MasukSilence.— Dis-le. Si c'est vrai. Si tout ça n'était qu'une erreur, si je n'étais qu'une illusion, dis-le. Dis-moi que tu ne m'aimes plus. Regarde-moi dans les yeux et dis-le. Et je partirai. Je te le jure. Je partirai et je ne reviendrai jamais. Mais dis-le. Dis-le vraiment. Pas avec cette voix. Pas avec ce masque. Dis-le avec ta voix. Avec ta vraie voix. Celle que tu utilises quand tu es nu. Celle que tu utilises quand tu as peur. Celle que tu utilises quand tu m'appelles dans le noir. Dis-le.Il n'a rien dit. Il a fermé les yeux. Une seconde. Deux. Ses lèvres ont tremblé. À peine. Un frémissement. Un souffle. Puis il les a serrées. Il a rouvert les yeux. Et il a regardé ailleurs. Encore. Toujours. Cet ailleurs qui n'était pas moi. Ce point dans le vide. Cette fuite silencieuse.— Tu vois, j'ai dit. Tu ne peux pas. Tu ne peux pas le dire. Parce que ce n'est pas vrai. Parce que tu m'aimes encore. Parce que tu m'aimes toujours. Et tu le sais. Et c'est pour ça que tu détournes les yeux
Valentina Le message est arrivé à quatorze heures dix-sept. Un SMS. Un seul. Trois mots. Viens. Maintenant. Signé de son prénom, comme si j'avais pu l'oublier, comme si mon téléphone n'avait pas conservé chaque lettre de lui depuis des mois, comme si je n'avais pas relu cent fois ses messages précédents, ceux où il m'appelait mon cœur, ma douce, ceux où il me disait des choses qu'on ne dit pas à une erreur. J'ai regardé l'écran. J'ai lu. J'ai relu. Le mot maintenant m'a frappée en plein plexus. Pas d'explication. Pas de tendresse. Pas de point d'interrogation. Une convocation. Comme on convoque un témoin. Comme on convoque un accusé. J'ai mis dix minutes à sortir de chez moi. Dix minutes à tourner dans la chambre, à chercher une veste, à la reposer, à la reprendre, à me regarder dans le miroir, à détourner les yeux. Je ne savais pas ce qui m'attendait. Je le savais. Je ne voulais pas le savoir. Mon corps, lui, savait. Mes jambes tremblaient déjà dans l'escalier. Mes mains étaient m
Je me souviens du matin. Du premier matin. La lumière était douce, timide, elle entrait par la fenêtre en biais, elle tombait sur le lit, elle tombait sur lui. Il dormait. Je l'ai regardé dormir. Je l'ai regardé longtemps. J'ai posé ma main sur son torse, j'ai senti son cœur, j'ai senti sa chaleur, j'ai senti son souffle. Et pendant un moment, ce moment-là, j'ai cru que la vie serait autre chose. J'ai cru que, désormais, tout serait différent. J'ai cru que ce bonheur-là allait durer. J'ai cru. C'est ça, le pire. J'ai cru.Je me touche. Je ne sais pas pourquoi. Je ne peux pas m'en empêcher. C'est plus fort que moi. Je veux retrouver quelque chose, même un morceau, même une ombre, même le souvenir d'un souvenir. Ma main descend, doucement, elle se pose, elle se glisse, mes doigts font ce qu'ils savent faire. Je pense à lui. Je pense à ses mains à lui, à sa bouche à lui, à son corps à lui. Et pour la première fois depuis des jours, pour la première fois depuis cette rue,
ValentinaJe me réveille sur le sol. Le jour s'est levé. Une lumière grise, laide, entre par la fenêtre mal fermée. Mon corps est courbaturé. J'ai dormi dans mes vêtements, dans une position impossible, la joue collée au parquet. J'ai mal au dos, mal à la nuque, mal partout. Je me redresse. Je m'assois contre le pied du lit. Je me frotte les yeux. Ils sont gonflés, brûlants. J'ai la bouche pâteuse. J'ai soif. Mais je ne me lève pas tout de suite. Je reste là, une minute, à écouter le silence. Le silence est total. C'est un silence de dimanche. C'est un silence d'après-guerre.Je pense à notre première nuit. Ce n'est pas un choix. C'est un réflexe. Quand on a mal, on cherche là où ça a fait le moins mal. Et la première nuit, c'est là où ça a fait le moins mal. C'est là où tout a commencé, là où tout était possible, là où l'avenir n'existait pas encore et où le présent était tout. Je ferme les yeux, et la mémoire me revient, par vagues, par morceaux, par od
ValentinaIl est tard. Je ne sais plus quelle heure. Je suis assise dans ma chambre, sur le sol, adossée au pied du lit. La lumière est éteinte. Je ne veux pas de lumière. La lumière me force à voir mes mains, à voir mes vêtements, à voir cette vie en désordre autour de moi. Le noir est meilleur. Le noir me cache. Le noir me berce.Je ne me suis pas déshabillée. Je suis encore dans mes vêtements de la journée. Je sens l'odeur de la rue sur moi, l'odeur de la pluie, l'odeur de sa veste quand je me suis approchée de lui, l'odeur de sa peau, l'odeur de lui qui reste collée à moi comme une marque qu'on ne peut pas laver. Je m'en fiche. Je ne me laverai pas. Je veux la garder, cette odeur. Je veux la garder encore un peu. Même si elle me tue.Je pleure. Depuis des heures. Je pleure sans m'arrêter, sans me reposer, sans reprendre mon souffle. J'ai les yeux brûlants, la gorge à vif, la tête lourde. Les larmes coulent toutes seules. Elles ne me demandent
Il me regarde. Il ouvre la bouche. Il hésite. Il la referme. Il détourne les yeux. Je vois dans ce geste tout ce que je redoutais. Il ne l'a jamais dit, et il ne le dira pas. Il ne le dira pas aujourd'hui, il ne le dira pas demain, il ne le dira jamais. Peut-être qu'il le pense. Peut-être qu'il ne le pense pas. Peut-être qu'il ne le sait même pas. Un homme qui se déteste d'avoir aimé ne sait plus ce qu'il a aimé. Un homme qui se punit d'avoir vécu ne sait plus ce qu'il a vécu.— C'est tout ce que tu as à me dire, dis-je. Le silence. Le silence et les mâchoires serrées. Tu vas passer ta vie à ça, Joaquín ? À serrer les mâchoires ? À te taire ? À laisser les femmes t'aimer et à les laisser partir ? Regarde-toi. Regarde-toi. Tu me fais pitié.— Ne me parle pas comme ça.— Pourquoi ? Parce que c'est vrai ? Parce que tu sais que c'est vrai ? Tu sais que tu es lâche. Tu l'as toujours été. Même avec moi, dans les meilleurs moments, tu étais lâche. Tu m'aimais à l







