mâchoire de Draven se contracta. « Viens. » Il tendit la main vers la mienne. J'hésitai, puis la pris. À l'instant où nos doigts se touchèrent, une chaleur se répandit dans ma paume. Mon rythme cardiaque changea.Le sien aussi. Il fixa nos mains jointes. Aucun de nous ne parla.—------Le trajet retour vers la ville se fit en silence. J'étais assise à côté de Draven à l'arrièr
Je fixai la femme qui se tenait devant moi. Elle ne ressemblait en rien au genre de personne susceptible de kidnapper quelqu'un.Sa robe rouge épousait parfaitement ses formes. Ses cheveux noirs retombaient sur une épaule, et pas une seule mèche ne semblait déplacée.Je demandai de nouveau : « Qui êtes-vous ? » Elle sourit. « Je suis Selene. » « Pourquoi m'avez-vous emmenée ? » Elle tira une chaise en face de moi et s'assit.« Parce que tu ne serais pas venue de ton plein gré, ma chère. » Je tirai sur les cordes autour de mes poignets. « Détache-moi. Maintenant. »« Pas encore. » « Alors dis-moi, que veux-tu de moi ? » Selene croisa les jambes. « Toi. » Mon estomac se noua. « Juste toi. » « Quoi ? »« Pas ton argent. Pas ta famille. Toi. » Elle tendit la main vers mon poignet, je retirai immédiatement mon bras.Son regard se posa sur le bracelet argenté. « Voilà… » « Quoi ? » « La raison pour laquelle il ne t'a pas encore réclamée. » Je fronçai les sourcils. « Qui ça ? De quoi parlez-
Notre trajet jusqu'à la maison fut silencieux. Cassian gardait une main sur le volant, une musique douce s'échappant des haut-parleurs.Je m'appuyais contre la vitre, regardant les lumières de la ville défiler. « Tu es silencieuse, » dit-il. « Je réfléchis. » « C'est dangereux. » J'ai ri.« On me l'a déjà dit. » ai-je répondu. Il sourit sans quitter la route des yeux. « Je pensais à ce que j'ai dit tout à l'heure. » « Quoi ? » ai-je demandé.« Nous affronterons tout cela ensemble. » Je me suis tournée vers lui. « Et si tu n'y arrivais pas ? » Son sourire s'effaça. « Je ne comprends pas, où veux-tu en venir ? »« Ce que je veux dire, c'est... et si tout ça nous dépassait ? » Il tendit la main et prit la mienne. « Alors nous deviendrons plus grands. »Pour la première fois depuis longtemps, j'ai eu envie d'y croire. Vraiment.—---------Il se gara devant chez moi juste après le coucher du soleil. « Je t'appelle. » « Tu as intérêt. » J'ai souri. Il se pencha par-dessus la console central
Le visage souriant de Lunelle Valemire disparut de l'écran. Le silence saturait le penthouse-bureau surplombant la ville.Elle marcha vers la baie vitrée du sol au plafond, faisant tourner le vin rouge dans son verre.« Alors… »Elle murmura : « Le lien d'âmes s'est enfin réveillé. » Derrière elle, un homme se tenait debout. Vêtu d'un équipement tactique noir.« Devrions-nous agir maintenant ? » Elle sourit. « Haha, pas encore. » « Pourquoi pas ? » « Elle est perdue. »« Les gens perdus sont faciles à contrôler. » Son assistant baissa la tête. « Et le Roi Alpha des Lycans, Draven Nightbane ? »Dès qu'il prononça ce nom, son sourire s'effaça. « Il la protégera. » « Alors comment l'approcher ? »Elle prit une photographie sur son bureau. C'était Cassian Vale. « Nous ne passerons pas par le Roi. »Elle sourit, son doigt effleurant légèrement le visage de Cassian. « Nous passerons par le fils. »—-------Mon téléphone vibra alors que je marchais vers chez moi. Cassian appelait. Je décroch
Les grognements s'intensifiaient. Mon souffle se coupa. Je fixai les arbres et vis, une paire d'yeux luisants devenir deux.Puis quatre. Puis six. Ils ne bougeaient pas. Ils attendaient simplement. « Qu'est-ce que c'est ? » chuchotai-je.L'homme ne répondit pas. Il resta immobile. Ses yeux argentés fixés sur les branches. « Ne bouge pas. » Sa voix était calme. D'une certaine façon, cela m'effraya davantage.« Je peux courir. » J'essayai. « Non. » Sa réponse vint sans hésitation. « Reste, reste derrière moi. » Je ne sais pas pourquoi je lui obéis.Peut-être était-ce l'autorité dans sa voix. Ou peut-être une part de moi qui lui faisait confiance avant même que je connaisse son nom. Quel genre de fille embrasse un homme qu'elle ne connaît même pas ?Les loups sortirent. L'un après l'autre. Grands. Sombres. Leurs babines se retroussaient, révélant des crocs et des dents acérés.Un grognement sourd résonna dans la forêt. Je reculai d'un pas. L'étranger ne broncha pas. « Vous avez franchi la
J'étais déjà hors du lit avant même de réaliser que mon cœur battait la chamade. Les rideaux dansaient au gré du vent.La fenêtre était grande ouverte. Quiconque était entré dans ma chambre avait disparu. Je me précipitai vers la fenêtre et regardai dehors.Rien. Seulement l'obscurité.La ville dormait paisiblement. Ignorante qu'un inconnu venait de se glisser dans ma chambre. Un léger mouvement près de mes pieds attira mon attention.La plume noire. Je la ramassai. Contrairement à la première, celle-ci était froide. Glaciale. Un frisson me parcourut.Qui se cache derrière ces plumes ? Et pourquoi ma chambre ? Soudain, ma porte s'ouvrit en trombe. « Lunelle ! » Mon père se précipita à l'intérieur.« Quel est le problème ? Je t'ai entendue. » Il s'arrêta et fixa la fenêtre ouverte. Son visage s'assombrit. « Dis-moi ce qui s'est passé. »« Je... je ne sais pas. » Il s'approcha et vérifia la fenêtre avant de regarder dehors.« As-tu vu quelqu'un ou quelque chose ? » Je secouai la tête. «







