ログインEt puis Antoine, bien sûr. Antoine qui est entré dans ma vie sans faire de bruit, sans rien demander, sans rien promettre. Antoine qui m'a redonné le sourire, la confiance, l'amour. Antoine qui m'a épousée, qui m'a offert une fille, qui a fait de moi la femme que je suis aujourd'hui. Je pense à Davide, parfois. Moins souvent qu'avant, mais encore. Je ne le hais plus, je ne lui en veux plus. Il est détruit, sa vie est en ruines, sa carrière est anéantie, sa famille est brisée. C'est sa punition, sa pénitence, sa damnation. Je ne souhaite pas son malheur, mais je ne le plains pas non plus. Il a récolté ce qu'il a semé. Je pense à Valentina, aussi. Elle qui m'a volé ma maternité, mon corps, ma vie. Elle qui a tout orchestré, tout planifié, tout calculé. Je ne sais pas ce qu'elle est devenue, où elle vit, ce qu'elle fait. Et au fond, je m'en moque. Elle ne fait plus partie de ma vie, elle n'a plus de pouvoir sur moi. Je pense à Léo, enfin. Mon petit Léo, mon bébé qui n'était pas le mi
Je les serre contre moi, ma famille, mon trésor, ma raison de vivre. J'ai failli perdre tout cela, il y a quatre ans. J'ai failli mourir, seule et désespérée, dans une petite maison de Collioure. Mais je me suis relevée. J'ai écrit, j'ai aimé, j'ai vaincu. Et aujourd'hui, je suis là, debout, vivante, triomphante. La soirée continue, les discours se succèdent, le champagne coule à flots. Des journalistes m'interviewent, des lectrices me demandent des dédicaces, des écrivains me félicitent. Mais moi, je ne vois que les visages de ceux que j'aime, ceux qui m'ont soutenue, ceux qui m'ont sauvée. Camille, ma sœur, mon double, ma gardienne. Sans elle, je serais morte dans cette chambre d'hôtel sordide, le jour où j'ai découvert la vérité. Sans elle, je n'aurais jamais trouvé le courage de partir, de fuir, de recommencer. Antoine, mon amour, mon roc, mon refuge. L'homme qui m'a redonné le sourire, qui m'a réappris à aimer, qui m'a offert une nouvelle vie, une nouvelle famille. Anna, ma
Elisa Mon deuxième livre reçoit un prix littéraire important. C'est une nouvelle qui arrive par un matin d'automne, alors que la lumière est douce et dorée sur les collines d'Aix-en-Provence. Le téléphone sonne au milieu du petit-déjeuner, je décroche sans savoir que ma vie va, une fois de plus, prendre un tournant décisif. — Madame Mercier ? Ici le secrétariat du Prix du Roman de la Résilience. J'ai l'honneur et le plaisir de vous annoncer que votre roman, "Clara et Rose", a été choisi par notre jury pour recevoir le prix cette année. Toutes nos félicitations. Je reste muette, le téléphone à la main, le cœur battant. Le Prix du Roman de la Résilience. C'est un prix prestigieux, créé il y a dix ans par une fondation qui lutte contre les violences faites aux femmes. Un prix qui récompense chaque année un roman qui parle de reconstruction, de renaissance, de survie. — Madame Mercier ? Vous êtes toujours là ? — Oui, oui, je suis là. Je suis désolée, je suis un peu... surprise. —
Je hoche la tête, mais je n'y crois pas vraiment. Valentina, changer ? Valentina, regretter ? C'est impossible. C'est contraire à tout ce que je sais d'elle, à tout ce que j'ai vécu avec elle. Mais Léo, lui... Léo se souvient de moi. Léo a vu ma photo. Léo a dit que j'étais sa maman. C'est la seule chose qui compte. La seule. Je remercie Mercè, je finis mon café, je retourne à la villa. Le soleil brille sur les oliviers, les cigales chantent, la vie continue. Mais aujourd'hui, le passé est revenu, il a frappé à ma porte sans prévenir, il s'est invité dans mon présent. Antoine est déjà rentré, il est en train de préparer le déjeuner dans la cuisine. Il voit mon visage, mes yeux rougis, mes joues encore humides de larmes. — Elisa ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu as pleuré ? — Mercè m'a annoncé quelque chose. Quelque chose d'important. — Quoi donc ? — Valentina est venue à Collioure, l'été dernier. Avec Léo. Antoine pose son couteau, il s'approche de moi, il me prend dans ses bras
