Inicio / Romance / LE PRIX DE SA VENGEANCE / Chapitre 1 : La Vidéo

Compartir

LE PRIX DE SA VENGEANCE
LE PRIX DE SA VENGEANCE
Autor: Déesse

Chapitre 1 : La Vidéo

Autor: Déesse
last update Fecha de publicación: 2026-09-15 06:41:33

Ellie

Le téléphone vibre sur le plan de travail de la cuisine, et je manque de renverser la casserole de sauce tomate que je remue depuis vingt minutes.

C'est le parfum préféré de Mark. Les spaghetti alla puttanesca, comme les faisait sa grand-mère à Brooklyn. J'ai quitté le bureau plus tôt, bravé la circulation de l'heure de pointe, fait un détour par l'épicerie italienne de Bleecker Street pour trouver les câpres qu'il aime. Tout ça pour un vendredi soir ordinaire. Un vendredi soir parfait, comme je les aime.

J'essuie mes mains sur mon tablier et je saisis le téléphone.

Numéro inconnu. Pas de nom, pas de photo. Juste une série de chiffres et une pièce jointe. Une vidéo.

Je fronce les sourcils. En général, je supprime ce genre de message sans même l'ouvrir. Les arnaques, les publicités, les liens douteux , Camille m'a rabâché mille fois de ne jamais cliquer.

Mais quelque chose me retient. Une drôle de sensation au creux de l'estomac, comme un pressentiment froid qui remonte le long de ma colonne vertébrale.

J'appuie sur lecture.

Les trois premières secondes, je ne comprends pas ce que je regarde. L'image est sombre, granuleuse, filmée depuis un angle étrange , en hauteur, comme une caméra de surveillance ou un téléphone posé quelque part. Une chambre d'hôtel. Je reconnais le style, ces têtes de lit capitonnées gris anthracite, ces appliques murales dorées. Un hôtel chic. Pas le nôtre.

Puis l'image se stabilise, et mon sang se glace dans mes veines.

Il y a un homme sur le lit. Un homme nu, dont le dos musclé se tend et se détend au rythme de mouvements que mon cerveau refuse d'identifier.

Non.

Non, non, non.

Je connais ce dos. Je connais cette épaule gauche, légèrement plus haute que la droite à cause d'une vieille blessure de baseball. Je connais cette petite cicatrice en forme de croissant au-dessus de la hanche , il s'était coupé en réparant notre étagère IKEA, le premier mois de notre emménagement. Je connais ce grain de beauté au creux du rein.

Je connais cet homme par cœur. Je le connais depuis sept ans.

C'est Mark.

C'est mon mari.

Et sous lui, il y a une femme.

Je ne vois pas son visage. Ses cheveux sombres s'étalent sur l'oreiller blanc, masquant ses traits. L'angle de la caméra ne montre que ses jambes, fines, enroulées autour de la taille de mon mari, et ses mains , ses mains aux ongles parfaitement manucurés, d'un rouge vif et obscène , qui griffent le dos de l'homme que j'ai épousé.

Le son se déclenche soudain. Des gémissements. Sa voix à elle, aiguë, complaisante. Et la sienne, à lui, rauque, gutturale, murmurant des mots que je refuse d'entendre.

La casserole.

La sauce brûle. L'odeur âcre me ramène à la réalité une fraction de seconde, mais je ne bouge pas. Je ne peux pas bouger. Mes pieds semblent soudés au carrelage de la cuisine.

— Mark...

Son prénom sort de mes lèvres comme un souffle mourant.

La vidéo dure quarante-sept secondes. Quarante-sept secondes qui pulvérisent sept ans de ma vie. Sept ans de sacrifices, de nuits blanches, de repas préparés avec amour, de baisers du matin, de projets d'avenir murmurés dans le noir.

Quarante-sept secondes, et tout s'effondre.

La vidéo se termine. L'écran revient à la messagerie. Pas de texte. Pas d'explication. Juste cette vidéo, envoyée par un inconnu, comme une bombe déposée au milieu de mon vendredi soir parfait.

Je la relance. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que je veux me convaincre que je me trompe. Que ce n'est pas lui. Que c'est un montage, un canular, un cauchemar dont je vais me réveiller en sursaut.

Mais non. C'est lui. C'est sa façon de bouger, sa façon de respirer, ce petit rire essoufflé qu'il fait toujours , ce rire que je croyais être le mien, réservé à nos draps, à nos dimanches matin.

Mon téléphone glisse de mes mains. Il rebondit sur le carrelage avec un bruit sec, mais l'écran ne se brise pas. Dommage. J'aurais aimé que quelque chose se brise physiquement, à part moi.

La fumée de la sauce brûlée épaissit. Le détecteur se met à hurler, strident, agressif. Je reste immobile au milieu de la cuisine, les bras ballants, pendant que l'alarme crisse et que la fumée tournoie.

