Se connecterCHAPITRE 4
LE POINT DE VUE DE LYSANDER
Je compose le numéro sans réfléchir.
C’est une habitude. Un réflexe. Quand le vide devient trop grand, quand la maison est trop silencieuse, quand je sens que je vais perdre pied, j’appelle Juliette. Elle vient. Elle ne demande rien. Elle repart. C’est propre, efficace, sans conséquences.
Ce soir, le vide est plus grand que d’habitude.
Je suis dans mon bureau, dans le noir, le téléphone à la main. La journée a été… étrange. Cette fille. Salomé. Elle a laissé quelque chose dans l’air de la maison, une odeur de lavande et d’insolence, un silence qui n’est pas le silence habituel. Je l’ai vue dans la cuisine, ce matin. Ses pieds nus sur le carrelage. Ses cheveux mouillés qui dégoulinaient sur ses épaules. Le tee-shirt blanc trop large qui laissait deviner la courbe de ses seins quand elle se penchait sur la poêle.
J’ai voulu la toucher.
Je ne veux pas vouloir la toucher. Elle est nounou. Elle est employée. Elle est là pour Élise, pas pour moi.
Juliette répond à la deuxième sonnerie.
— Lysander, dit-elle, la voix déjà chaude. Je commençais à croire que tu m’avais oubliée.
— Je n’oublie jamais rien.
Ma voix est basse, posée, celle que j’utilise pour les contrats. Mes doigts tapotent sur la table. Un tic nerveux. Je déteste ce tic.
— Je passe dans une heure, je dis.
— Je t’attends.
Je raccroche.
Une heure plus tard, elle est là.
Je l’entends garer sa voiture dans l’allée. Le claquement de la portière. Ses talons sur les marches. Quand j’ouvre la porte, elle se tient dans l’embrasure, blonde, parfaite, parfumée. Une robe courte qui moule ses hanches. Un décolleté qui montre ce qu’elle veut montrer.
Je la connais par cœur. Je connais son corps, ses gestes, ses bruits. Je sais exactement ce que je vais obtenir d’elle.
— Lysander, dit-elle avec ce sourire que je connais.
Elle entre sans attendre. Ses talons claquent sur le marbre du hall. Elle pose ses mains sur mes épaules, se hausse sur la pointe des pieds, et m’embrasse.
Je réponds au baiser. Mes mains trouvent sa taille, ses hanches, ses fesses. Je la soulève un peu, la plaque contre le mur. Elle rit contre ma bouche.
— Tu as faim, dit-elle.
— Tais-toi.
Je l’embrasse plus fort. Sa langue cherche la mienne. Ses doigts remontent sous ma chemise. Je tire sur sa culotte, elle gémit déjà.
— Pas ici, murmure-t-elle. La nounou…
Je m’arrête une seconde.
La nounou. Salomé. Elle est là-haut, quelque part. Je l’imagine dans sa chambre, allongée dans le lit trop grand, peut-être déjà endormie. Peut-être pas. Je l’imagine avec ses cheveux défaits, ses yeux bleus fermés, ses lèvres entrouvertes. Je l’imagine sans ce tee-shirt blanc qui laissait deviner ses seins.
Je serre les dents.
— La nounou dort, je dis.
Je prends Juliette par la main, je la tire vers l’escalier. Elle fait du bruit — ses talons, son rire, son souffle haletant. Je ne lui dis pas de se taire. Je ne sais pas pourquoi.
Dans le couloir, je m’arrête devant la chambre de Salomé.
La porte est fermée. Aucun bruit. Aucune lumière. Elle dort, peut-être. Ou elle fait semblant. Ou elle écoute, immobile dans le noir, le cœur battant.
Je reste une seconde de trop.
— Lysander, souffle Juliette contre mon oreille. Viens.
Je l’entraîne dans la chambre d’à côté.
