LOGINEngagée comme nounou par Lysander Vale, un milliardaire aussi glacial qu’obsessionnel, Salomé Azur n’a rien de la gouvernante modèle. Avec ses Docs Martens, son franc-parler et un regard qui enflamme les silences, elle débarque dans la vie feutrée du magnat avec une seule intention : le faire craquer, pierre à pierre. Lysander Vale contrôle tout — ses affaires, ses employés, ses pulsions. Il a installé des caméras partout dans la villa, persuadé que cette fille au sourire insolent cache quelque chose. Ce qu’il découvre, nuit après nuit, écran après écran, est bien plus dangereux : Salomé Azur sait qu’il la regarde. Et elle joue. D’un geste trop lent en retirant ses collants après une longue journée. D’une robe d’été qui glisse sur son épaule en pleine chaleur. D’un regard appuyé, chargé de ce qu’elle lui ferait s’il osait descendre de sa tour d’ivoire. Mais ce jeu de pouvoir brûlant se corse quand l’attirance devient obsession. Lysander Vale ne veut plus seulement la regarder : il veut la toucher, la posséder, l’entendre dire son prénom dans le noir. Et Salomé , qui croyait mener la danse, découvre que faire perdre le contrôle à un homme qui n’a jamais rien lâché pourrait bien l’emporter elle-même… dans un tourbillon où désir et pouvoir s’entrechoquent jusqu’à l’incandescence.
View MoreChapitre 1
LE POINT DE VUE DE SALOMÉ
L’entrée ressemblait à un mausolée.
Je pose le pied sur le marbre blanc et j’ai l’impression de souiller un autel. Mes Docs Martens usées, lacets dépareillés, semelles éraflées, semblent crier sur cette surface immaculée. Je m’arrête une seconde, juste assez pour que l’écho de mes pas se taise, et je lève les yeux.
Tout est blanc. Blanc, minéral, absolu. Les murs, le sol, l’escalier suspendu qui semble flotter dans le vide, même la lumière une lumière froide, filtrée, sans chaleur. On dirait un laboratoire. Ou une tombe.
— Mademoiselle Azur ?
La voix vient de nulle part. Ou plutôt, du plafond. Je lève les yeux vers un petit dôme noir, niché dans l’angle, et je lui adresse un sourire que je sais indéchiffrable.
— Lui-même, je souffle en repoussant une mèche de mes cheveux sombres.
Un déclic. Une porte s’ouvre au fond du hall, dévoilant un couloir aussi long qu’un couloir d’hôpital. Je m’y engage sans hâte, mes semelles claquent contre le marbre, et je prends soin de balancer les hanches un peu plus que nécessaire. Parce que si on m’observe et je sais qu’on m’observe autant donner du spectacle.
Le bureau est aussi aseptisé que le reste. Une baie vitrée immense ouvre sur un jardin japonais trop parfait pour être vrai. Un bureau en verre fumé, pas un papier, pas un grain de poussière. Et derrière ce bureau, un homme.
Lysander Vale.
Je l’ai googlé, évidemment. On ne débarque pas chez un milliardaire sans savoir à qui on a affaire. Les photos ne rendent rien. Dans la réalité, il y a cette chose, ce magnétisme qui fait qu’on oublie de respirer. Ses traits sont parfaits — trop parfaits, presque coupants, comme taillés dans le même marbre que son hall. Les cheveux sombres, à peine plus clairs que ses yeux, des yeux couleur de tempête qu’il pose sur moi sans un mouvement. Il ne s’est même pas levé.
— Vous êtes en retard, dit-il.
Sa voix est basse, posée, sans agressivité apparente. Juste un constat. Comme si mon retard était une anomalie qu’il avait prévue et qu’il se contentait d’enregistrer.
Je hausse une épaule, fais pivoter mon sac à dos d’un geste nonchalant.
— Le RER B a eu un problème de signalisation.
— Vous auriez dû anticiper.