Elisa C'est Mercè qui m'apprend la nouvelle, un matin, alors que nous prenons le café sur sa terrasse. Nous sommes revenues à Collioure pour les vacances d'été, comme chaque année depuis trois ans maintenant. C'est devenu un rituel, une tradition sacrée. Chaque mois de juillet, nous louons la même villa, nous retrouvons les mêmes amis, nous goûtons aux mêmes plaisirs simples – la mer, le soleil, la fougasse de Mercè, le muscat de Tino. Ce matin-là, Antoine est parti emmener Anna et Clémence au marché. Je suis seule avec Mercè, assise sous la tonnelle, une tasse de café à la main. Le jardin embaume la lavande et le romarin, les cigales chantent dans les oliviers, la vie est douce, paisible, parfaite. Et puis Mercè pose sa tasse, elle me regarde avec une expression grave, presque solennelle. — Ma petite, il faut que je vous dise quelque chose. Quelque chose que j'aurais dû vous dire il y a longtemps, mais je ne savais pas comment. Je ne savais pas si c'était une bonne idée. Mon c
Je lève mon verre, je regarde les visages qui m'entourent. Mercè, avec son chignon gris impeccable et ses yeux noirs qui brillent de malice. Tino, avec sa casquette de marin et son sourire édenté. Paulo, avec ses mains calleuses et son cœur immense. Jo, avec ses histoires de pirates et ses coquillages rares. Antoine, avec son regard gris qui me dit tout sans un mot. Anna, avec ses rires d'enfant qui illuminent le jardin. Clémence, avec son appareil photo et ses rêves de photoreporter. — À la vie, dis-je simplement. — À la vie, répondent-ils en chœur. Et je bois, et je souris, et je suis heureuse. Après le déjeuner, je descends sur le port. J'ai besoin de marcher, de sentir les galets sous mes pieds, de respirer l'air du large. Antoine est resté avec Anna à la maison, pour une sieste bien méritée. Clémence m'accompagne, son appareil photo à la main, mais elle respecte mon silence, elle ne pose pas de questions, elle se contente de mitrailler le paysage. Le port est calme à cette
Quand j'ai fini, quand j'ai déversé toute l'histoire de ma destruction programmée, elle reste silencieuse un long moment. Puis elle prend une profonde inspiration et parle d'une voix que je ne lui connaissais pas, une voix dure, résolue, implacable. — Ces monstres. Ces monstr
Je la regarde. Elle est là, à mon doigt, depuis trois ans. Je ne l'ai jamais retirée, même pour dormir, même pour prendre ma douche, même pour cuisiner. Elle fait partie de moi, de ma main, de mon corps. Elle est devenue une extension de ma peau, un membre fantôme, une partie de mon id
L'aube me trouve toujours là, dans la même position, les genoux ankylosés, les yeux rouges et gonflés, la gorge sèche. La lumière grise du petit matin filtre à travers la fenêtre du couloir, une lumière sale, blafarde, qui éclaire les photos d'un jour nouveau, d'un jour cruel. Je les r
Une musique de fond qu'il n'écoute plus. Une mélodie familière qui se fond dans le bruit de la rue, dans le ronronnement du réfrigérateur, dans le tic-tac de l'horloge. Il m'embrasse le front sans me voir. Ses lèvres effleurent ma peau comme u