Elle ne m'a pas laissé le temps de réfléchir. Dès que la porte s'est refermée, elle était sur moi. Ses mains ont défoncé ma ceinture avec une urgence qui m'a coupé le souffle. Le cliquetis du métal a résonné dans le silence de la chambre, un son violent qui a fait monter le sang à mes tempes. Elle a ouvert ma braguette d'un geste sec, et ses doigts ont glissé sous ma chemise, cherchant ma peau à nu. Elle connaît mon corps, elle le connaît mieux que moi parfois. Elle sait exactement où poser ses doigts pour que je perde tous mes moyens, où appuyer pour arracher un gémir de ma gorge. Je l'ai laissée faire. Je me suis simplement abandonné, les yeux fermés, me concentrant uniquement sur la sensation de ses onnes qui traçaient des motifs brûlants sur mon torse et mon abdomen.
Mes mains, elles, ont voulu tout prendre à la fois. J'ai plongé mes doigts dans ses cheveux, soyeux et emmêlés, tirant légèrement pour exposer son cou. Sa peau était chaude, pulsante de vie. J'ai glissé mes mains le long de sa nuque, sentant les frissons qui la parcouraient sous mes touches, puis j'ai remonté sous sa robe. Le tissu était fin, une barrière insignifiante entre nous. J'ai senti la courbe de ses reins, puis la fermeté de ses fesses. Elle a haleté contre mon cou, son souffle chaud et irrégulier.
Je ne pouvais plus attendre. J'ai saisi ses cuisses, la soulevant sans effort comme si elle ne pesait rien. Elle a enroulé ses jambes autour de ma taille, m'attirant contre elle. Je l'ai portée jusqu'au lit et je l'y ai posée doucement, comme on dépose une offrande. Le matelas a craqué sous notre poids combiné. Je me suis penché sur elle et je l'ai embrassée avec une faim dévorante. Ce n'était pas un baiser tendre, c'était une agression, une revendication. Ma bouche a quitté la sienne pour descendre le long de sa mâchoire, m'attarder sur la peau sensible de sa gorge, sentant son cœur battre la chamade sous mes lèvres.
J'ai continué ma descente, attirant par l'odeur de son désir. J'ai baisé la peau de son décolleté, puis le galbe de ses seins. Elle s'est cambrée sous moi, son corps se tendant comme un arc. Un gémir s'est échappé de ses lèvres, un son rauque et rempli de supplication.
— Lysander … a-t-elle murmuré, mon nom sur sa langue comme une prière.
Le son de ma voix l'a ramenée à la réalité, ou peut-être l'a-t-il plongée plus profondément dans le fantasme. Elle a éclaté de rire, un rire bas, complice, qui a vibré contre ma poitrine. Ce rire me gratte toujours les nerfs de la meilleure des façons. C'est le rire de quelqu'un qui détient un secret, une arme.
— Tu as peur qu'elle t'entende ? La petite nounou ? a-t-elle chuchoté, ses yeux brillants de malice.
Le prénom de la nounou a agi comme un seau d'eau glacée, mais pas pour éteindre mon désir. Au contraire. L'image de la nounou, juste de l'autre côté de la cloison, peut-être déjà endormie, peut-être éveillée et tendant l'oreille, a électrisé tout mon corps. J'ai senti une bouffée d'adrénaline pure monter le long de mon échine. Je n'ai pas peur. Je ne crains pas la découverte. Ce que je ressens est plus complexe, plus sombre. C'est l'excitation du risque, la transgression pure et simple.
— Je n'ai pas peur, ai-je répondu.
Ma voix était froide, plus que je ne l'avais prévu. Je n'aime pas qu'on me pose ce genre de questions, pas maintenant. Je n'aime pas qu'on me parle d'elle à ce moment précis, comme si son fantôme pouvait s'inviter dans notre lit. Juliette a dû sentir le changement de mon humeur, le durcissement de mon regard, mais elle n'a pas reculé. Au contraire, elle s'est enfoncée davantage dans le jeu.
— Alors fais taire cette petite nounou, a-t-elle lancé avec un défi mordant. Fais-moi du bruit.