— J’ai anticipé qu’on me ferait chier pour dix minutes, je réponds avec un sourire en coin. J’avais raison.
Le silence s’installe. Mes yeux, ce bleu trop clair qui m’a valu mon prénom, soutiennent son regard sans ciller. Je le vois analyser mes Docs, mon jean usé jusqu’à la trame, mon pull en laine trop large qui dévoile juste assez ma clavicule. Je le vois ranger chaque détail dans une case, probablement celle intitulée inacceptable.
— Asseyez-vous, dit-il enfin.
Je m’assois en face de lui, je croise les jambes, je me laisse aller contre le dossier. Le fauteuil est en cuir froid, comme tout le reste.
— Je vais être direct, reprend-il en ouvrant un dossier devant lui le mien, je comprends, avec une photo d’identité où j’ai dix-huit ans et les cheveux violets. Votre CV est… inhabituel.
— Merci.
— Ce n’était pas un compliment.
— Je sais.
Il lève les yeux. Pour la première fois, quelque chose d’autre traverse son regard — une lueur, fugace, que je n’aurais su nommer. Intérêt ? Agacement ? Je ne sais pas, mais je l’ai vu. Et ce petit rien me fait sourire davantage.
— Vous avez été éducatrice en centre spécialisé, poursuit-il en tournant une page. Puis en institution pour enfants autistes. Puis en foyer pour adolescents en décrochage. Chaque poste s’est terminé après moins d’un an. La dernière mention est un licenciement pour « méthodes non conventionnelles ».
— J’ai fait danser les gamins sur du punk un mercredi après-midi, je précise, les mains croisées sur mes cuisses. La direction trouvait que ça « excitait les comportements ».
— Et vous, qu’en pensez-vous ?
— Je pense que ces gamins-là avaient besoin d’un peu de bruit dans leur silence.
Il referme le dossier. Ses doigts — longs, parfaits, des doigts de pianiste ou de chirurgien — se posent sur le verre fumé. Il me regarde longuement, comme on regarde une pièce qu’on hésite à jouer.
— Ma fille, Élise, a six ans. Elle n’a pas prononcé un mot depuis le décès de sa mère. Il y a dix mois. J’ai fait venir des orthophonistes, des psychiatres, des éducateurs spécialisés. Aucun n’a obtenu de résultat. Vous êtes mon dernier essai avant une institution spécialisée.
Mon ventre se serre. Institution. Le mot résonne comme un couperet. Je connais ces lieux — des couloirs blancs, des protocoles, des petites âmes rangées dans des cases. Je ne laisserai pas une gamine de six ans finir là.
— Je veux la rencontrer, je dis simplement.
— Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne. D’abord, nous parlons du contrat, des horaires, de vos—
— Je veux la rencontrer, je répète en me penchant en avant, les coudes sur le bureau de verre. Je ne signe rien avant de l’avoir vue.
Nos regards s’affrontent. Je vois son imperceptible crispation, la façon dont sa mâchoire se serre. Personne ne lui parle comme ça. Personne ne pose ses coudes sur son bureau. Personne ne le regarde avec cet air de dire je ne suis pas à vendre.
— Dix minutes, dit-il en se levant.
Il est grand. Plus grand que ce que les photos laissaient imaginer. Et en se levant, il déploie une présence qui rend soudain le bureau minuscule. Je ne recule pas. Je me lève aussi, et je le suis dans le couloir, consciente de la distance entre nous — quelques centimètres seulement, assez pour sentir le parfum boisé qui émane de lui, assez pour voir la tension dans ses épaules sous la veste parfaitement coupée.
Il n’aime pas perdre le contrôle, je pense. Et je viens de lui montrer qu’il n’en a aucun sur moi.
La chambre d’Élise est un monde à part. Ici, plus de blanc stérile. Des murs bleu pâle, des nuages peints au plafond, une bibliothèque débordant de livres, des poupées sagement alignées sur une étagère. Et au milieu, blottie dans un fauteuil trop grand, une petite fille aux cheveux blonds comme les blés, qui tient une poupée contre elle et regarde le vide.
