Mag-log inIl passe une main dans mes cheveux, lentement, apaisant.— Alors arrête. Arrête de penser. Arrête de culpabiliser. Arrête d'avoir peur. Juste pour aujourd'hui. Juste pour cette heure.— Et demain ?— Demain, on verra. Demain, on affrontera. Ensemble.Ensemble. Le mot est doux. Réconfortant. Même s'il ne résout rien.Je me blottis contre lui, je laisse sa chaleur m'envahir, et je fais ce qu'il dit. J'arrête. J'arrête de penser, de culpabiliser, d'avoir peur.Juste pour aujourd'hui.Demain, je reprendrai le fardeau. Demain, je rappellerai ma mère, je lui parlerai vraiment, je chercherai les mots pour lui expliquer l'inexplicable.Mais aujourd'hui, je me repose.Aujourd'hui, je l'aime.Et c'est assez.Éleni— Il y a une réunion ce soir.La voix de Léandros est ne
Ma mère. Ma pauvre mère qui n'a jamais rien demandé à personne, qui a passé sa vie à s'effacer, à se faire petite, à attendre que quelqu'un la remarque. Elle m'a élevée seule, sans se plaindre, sans rien exiger en retour. Et moi, je l'ai oubliée.Comme mon père l'a oubliée.Comme tout le monde l'a toujours oubliée.Je suis en train de devenir comme lui. Comme mon père qui est parti un jour sans se retourner, sans un mot, sans une explication. Qui nous a laissées, elle et moi, avec ce vide immense, cette question sans réponse : pourquoi ?Est-ce que mon père avait une bonne raison, lui aussi ? Est-ce qu'il était prisonnier de quelque chose, de quelqu'un ? Est-ce qu'il s'est juste... laissé emporter par une nouvelle vie, une nouvelle femme, un nouvel amour ?Je ne saurai jamais. Il est mort il y a t
Il baisse les yeux.— Parce que j'avais peur.— Peur de quoi ?— Que tu lui dises où tu étais. Qui j'étais. Et qu'elle appelle la police. Et que tout s'effondre.— Donc tu as préféré la laisser croire que j'étais morte.— Je n'ai pas pensé à elle. J'ai pensé à toi. À nous. À ce que je voulais construire.— Tu n'as pas pensé à elle.Ce n'est pas une question. C'est une accusation. Et il l'accepte.— Non. Je n'ai pas pensé à elle. Je suis désolé.Je retire ma main de la sienne. Pas brusquement. Juste... je ne peux pas. Pas tout de suite.Il ne proteste pas. Il reste là, immobile, à attendre.— Tu sais ce qui est pire ? dis-je après un long silence. C'est que je n'ai pas pensé à elle non plus. Pas
ÉleniLe téléphone vibre sur la table de nuit.Je mets plusieurs secondes à comprendre ce qui se passe. D'abord parce que je dors encore à moitié, enroulée dans les draps chauds, la tête posée sur le torse de Léandros. Ensuite parce que ce n'est pas mon téléphone – le mien est resté dans mon appartement il y a des semaines, des siècles, une éternité.C'est le sien.Il grogne dans son sommeil, tend une main aveugle vers la table de nuit, renverse un verre d'eau dans sa tentative maladroite. Le bruit du verre qui roule sur le marbre achève de me réveiller.— Merde, marmonne-t-il.Il attrape le téléphone, regarde l'écran. Son visage se ferme instantanément. La chaleur de ses yeux gris s'éteint, remplacée par quelque chose de froid, de calculateur.— Quoi ? dit-il en décrochant.Une voix à l'autre bout du fil. Trop faible pour que je distingue les mots, mais suffisamment aiguë pour que je perçoive l'urgence, la panique.Il écoute. Son visage ne trahit rien, mais sa main libre se crispe su
Je ne dors plus de la nuit.Pas vraiment. Je ferme les yeux, je fais semblant, je ralentis ma respiration pour qu'il ne devine rien. Mais mon esprit est en ébullition, tournant en rond autour de ces trois mots.Je t'aime.Trois petits mots. Trois syllabes. Une éternité.Je pense à tout ce qu'ils impliquent. À tout ce qu'ils changent. À tout ce qu'ils révèlent.Il m'aime. Vraiment. Pas seulement du désir, pas seulement de l'obsession, pas seulement de la possession. Il m'aime. De cet amour qui survit au sommeil, qui traverse l'inconscient, qui s'exprime même quand on ne contrôle plus rien.Et moi ?Est-ce que je l'aime ?La question me brûle les lèvres. Pas maintenant – pas dans le silence de la nuit, pas alors qu'il dort à côté de moi, vulnérable et confiant. Mais en moi. Dans le secret de mon c
L'après-midi s'étire, paresseux, infini. Nous parlons, nous nous taisons, nous nous touchons. Pas avec la frénésie de la nuit, pas avec l'urgence des premiers temps. Lentement. Doucement. Comme si nous avions toute l'éternité devant nous.À un moment, il sort du lit, va chercher quelque chose dans son bureau. Il revient avec un livre – un recueil de poésie, usé, annoté.— Tu lis de la poésie ? demandé-je, surprise.— Mon père me lisait des poèmes, quand j'étais petit. Avant qu'il ne devienne... ce qu'il est devenu. C'est un de mes seuls bons souvenirs.Il ouvre le livre, cherche une page.— Écoute.Et il lit. Sa voix est grave, chaude, différente de celle qu'il utilise pour donner des ordres, pour négocier, pour menacer. Une voix intime, fragile, comme s'il dévoilait une pa
Il pose sa tartine, me regarde sérieusement.— Tu sais ce qui est étrange ?— Quoi ?— Tout ce que j'ai fait dans ma vie – l'argent, le pouvoir, les conquêtes – je croyais que c'était pour être heure
ÉleniLe soleil est haut quand nous émergeons enfin de la chambre.Pas vraiment émerger, plutôt flotter. Traverser les couloirs dans cette bulle hors du temps, nos peignoirs blancs frottant le marbre, nos pieds nus silencieux. Il a passé un bras autour de ma taille, comme s'il avait besoin du conta
Elle est belle. D'une beauté froide, sculpturale, qui a dû être éblouissante il y a trente ans. Les mêmes yeux que lui, ce gris acier, mais sans la chaleur qu'il arrive parfois à y mettre. La même mâchoire, mais plus dure, plus tran
ÉleniTrois semaines.Trois semaines de bonheur absolu, hors du temps, hors du monde.Trois semaines à apprendre chaque recoin de son corps, chaque expression de son visage, chaque intonation de sa voix. Trois semaines à me réveiller