C'était trop. La provocation, l'audace, la mention explicite de l'autre femme. Quelque chose en moi a cédé. Le contrôle que je m'efforçais de maintenir s'est brisé. Je l'ai attrapée par les hanches avec une force brutale, laissant des empreintes de doigts sur sa peau pâle. Je l'ai retournée d'un geste sec, la mettant à quatre pattes au centre du lit. Elle n'a pas résisté, elle a suivi le mouvement, offrant son dos, son cul, sa vulnérabilité.
Je l'ai plaquée contre le matelas, mon poids écrasant le sien dans les draps froissés. J'ai passé mon bras autour de sa taille, la tirant fermement contre mon bassin. Elle était prête. Elle est toujours prête pour moi, humide et ouverte, impatiente de me prendre. J'ai senti sa chaleur contre moi, une invitation silencieuse que je n'avais aucune intention de refuser. J'ai ajusté ma position, mon sexe dur et pulsant cherchant son entrée, prêt à la prendre, prêt à tout oublier sauf le friction de nos corps et le risque fou de nous faire surprendre
CHAPITRE 10LE POINT DE VUE DE LYSANDER Je mens.Bien sûr que je mens.Elle a failli me percer à jour, ce matin, dans sa chambre. Ses yeux bleus fixés sur le petit dôme noir dans l’angle, cette certitude dans sa voix. « C’est une caméra. » J’ai senti le sol se dérober sous mes pieds pendant une fraction de seconde. Puis j’ai fait ce que je sais faire le mieux : j’ai repris le contrôle.« Ça ressemble à une caméra. Donc ce n’est pas une caméra. »Elle a mordu à l’hameçon. Pas complètement elle est trop intelligente pour ça mais assez. Assez pour que je garde mon secret.Car c’est bien une caméra.Je l’ai installée moi-même, la veille de son arrivée. Je me suis dit que c’était pour la sécurité. Pour surveiller Élise, au cas où. Pour garder un œil sur cette nounou aux méthodes douteuses, à l’insolence dérangeante.Je la regarde dormir, allongée dans le lit trop grand, ses cheveux défaits sur l’oreiller, ses mains ouvertes sur les draps. Je la regarde se tourner, se retourner, tirer la c
CHAPITRE 9 LE POINT DE VUE DE SALOMÉ Je l’attends.Depuis hier, je l’attends. Depuis que j’ai vu cette chose dans l’angle de ma chambre — ce petit dôme noir, discret, invisible si on ne sait pas chercher. Depuis que j’ai compris que je n’étais pas paranoïaque, que cette sensation d’être observée n’était pas dans ma tête.Depuis que j’ai murmuré « Bonne nuit, Lysander » en fixant l’objectif, et que j’ai su qu’il était là, de l’autre côté, à me regarder.Ce matin, je me suis levée avant lui. J’ai enfilé un jean, un simple tee-shirt blanc, pas de soutien-gorge. J’ai laissé mes cheveux défaits. Je ne me suis pas cachée. Je ne me cache plus.Je l’attends dans le couloir, adossée au mur, les bras croisés.Ses pas résonnent dans l’escalier. Lents, mesurés, ceux d’un homme qui n’est jamais pressé parce que le monde attend après lui. Je l’entends s’approcher. Mon cœur bat plus vite, mais ma respiration reste calme. Je ne vais pas reculer. Pas cette fois. Pas devant lui.Il apparaît au bout d
CHAPITRE 8 LE POINT DE VUE DE LYSANDER Je monte l’escalier les mains dans les poches, les mâchoires encore serrées. La cuisine est restée derrière moi, avec son odeur de café et cette fille aux yeux bleus qui m’a dit « La prochaine fois, allez ailleurs » comme si elle avait le droit de me dicter ma conduite.Personne ne me dicte ma conduite.Mes pas sont lourds sur le parquet. Je traverse le couloir, je passe devant la chambre de Salomé — porte fermée — et je m’arrête devant celle d’Élise.Je frappe doucement. Deux coups. Un rituel qu’elle ne reconnaît même pas, mais que je répète chaque matin parce que c’est la seule chose que je sais faire correctement.— Élise ? C’est papa.Silence.J’ouvre la porte.Elle est assise dans son fauteuil, la même position que toujours. Les genoux repliés contre sa poitrine, la poupée serrée entre ses bras. Ses cheveux blonds sont en bataille, ses yeux clairs fixent le vide devant elle. Elle a l’air d’une petite chose fragile, égarée, suspendue entre