Je m’accroupis à quelques mètres, à hauteur d’enfant.
— Salut, Élise. Je m’appelle Salomé.
Pas de réponse. Les yeux clairs — ceux de son père, je comprends — restent fixés sur le vide. Lysander se tient dans l’embrasure, bras croisés, regard impénétrable. Je l’ignore.
— J’ai apporté quelque chose, je dis en fouillant dans mon sac.
J’en sors une pierre, un galet bleu que j’ai ramassé des mois plus tôt sur une plage de Bretagne, lisse comme une caresse. Je le pose par terre, à mi-chemin entre elle et moi.
— Ça s’appelle une pierre à vœux. On la prend dans la main, on ferme les yeux, et on fait un vœu. Et après, la pierre garde le secret. Moi, je l’ai gardée longtemps. Mais je pense qu’elle a besoin d’une nouvelle maison.
Le silence s’épaissit. Je ne bouge pas. Je me contente d’être là, dans ce silence, sans rien exiger. Derrière moi, je sens l’impatience de Lysander, sa façon de peser les secondes comme s’il les comptait.
Puis Élise bouge.
C’est infime — un frémissement des doigts, une rotation du poignet. Mais ses yeux quittent le vide pour se poser sur la pierre bleue. Elle ne la prend pas, mais elle la regarde. C’est déjà quelque chose.
Je me relève doucement, sans un bruit.
— Je laisse la pierre ici, je dis à voix basse. Si tu veux lui confier un secret, elle est douée pour ça.
Je recule jusqu’à la porte, je croise le regard de Lysander. Il ne dit rien, mais il y a dans ses yeux une chose que je n’ai pas vue dans le bureau. Une fêlure.
Dans le couloir, il me rattrape d’une main sur mon bras. La pression est légère, mais ferme. Assez pour que je m’arrête. Assez pour que je sente la chaleur de ses doigts à travers mon pull.
— Qu’est-ce que vous venez de faire ? demande-t-il.
— Mon travail.
— Ce n’est pas votre travail. Vous n’êtes pas encore engagée.
— Alors engagez-moi.
Il me lâche. Ses mains retournent dans ses poches, comme s’il venait de se brûler. Je soutiens son regard, ce bleu tempête qui semble vouloir me traverser pour trouver une faille, un angle mort, quelque chose à contrôler.
— Trois mois, dit-il enfin. Trois mois pour qu’elle parle. Si vous réussissez, vous aurez ce que vous demandez. Si vous échouez, vous partez sans recommandation.
— Marché conclu, je dis en tendant la main.
Il hésite une seconde. Puis il prend ma main. Sa peau est chaude, contrairement à ce que j’imaginais. L’attouchement dure une fraction de seconde de trop — juste assez pour qu’un courant passe, invisible, électrique.
Je retire ma main la première.
— Je commence demain, je lance en m’éloignant dans le couloir.
Je sens son regard sur ma nuque, sur le balancement de mes hanches, sur tout ce que je ne lui donne pas. Et quand je franchis la porte, j’adresse un sourire au petit dôme noir de la caméra.
Joue pour moi, petit prince. Je vais t’apprendre à perdre.
CHAPITRE 56 : EPILOGUE Cinq ans plus tard.Le jardin japonais est en fleurs. Les érables sont rouges, les cerisiers sont roses, les pierres grises brillent sous la pluie fine du printemps. La maison est pleine de rires. De cris. De pas qui courent. De portes qui claquent.— Léo, ne cours pas comme ça !— Maman, il m'a pris ma poupée !— C'est moi qui l'avais en premier !— Les enfants, calmez-vous !La vie.Elle a éclaté dans cette maison comme une tempête de joie, de bruit, de désordre. Les murs blancs sont couverts de dessins d'enfants. Le canapé en cuir porte les traces de feutres indélébiles. La cuisine sent le chocolat et la pâte à crêpes.Je ne reconnais plus cette maison.Je ne reconnais plus ma vie.Je ne reconnais plus celle que j'étais, il y a sept ans — celle qui est entrée dans cette maison avec ses Docs Martens usées, ses cheveux défaits, sa valise pleine de doutes.Je suis devenue quelqu'un d'autre.Une mère. Une compagne. Une femme.Peut-être même une épouse, bientôt.
