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Chapitre 55 : Le Refus

Author: Déesse
last update publish date: 2026-10-11 08:32:08

En quatre secondes, il est aussi trempé que moi. Son costume à je-ne-veux-pas-savoir-combien colle à ses épaules. L'eau ruisselle sur son visage, dans ses cheveux noirs, et il se plante devant moi sur le trottoir, sous le déluge, les bras légèrement écartés, comme un homme qui attend son exécution ou son jugement.

— Voilà, dit-il. Maintenant nous sommes égaux. Vous refusez ma voiture pour une enveloppe que je n'aurais jamais dû laisser ? Très bien. Alors je prends la pluie
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    Puis Beatrice se lève, son verre à la main, et je vois qu'elle va porter un toast. Je sens mon estomac se serrer, cette chose qui me monte, cette chose qui me dit que quelque chose va se passer, que quelque chose va m'atteindre.— Mes chers amis, dit-elle, je voudrais profiter de cette soirée pour remercier ceux qui nous font l'honneur d'être là. Et je voudrais aussi... je voudrais aussi dire un mot de notre nouvelle venue.Je sens mon sang se glacer. Je regarde Alexander, mais il ne me voit pas, il regarde sa mère, comme tout le monde, et je me dis que je ne peux rien faire, que je ne peux que subir. Je pose mes mains sur mes genoux, je les serre, je me dis que je dois rester calme, que je dois sourire, que je dois faire comme si tout allait bien.— Ellie, dit Beatrice en se tournant vers moi, est une femme... surprenante. Elle est arrivée dans notre famille avec son fils, et elle a su... s'adapter. Elle a su trouver sa place. Ce n'est pas toujours facile, vous le

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    Je hoche la tête, lentement, et je me dis que c'est honnête, cette réponse, que c'est plus honnête que ce que j'attendais. Il ne se défend pas, il ne dit pas qu'il savait, qu'il avait compris, qu'il m'avait toujours vue. Il dit la vérité, cette vérité qui n'est pas flatteuse, mais qui est vraie.— C'est une passion. C'est la seule chose qui est vraiment à moi. La seule chose que personne ne peut me prendre.Il me regarde, et je vois dans ses yeux cette chose qui s'ouvre, cette chose qui comprend, et je me dis que je viens de lui dire quelque chose d'important, quelque chose que je n'avais jamais dit à personne. Mark ne l'a jamais su. Mark ne s'est jamais intéressé à ce que je faisais, à ce que je pensais, à ce que j'aimais. Mark ne voyait que ce qu'il pouvait prendre.— Personne ne va te la prendre.— Tu ne peux pas le promettre.— Non. Mais je peux te promettre que je ne le ferai pas. Moi.Je le regarde longtemps, et je me dis que c'est une promesse, un

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    — EllieJe suis dans la bibliothèque depuis le matin, les plans étalés devant moi, la lumière de la fenêtre qui tourne lentement sur le papier, et je ne vois pas le temps passer. Je suis dans cette zone où tout s'aligne, où les lignes répondent aux lignes, où les volumes s'emboîtent, où je ne suis plus Ellie, je ne suis plus Madame Sterling, je ne suis plus rien d'autre qu'une femme qui travaille et qui sait ce qu'elle fait. J'ai la nuque raide, les doigts tachés d'encre, et une crampe dans le dos qui me rappelle que je suis restée trop longtemps dans la même position, mais je ne veux pas m'arrêter, je veux finir, je veux trouver la solution, je veux que ça tienne.Je ne l'entends pas entrer. Je ne l'entends pas poser la tasse sur la table, à côté de mon coude, et je sursaute quand je vois la vapeur monter dans mon champ de vision.Je lève la tête. Alexander est là, debout, à une distance raisonnable, et il tient une seconde tasse dans sa main, la sienne, et il

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    Elle hausse les épaules, ce geste qui chez elle signifie à la fois je ne sais pas et ça n'a pas d'importance, et je vois qu'elle ne veut pas s'expliquer, qu'elle ne veut pas se justifier.— Je ne sais pas. Peur, peut-être. Peur que ce ne soit pas assez bien. Peur qu'on me dise que ce n'est qu'un passe-temps, que ce n'est pas sérieux, que je ferais mieux de m'occuper d'autre chose.Je regarde les feuilles, les livres, la tasse froide, et je me dis que je ne savais pas, que je n'avais pas vu, que j'étais trop occupé à organiser, à contrôler, à imposer, pour remarquer qu'elle travaillait, qu'elle créait, qu'elle avait un monde à elle. Un monde où je n'étais pas invité, un monde qu'elle protégeait, un monde que je viens de voir par hasard et qui me bouleverse plus que je ne veux l'admettre.— Ce n'est pas un passe-temps.Elle me regarde, et je vois dans ses yeux cette chose qui brille, cette chose qui ne demande qu'à être vue, qu'à être reconnue.— Tu pense

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    — AlexanderJe la regarde traverser le hall avec ses dossiers dans les bras, et je ne devrais pas m'arrêter, je ne devrais pas la suivre des yeux, je ne devrais pas remarquer la façon dont elle tient ses papiers contre sa poitrine, la façon dont elle marche, droite, décidée, la façon dont elle ne se retourne pas pour vérifier si je la regarde. Elle ne vérifie plus. C'est nouveau. Avant, elle vérifiait, elle cherchait mon regard, elle attendait mon approbation. Maintenant, elle traverse, elle passe, et je reste là, dans l'embrasure de la porte, à la regarder s'éloigner.Je retourne à mon bureau, et je ne parviens pas à me concentrer. Les chiffres se brouillent, les rapports se confondent, et je vois son visage, son menton levé, cette façon qu'elle a eue de me dire non, de claquer la porte, de me tenir tête. Je vois la scène dans le bureau, la façon dont elle a refusé de plier, dont elle a posé sa limite, dont elle m'a dit je me sens plus otage qu'épouse. La phrase m

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    — AlexanderJe rentre tard, plus tard que d'habitude, avec cette fatigue qui me colle à la peau et cette odeur de cigare et de whisky que les réunions laissent dans les vêtements, et je traverse le hall sans allumer, guidé par la lueur qui filtre sous la porte de la bibliothèque. Je m'arrête. La lumière est faible, jaune, hésitante, pas celle qu'on allume pour lire tranquillement, plutôt celle d'une lampe posée près d'un fauteuil, et je me dis qu'Ellie a oublié d'éteindre avant de monter, et je pousse la porte pour le faire.Elle est là. Je la vois avant qu'elle me voie, cette seconde de sursis où je peux la regarder sans qu'elle se referme, et je m'arrête dans l'embrasure, la main encore sur la poignée, et je ne bouge plus.Elle est assise par terre, pas dans un fauteuil, par terre, les jambes repliées sous elle, les cheveux attachés avec ce qui ressemble à un crayon, et elle est penchée sur des feuilles étalées devant elle, des plans, des croquis, des notes g

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