Chapitre 7LE POINT DE VUE DE LYSANDERJe ne dors jamais longtemps après Juliette. Le vide revient toujours, plus grand qu’avant. Je descends à la cuisine, je me fais un café, je le bois debout devant la fenêtre, en regardant le jardin japonais.La maison est silencieuse. Élise dort encore. Salomé aussi, peut-être.Je pense à ce que je vais lui dire, si elle a entendu. Rien, sans doute. Ce n’est pas ses affaires. Ce n’est pas son rôle. Elle est là pour ma fille, pas pour juger ma vie privée.Mais quand j’entends ses pas dans l’escalier, mon cœur rate un battement.Je ne me retourne pas tout de suite. Je l’écoute descendre. Ses pieds nus sur le parquet, puis sur le carrelage de la cuisine. Elle s’arrête sur le seuil.— Bonjour, dit-elle.Sa voix est neutre. Mais il y a quelque chose dedans — une dureté, une froideur, que je ne lui connaissais pas.Je me retourne.Elle est là, dans l’embrasure. Un jean, un pull large, les cheveux attachés n’importe comment. Elle a les cernes noirs. Ses
CHAPITRE 6 [ 1 H PLUTÔT _PENDANT QUE LYSANDER ÉTAIT AVEC JULIETTE] LE POINT DE VUE DE SALOMÉJe commence à sombrer quand la porte d’entrée claque en bas.Je sursaute. Mes yeux s’ouvrent dans le noir. Un instant, je crois à un cambriolage — mais qui cambriolerait une maison aussi sécurisée ? Puis j’entends des voix. Des pas dans l’escalier. Des pas de femme — des talons, un claquement sec sur le marbre.Mon cœur rate un battement.Je me lève sans bruit, je vais vers la porte, j’écoute. Les voix montent, étouffées par les murs épais. Celle de Lysander, d’abord — basse, différente de celle que j’ai entendue dans la cuisine. Plus… relâchée. Et une autre voix. Une voix de femme, grave, un peu rauque.Je n’entends pas les mots. Mais j’entends le ton.Puis un rire. Le rire de Lysander. Je ne l’avais jamais entendu rire. C’est un son étrange, presque inhumain, comme si la joie lui était devenue étrangère.Une porte s’ouvre. Pas la mienne. Celle d’à côté.Je retiens mon souffle. La chambre v
CHAPITRE 5 LE POINT DE VUE DE LYSANDER Le bois du cadre du lit craqua sous mes jointures, un avertissement que j'ignorai délibérément. Je regardais Juliette sous moi, offerte et tremblante, ses genoux enfoncés dans le drap à fleurs fanées. Sa position, ce dos cambré et cette chatte ouverte qui m'attendait, était une invitation trop tentante pour la prudence. J'ai posé ma main gauche sur sa hanche, la peau chaude et lisse sous ma paume, et j'ai senti qu'elle retenait son souffle.Je n'ai pas attendu. J'ai guidé ma bite vers son entrée, la tête déjà douloureuse de tension. Le contact fut électrique. J'ai poussé mes hanches en avant, enfonçant ma queue dans sa chatte humide d'un coup sec. Elle a laissé échapper un cri étouffé contre l'oreiller, ses doigts se crispant sur le tissu. La chaleur l'était intense, un étau serré qui m'a englouti jusqu'aux couilles. Je me suis arrêté un instant, savourant cette sensation de plénitude absolue, la façon dont ses parois internes s'adaptaient à ma