CHAPITRE 5509 MOIS PLUS TARD Troisaucunes.C'est le nombre de nuits blanches que j'ai passées à regarder mon ventre, à écouter les coups de pieds, à imaginer son visage. Un garçon. Nous avons appris il y a quatre mois. Un petit garçon. Lysander pleurait debout dans la salle d'échographie, ses mains sur ma peau, ses yeux rivés sur l'écran.Un fils.Il avait déjà une fille. Élise. Ma fille, aussi, maintenant. Mais un fils. Un petit garçon qui porterait peut-être son prénom, ou celui de son père, ou un autre, un nouveau, un juste à lui.Aujourd'hui, c'est le jour.Je le sens. Depuis ce matin, des contractions. Légères. Espacées. Puis plus rapprochées. Puis plus fortes.— C'est pour aujourd'hui, j'ai dit à Lysander.— T'es sûre ?— Mon ventre se contracte depuis six heures. Je suis sûre.Il a posé sa main sur mon ventre. Il a attendu. Une contraction est venue. Ses yeux se sont écarquillés.— Je vais chercher le sac, il a dit.Il est parti en courant. Comme un dératé. J'ai ri. Malgré la
CHAPITRE 54 LE POINT DE VUE DE Salomé — Fais le test.— Non.— Salomé…— Je ne peux pas, Lysander. Je ne peux pas affronter ça. Pas maintenant. Pas après tout ce qu’on a traversé.Il me prend dans ses bras. Il me serre contre sa poitrine. Sa peau est chaude, rassurante.— Tu n’es pas seule, dit-il.— Je sais.— Je suis là. Je serai là. Quoi qu’il arrive.— Tu dis ça parce que tu veux un enfant.— Je dis ça parce que je t’aime. Parce que si tu es enceinte, c’est notre enfant. Parce que je serai le père qu’il mérite. Parce que tu seras la mère qu’il mérite. Parce qu’on est une équipe, toi et moi.Je lève la tête. Mes yeux sont humides.— Tu crois que je vais être une bonne mère ?— Tu es déjà une mère pour Élise. Et elle ne s’en est jamais plainte.— Élise, ce n’est pas ma fille.— Pour elle, si.Je pose ma main sur mon ventre. À plat. Mon ventre est encore plat. Mais il y a peut-être quelque chose là-dessous. Une vie. Une petite vie qui grandit sans que je le sache.— Tu vas faire le
CHAPITRE 53 LE POINT DE VUE DE SALOMÉ Ses mots flottaient dans l'air humide, suspendus entre nous comme une condensation impossible à essuyer. T'es enceinte. La phrase résonnait dans ma tête, faisant écho au battement de mon cœur qui s'était emballé contre mes côtes. Je ne pouvais pas le regarder. Si je croisais son regard, si je voyais cette certitude plantée dans ses iris, tout deviendrait réel, tangible, définitif. J'ai détourné les yeux, fixant le carrelage froid où une goutte d'eau tremblait avant de glisser vers la bonde.Mes jambes ne me portaient plus. Je me suis éloignée de lui, d'un pas maladroit, traînant la lourdeur de ce moment, pour aller m'asseoir sur le rebord de la baignoire. La porcelaine était glacée sous mes cuisses nues, un choc brutal qui me traversa l'épine dorsale. Je me suis laissée tomber, le dos voûté, les coudes posés sur mes genoux, le visage enfoui dans mes mains. L'odeur de vanille et de sueur, si envoûtante quelques minutes plus tôt, me tournait maint






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