Finalement, mes jambes reprennent vie. J'éteins la gazinière d'un geste mécanique. J'ouvre la fenêtre. Je fais taire l'alarme en agitant un torchon. Gestes de robot. Gestes d'automate. Comme si mon corps continuait de fonctionner pendant que mon âme est restée figée devant cette vidéo.

Je me laisse glisser le long du meuble jusqu'au sol. Le carrelage est froid sous mes cuisses. Je ramène mes genoux contre ma poitrine et je fixe le téléphone, là, à un mètre de moi, comme s'il s'agissait d'un serpent prêt à mordre.

Qui m'a envoyé ça ?

Pourquoi ?

Qui est cette femme ?

Les questions tournent en boucle dans mon crâne, de plus en plus vite, de plus en plus fort, jusqu'à devenir un hurlement silencieux.

Sept ans. Sept ans que je suis avec Mark. Quatre ans de mariage. Je pensais , non, je savais , que nous étions heureux. Nous n'étions pas riches, loin de là. Mais nous avions des projets. Un bébé, peut-être, l'année prochaine, quand son cabinet serait mieux lancé. Un appartement plus grand. Un chien.

Et pendant que je rêvais de berceaux, il couchait avec une autre dans un hôtel de luxe qu'on ne pourrait même pas se payer pour une nuit.

Les larmes arrivent enfin. Pas des sanglots élégants comme dans les films. Des hoquets laids, violents, qui me plient en deux. Je pleure sur le sol de ma cuisine, le nez contre mes genoux, l'odeur de sauce brûlée dans les narines, et je pleure comme je n'ai jamais pleuré de ma vie.

Je ne sais pas combien de temps je reste là. Une heure. Deux. La nuit tombe sur New York, et les lumières de la ville filtrent à travers la fenêtre, indifférentes.

Puis, quelque part au milieu des larmes, quelque chose change.

La douleur est toujours là, immense, suffocante. Mais en dessous, comme une braise sous la cendre, une autre émotion commence à brûler.

La colère.

Continúa leyendo este libro gratis
Escanea el código para descargar la App

Último capítulo

  • LE PRIX DE SA VENGEANCE    Chapitre 20 : La Décision de Garder

    EllieCe soir-là, je fais quelque chose d'officiel.Je sors mon carnet à croquis , celui qui m'a rendue à l'architecture et je l'ouvre à une page blanche. En haut de la page, j'écris la date. Puis, en dessous, en lettres soignées :DÉCISION. Celle qui compte. Celle que je ne renierai jamais.Et j'écris. Pas un plan, pas une liste de courses , une lettre. Une lettre à l'être minuscule qui grandit en moi, que personne ne lira avant des années, peut-être jamais. Peu importe. Elle doit être écrite.À toi.Tu n'existes pas encore, et pourtant tu as déjà tout changé.Je ne connais pas ton nom. Je ne sais pas si tu es un garçon ou une fille, si tu auras mes yeux marron ou les siens, gris comme un orage d'hiver. Je ne sais rien de toi, sauf ceci : tu es déjà la meilleure chose qui me soit arrivée.Je dois te dire la vérité, au cas où tu lirais ceci un jour. Tu n'as pas été conçu dans l'amour. Tu as été conçu dans une nuit de douleur et d'oubli, entre deux inconnus brisés. Ce n'est pas un beau

  • LE PRIX DE SA VENGEANCE    Chapitre 19 : Alexander

    EllieIl faut que j'essaie. Une fois. Pour ma conscience.Pas pour moi , pour l'enfant. Pour pouvoir me regarder dans un miroir dans vingt ans, quand un jeune adulte aux yeux gris me demandera qui était son père, et dire en toute honnêteté : j'ai essayé de le retrouver.Alors, le samedi suivant, je remets le sweat gris , le même, oui, je sais, mais c'est mon armure et je retourne à The Gilded Room.Le bar est différent en plein jour. Moins magique, plus ordinaire. Le velours bordeaux paraît fatigué, les cuivres ternis. Il est seize heures, l'heure creuse, et il n'y a que trois clients : deux hommes d'affaires au fond et une vieille dame élégante qui sirote un martini.Le même barman est derrière le comptoir. Le nœud papillon impeccable. Il me reconnaît immédiatement — je vois le flash de reconnaissance dans ses yeux, et peut-être une pointe de gêne professionnelle.— Madame, dit-il avec une inclinaison de tête. Qu'est-ce que je vous sers ?— De l'eau gazeuse, s'il vous plaît. Et... de

