LOGINGiuliaMatteo ne m'a pas tout dit quand il est revenu de la grotte, il m'a dit qu'il avait brûlé les armes, qu'il avait détruit les provisions, qu'il avait laissé des indices qui montraient que c'était Lorenzo, mais il ne m'a pas dit que Valerius était revenu pendant qu'il était encore là, il ne m'a pas dit qu'il avait failli se faire prendre, il ne m'a pas dit qu'il avait dû courir pour sauver sa vie, il ne me l'a pas dit parce qu'il ne voulait pas m'inquiéter, mais le lien de longévité, le lien qui nous unit depuis la seconde étape, ne ment pas, je sens à travers lui la peur qu'il a ressentie, la course qu'il a faite, la brûlure qu'il a reçue, la fatigue qui l'épuise, et quand il me dit que tout est fini, que les armes sont détruites, que Valerius ne peut plus attaquer, je sais qu'il ment, il ne ment pas sur les faits, il ment sur l'ampleur du danger, il ment parce qu'il veut me protéger, il ment parce qu'il m'aime, il ment parce qu'il ne veut pas que je porte l
Giulia Les jours passent, Matteo ne revient pas, je ne dors pas, je ne mange pas, je ne parle pas, j'attends, j'attends son retour, j'attends des nouvelles, j'attends un signe, j'attends quelque chose, le lien est là, le lien est faible, le lien est distant, mais il est là, Matteo est vivant, Matteo est en vie, Matteo est quelque part au nord, Matteo est en train de brûler les armes, Matteo est en train de détruire les provisions, Matteo est en train de faire en sorte que Valerius pense que Lorenzo l'a trahi. Le troisième soir, Matteo revient, il est fatigué, il est pâle, il est tendu, il a une brûlure au bras, une brûlure qui n'est pas profonde mais qui est douloureuse, il s'assoit devant moi, il pose ses mains sur la table, il parle. — Giulia, c'est fait, j'ai brûlé les armes, j'ai détruit les provisions, j'ai laissé des indices qui montrent que c'est Lorenzo, j'ai fait en sorte que Valerius pense que Lorenzo l'a trahi,
Giulia La réponse de Matteo arrive le lendemain, non pas par corbeau, par le lien, par la pensée directe qui traverse les distances et les obstacles, il est à la cabane du bûcheron, il a reçu ma lettre, il a lu mes mots, il a compris ma peur, il a compris mon doute, il m'appelle à travers le lien, sa voix résonne dans ma tête comme si elle était là, comme s'il était à côté de moi. — Giulia, je connais Valerius, je le connais depuis des siècles, c'est un ancien membre du Conseil, il a été exilé pour trahison, il a tué des centaines de personnes, il a comploté contre des rois, il a fomenté des guerres, il a survécu à tout, il est dangereux, il est rusé, il est patient, il est impitoyable, il déteste les Draegon, il déteste ma famille, il déteste tout ce qui porte mon nom, si Valerius découvre que tu es liée à moi, que tu es mon alliée, que tu es celle que j'aime, il te tuera, il te tuera sans hésiter, il te tuera avec plaisir, il te tuera
Giulia Matteo décide de ne pas attendre, il ne peut pas attendre, il ne peut pas rester à la cabane du bûcheron à regarder les nuages passer pendant que Valerius prépare une attaque contre la meute, il sort la nuit suivante, il part vers le nord, vers la grotte, vers le repaire de Valerius, il marche seul, il marche silencieux, il marche invisible, il marche comme un vampire qui a survécu à six siècles de guerres et de trahisons, il arrive à la grotte avant l'aube, il se cache dans l'ombre, il attend, il observe, il regarde, il écoute. Valerius n'est pas là, le repaire est vide, les armes sont là, les provisions sont là, les documents sont là, la carte est là, mais Valerius n'est pas là, il est parti, il est ailleurs, il prépare quelque chose, il prépare une attaque, il prépare une guerre, il prépare la destruction de la meute. Matteo entre dans la grotte, il examine les armes, il compte les lances, les épées, les flèches,
GiuliaLe lendemain, je convoque Silas dans la salle du feu à l'heure où personne ne vient, l'heure où les cuisines sont vides, l'heure où les couloirs sont déserts, l'heure où on peut parler sans être entendu, il arrive, il s'assoit en face de moi, il attend, il ne pose pas de questions, il sait que je parlerai quand je serai prête.— Silas, dis-je, Bianca m'a parlé hier, elle m'a parlé de Lorenzo, elle m'a parlé de ses secrets, elle m'a parlé d'un allié, d'un vampire, d'un vampire qui s'appelle Valerius, elle m'a dit qu'il avait un repaire au nord, qu'il y gardait des armes, des armes en argent, je veux que tu enquêtes, je veux que tu trouves cette grotte, je veux que tu saches ce qu'il y a dedans, je veux que tu saches ce que Valerius prépare.Silas me regarde, son visage est grave, il hoche lentement, il ne dit pas oui, il ne dit pas non, il dit :— Valerius, Luna, vous avez dit Valerius.— Oui, Valerius, tu connais ce nom.
Giulia Le lendemain matin, je me lève avant l'aube et je descends à la salle du feu pour y trouver Bianca qui, comme je l'avais prévu, n'a pas dormi de la nuit, elle est assise sur le banc près de la cheminée éteinte, les épaules affaissées, les mains posées à plat sur ses cuisses comme si elle essayait de ne pas bouger, de ne pas exister, de ne pas peser sur le monde par sa seule présence, je m'approche lentement, je ne fais pas de bruit, mais elle m'entend quand même, elle lève la tête, ses yeux sont rouges, elle a pleuré, elle a pleuré longtemps et elle n'a pas fini. — Giulia, dit-elle, sa voix est rauque, je ne sais pas pourquoi tu es là, je ne sais pas pourquoi tu viens me voir, je ne suis plus rien, je ne suis plus la confidente, je ne suis plus l'amie, je suis juste celle qui a aimé Lorenzo et qui s'est fait utiliser par lui pendant des années sans jamais rien comprendre. Je m'assois à côté d'elle, je ne lui parle p