  • LE PRIX DE SA VENGEANCE    Chapitre 18 : Le Test

    EllieLes deux barres apparaissent en quarante secondes.Le mode d'emploi disait d'attendre trois minutes. Il en faut quarante secondes. Deux barres, nettes, franches, d'un rose agressif qui ne souffre aucune discussion.Positif.Je fais le deuxième test. Positif.Le troisième. Positif.Trois tests alignés sur le rebord du lavabo comme trois petites tombes blanches. Trois tests, six barres, un verdict sans appel.Je suis enceinte.Je descends lentement le long du mur de la salle de bain jusqu'à m'asseoir par terre, et je reste là, le dos contre le carrelage froid, à fixer ces trois petites bâtonnets de plastique qui viennent de démolir mon avenir.Enceinte.Un bébé. Un être humain en miniature, avec des cellules qui se divisent en ce moment même, quelque part au chaud en moi, qui fabriquent un cœur, des yeux, des mains. Un cœur qui battrait d'ici quelques semaines. Des yeux qui seraient peut-être gris.Gris acier, gris orage, gris hiver.— Je ne peux pas, je murmure à voix haute. Je n

  • LE PRIX DE SA VENGEANCE    Chapitre 17 : Les Nausées

    EllieÇa commence six semaines plus tard, un lundi matin, avec une tasse de café.J'adore le café. Le café est mon carburant, mon rituel, mon premier plaisir de la journée. Ce matin-là, je prépare ma tasse comme tous les matins, je la porte à mes lèvres, et l'odeur me frappe comme une gifle.La nausée monte si vite que je pose la tasse à peine à temps. Je cours à la salle de bain et je me plie en deux au-dessus des toilettes, le ventre tordu, le front perlant de sueur froide.Rien ne sort. Juste des haut-le-cœur, secs et violents.— Super, je grommelle en m'essuyant la bouche. Une gastro.Je vais travailler quand même. À onze heures, l'odeur du sandwich au thon de ma collègue me fait quitter la pièce en courant. À quinze heures, je m'endors sur mon clavier , littéralement, je m'effondre de sommeil entre deux e-mails, et quand je me réveille, dix minutes ont passé et il y a des touches imprimées sur ma joue.— T'as une sale tête, commente ma collègue. T'es malade ?— Gastro, je réponds

  • LE PRIX DE SA VENGEANCE    Chapitre 16 : La Décision

    EllieL'idée vient un mardi, au milieu d'une pile de dossiers.Je suis au cabinet , Harrison & Associates, cabinet d'architecture de Brooklyn, où je travaille comme assistante depuis cinq ans et je suis en train de classer des dossiers de permis de construire quand mes yeux tombent sur les plans épinglés au mur du bureau d'en face.C'est le projet de la tour Hudson Yards. Un des architectes du cabinet a travaillé sur une phase secondaire du projet, et les plans sont là, magnifiques, complexes, des lignes qui racontent une histoire que je suis la seule à lire dans ce couloir.Et soudain, sans prévenir, les mots de Madame Okafor me reviennent, comme un écho de sept ans :Vous reviendrez. Les filles comme vous reviennent toujours. J'espère seulement qu'il ne sera pas trop tard.J'avais vingt et un ans. Rien n'était jamais trop tard.J'en ai vingt-huit maintenant. Et j'ai passé sept ans à faire des photocopies pendant que mes anciens camarades dessinaient des skylines.Ce soir-là, je rent

  • LE PRIX DE SA VENGEANCE    Chapitre 15 : Camille

    EllieCamille débarque à vingt-deux heures avec deux bouteilles de vin, une pizza et un sac de vêtements de nuit.— Bouge pas, annonce-t-elle en franchissant la porte. Je dors ici. Ce soir, demain, et autant de nuits qu'il faudra. C'est non négociable.Je l'aide à poser ses affaires, et dès que ses bras sont libres, elle m'attrape et me serre contre elle, fort, longtemps, sans un mot. Et c'est exactement ce dont j'avais besoin , pas des mots, pas encore, juste quelqu'un qui me tient debout.Camille. Camille Moreau, ma meilleure amie depuis la première année de fac. Celle qui a assisté à ma chute depuis Columbia, impuissante, qui m'a suppliée de ne pas abandonner, qui s'est disputée avec moi , la seule dispute de notre amitié , le jour où j'ai signé mon abandon.— Je te déteste un peu, m'avait-elle dit ce jour-là. Parce que tu es en train de faire la plus grosse erreur de ta vie pour un garçon qui n'a même pas le courage de te le demander.Elle avait eu raison. Elle avait eu tellement

Más capítulos
Explora y lee buenas novelas gratis
Acceso gratuito a una gran cantidad de buenas novelas en la app GoodNovel. Descarga los libros que te gusten y léelos donde y cuando quieras.
Lee libros gratis en la app
ESCANEA EL CÓDIGO PARA LEER EN LA APP
DMCA.com Protection Status